Inde, De Chandigarh à Bombay, tome 2

Après avoir passé quelques jours à Amritsar, nous avions séjourné une semaine à Chandigarh, dans le nord de l’Inde puis avions mis le cap plus au sud en direction de New-Delhi. Nous nous sommes rendus à la gare dans la matinée et nous nous apprêtions à effectuer notre deuxième trajet en train sur le sol indien.

Dans la matinée, nous prenons le train qui nous mène à New Delhi. Le voyage est plus agréable car nous avons réservé une classe plus élevée que lors du précédent. Les vendeurs ambulants passent et repassent avec leurs bassines remplies de snacks et autres collations. Sur le quai, il est possible d’acheter des encas salés, la plupart du temps, fris, du type samosas ou beignets fourrés à la patate et aux épices (Bientôt un article sur la cuisine Indienne !). Le paysage change et les bâtiments naissent les uns après les autres, les déchets s’accumulent le long des rails alors que sous les ponts, des indiens s’abritent à l’aide de bâches.

Nous sortons du train, la chaleur est très prenante. Sur le parking de la gare où grouille une activité incessante, des vaches meuglent entre les voitures. Nous montons dans un taxi pour retrouver notre hôtel. La chambre est glauque et nous avons dû polémiquer pour obtenir le troisième lit promis à Paul. La faim nous tiraille, elle nous emmène en balade dans le quartier à la recherche de quelque chose à sa mettre sous la dent. Les petites ruelles propres font place à d’autres plus tortueuses, plus sombres, plus sales, plus indiennes mais aussi plus colorées, aux senteurs vivantes et aux bruits incessants. Un petit restaurant (qui a plus l’allure d’un snack désaffecté que d’un restaurant) nous sert un thali, plateau repas indien plutôt difficile à digérer pour celui-ci. L’après-midi se passe doucement, une sieste et une visite font défiler le temps. Nous décidons d’accueillir Paul à l’aéroport en lui faisant une surprise. Après une longue attente et les regards braqués à chaque porte de sortie, ils sont arrivés, Paul et un ami de travail, Nicolas. De son côté, Nicolas est accueilli par un ami à lui, Geoffrey. Les trois garçons travaillent pour le ministère des affaires étrangères et lorsqu’ils habitent à l’étranger, ils dépendent des consulats et des ambassades. Les groupes se séparent et très heureux nous repartons jusqu’à l’hôtel avec Paul. Le lendemain, un programme bien chargé est prévu. Après de longues conversations, nous nous endormons…

Gare de New Delhi

Le petit déjeuner de l’hôtel n’est pas le meilleur, mais peu importe, nous aviserons dans la journée. Nicolas nous retrouve pour démarrer les visites. Le programme démarre par le tombeau d’Iltutmish où se situe l’un des plus grands minarets du monde, Qutb Minâr. Ce lieu touristique est d’une grande beauté, bien que certains vestiges soient en mauvais état. Des perruches d’Alexandrie et des écureuils Funembulus pennantii parcourent les anciennes édifications aux couleurs vermeilles. Puis, nous effectuons la visite du centre ville de New Delhi, rapidement dans l’une des petites rues commerciales nous sommes bloqués par un embouteillage humain où se mêle également des motos et des charrettes tractées à la force des bras. Des passants, des hommes portant de lourds sacs aux toiles épaisses sur leurs têtes, des chiens, des enfants, tout le monde crie, pousse et joue des coudes pour se frayer un passage. Une certaine organisation règne, deux lignes se sont formées celle allant d’un côté et l’autre, dans le sens inverse. Quelques fois, nous bifurquons dans une contre allée dans l’espoir d’avoir pris un raccourci pour échapper à cette cohue tant odorante que poussiéreuse mais ce n’est qu’illusion. La lumière pénètre difficilement dans ce méandre de câbles suspendus au-dessus de nos têtes. Ce jour-là, nous mangeons un thali très gouteux. Nos visites se poursuivent avec le Fort rouge qui ne nous a pas laissé un souvenir impérissable, la belle Jama Masjid de style Moghol construite au 17ème Siècle, un autre tombeau situé dans un grand jardin où nous avons pu rentrer in extremis avant la fermeture, le quartier aux grandes fresques murales, le Musée National dont les miniatures exposées sont d’une très grande finesse et rappelle le travail des miniaturistes évoqué dans Mon Nom est Rouge d’Orhan Pamuk et sans doute d’autres visites qui furent oublié au fil de jours. Nous n’avons pas l’habitude de fréquenter autant de monuments touristiques en si peu de temps. Le choc est de taille entre l’immensité urbaine, la vie incessante et le parcours touristique, à la suite de notre calme séjour à Chandigarh, le dépaysement est total.

New Delhi est une mégalopole extrêmement polluée et lorsque nous reprenons le taxi en fin de journée, le brouillard est si dense qu’il enveloppe les avenues et les végétaux. Il n’est pas conseillé d’ouvrir les fenêtres mais nous ne savons pas vraiment ce qui est pire… Le soleil se couche tôt laissant des nuages colorés qui s’étirent dans la pénombre naissante. L’astre indien est un grand cercle éblouissant d’un jaune clair qui irradie la journée. Au petit matin ou en fin de journée, il se transforme en une boule de feu orangée virant lentement au rouge écarlate. Les levers et couchers de soleil du sous-continent indien sont impressionnants et me laisse des images merveilleuses en tête. Un des soirs, Geoffrey nous fait découvrir un club de jazz qui donne des concerts. Les cocktails, très gouteux, sont hors de prix car l’alcool est fortement taxé par le gouvernement mais la musique est agréable. Un autre soir, nous dinons dans un restaurant avec les collègues de travail de l’ambassade de France. Vous l’aurez compris, nous sommes en bonne compagnie et nous « approchons » New Delhi par le haut !

Au cours de ce voyage en Inde, nous avons pu constater qu’il n’y avait pas vraiment d’offre intermédiaire autant dans les villes que dans les lieux touristiques. Il est possible de manger soit dans un snack au coin de la rue proposant uniquement des samossas à la patate à déguster debout, ou bien dans un restaurant branché. Il est possible de dormir soit dans des hôtels en périphérie des villes, peu chers et rustiques dont le coût est de 10 à 20 euros par nuit, soit dans une grande chambre avec vue sur une rivière où il nous faudra payer 70 à 120 euros. Comme d’habitude, cet écart de prix rend difficile la tenue des comptes car nous voyageons avec des amis qui sont en vacances et dont le budget n’est pas similaire au nôtre. Pour pénétrer dans les monuments, il y a un prix pour les locaux qui s’évalue à une dizaine de centimes d’euros et un autre pour les étrangers qui lui s’élève entre 5 et 20 euros selon l’édifice. Cette différence fait râler notre groupe qui rappelle que la plupart des monuments français sont au même prix pour les résidents ou bien pour les touristes ! Ah la France… !

Un matin, nous montons dans un train en direction d’Agra, la ville du Taj Mahal. Une fois les grandes portes massives de l’enceinte dépassées, l’immense tombeau en marbre blanc resplendit. Si les photos du Taj Mahal sont courantes et peuvent démystifier le lieu, il n’en demeure pas moins qu’il reste très impressionnant. À l’intérieur de ce gigantesque édifice blanc, se trouve un tombeau dont la salle est entièrement incrustées de pierres et d’autres minerais précieux formant ainsi des motifs floraux ou représentant des animaux. Dans cet univers débordant de monde, les jardins de parts et d’autres offrent de l’ombre et un peu de répit aux selfies incessants. Des vautours percnoptères nichent en hauteur dans les reliefs des minarets, tandis que les macaques joueurs tentent d’approcher les hommes pour leur voler quelques friandises. D’autres hérons garde-bœufs, les pattes dans les pelouses recherchent à manger. L’enceinte du tombeau est bien vivante ! À Agra, nous visitons aussi le fort qui est bien plus impressionnant que celui de New Delhi. Épargné par les militaires lors de l’occupation britannique, la multitude de salles, de petits monuments, de terrasses et de jardins se succèdent. Très bien conservé, il est admirable par la richesse des matériaux et également par la finesse des techniques employées.

Taj Mahal, Agra

Un autre train nous mène à Gwalior, ville connue pour son fort et ses temples. Geoffrey, l’ami de Nicolas nous rejoint pour la suite du week-end. À l’occasion de l’anniversaire de Julien, Paul nous offre la nuit dans un bel hôtel. La chambre et le lieu sont magnifiques. Situés dans un ancien jardin moghol, les chambres sont tournées vers un jardin paisible au cœur du site. Des ruines de temple anciens sont encore présentes au fond du jardin et demeurent habitées par les animaux. À Gwalior, une série de temples sont visitables. Il faut tout d’abord monter par une route qui nous permet de voir de belles et imposantes statues jaïne ressemblant à de gros Bouddhas debout creusés dans la falaise. Puis nous arrivons sur un promontoire où de nombreux monuments religieux se jouxtent. Des vaches paissent tranquillement devant l’un d’eux. Nous visitons deux d’entres eux. Ils sont remarquables et très souvent labyrinthiques. Une salle donne accès à deux autres par des portes plus ou moins dissimulées par des colonnes ornées. Dans un des temples, une forte odeur âcre se dégage des salles plongées dans l’obscurité. Un coup d’œil au plafond nous permet de comprendre rapidement qu’il s’agit de centaines de chauves-souris qui dorment sous les voutes et dont le guano jonche le sol. Au détour d’un couloir, l’une d’entres elles s’envolent entrainant avec elle d’autres congénères qui lancent à tour de rôle des cris stridents résonnant dans le dédale humide.

Une fois à la sortie, nous marchons vers d’autres temples dont un édifice religieux sikh. Limitrophe à ce dernier, une étendue d’eau artificielle permet d’observer d’autres oiseaux. Les arbres sont gris couverts de poussière. Bien que la ville reste très polluée, les animaux pullulent et semblent vivre en paix avec leur environnement qui se dégrade à vue d’œil. Même dans un endroit qui semble reculé et apaisé, la vie en Inde est un film. Il y a sans cesse des choses à voir et des situations surprenantes.

Temple à Orchha
Lac artificiel proche des temples à Gwalior

Le lendemain, nous prendrons un taxi qui nous déposera à Orchha. Cette ville en périphérie de Jhansi est réputée pour son Fort qui est presque dans son état historique. Deux citadelles se font face et toisent le bourg. Des singes et des vautours ont élus domicile dans les hauteurs de l’édifice et il n’est pas rare de voir un vautour Chaugoun étendre ses ailes pour repartir à la quête d’une branche ou d’une carcasse. Nous les apercevons dans le lointain, en groupe, planer pour chercher à manger. D’anciennes traditions zoroastriennes notamment, voulaient que les corps des défunts soient déposés sur des « tours du silence » et dévorés par les vautours pour permettre à l’âme de reposer en paix. En Inde du fait de la religion hindou, les bovins sont sacrés et ne doivent ni être tués, ni être mangés, de ce fait les vautours constituent l’unique moyen d’équarrissage du pays. De nos jours, les animaux des cheptels sont traités avec des produits vétérinaires qui sont toxiques pour les oiseaux. Une fois ingérés, les volatiles meurent en peu de temps. L’Inde, le Népal et le Pakistan tentent d’enrayer le phénomène en essayant de sensibiliser les éleveurs et retirer du marché certains produits mais la population de vautours est toujours en baisse. Ces volatiles sont des animaux pacifiques qui font partie de la chaîne alimentaire évitant que les carcasses mortes ne se décomposent, contaminent l’environnement et notamment les points d’eau et ne transmettent des maladies à d’autres animaux comme les rats et les chiens errants très nombreux en Inde par exemple. Dans les années 1980, les naturalistes comptaient plusieurs millions d’individus de vautours Chaugoun alors qu’aujourd’hui, il n’en reste que quelques milliers (1).

Temple de Khajuraho

Nous logeons dans un petit hôtel à la périphérie du centre qui est très touristique. En une journée, nous avons déjà visité une grande majorité des monuments. Paul et Nicolas reprennent un train dans la nuit pour continuer leur périple vers le sud de l’Inde. Nos chemins se séparent pendant quelques jours le temps de rejoindre un ami à Bombay et également prendre le temps de visiter à notre rythme durant les prochains jours.

Aussi, nous avons décidé de passer un peu plus d’une journée à Khajuraho avec Geoffrey pour continuer à visiter cette région de l’Inde. C’est en taxi que nous rejoindrons la ville. Le trajet est épuisant, les routes sont défoncées, les villages bondés mais cela donne un aperçu de l’Inde rurale, enfin de l’une des régions de ce pays. Nous nous arrêtons au bord de la route pour manger un morceau, il n’y a pas de toilettes. Julien m’accompagne à l’arrière du bâtiment car il y a beaucoup d’hommes dans les champs autour et il n’est apparemment pas prudent de rester trop seule dans ces cas-là. Le repas est frugal, peu cher et nous reste sur l’estomac. Une fois arrivés, nous dinons dans un café touristique mais dont la carte est alléchante, diversifiée, ce qui nous permet de faire une pause des plats trop épicés. Nous entamerons les visites le lendemain. Les temples de la ville sont connus pour leurs fresques érotiques et pour les ornements. En effet, ces petits édifices qui ponctuent le grand jardin dans lequel ils se trouvent sont ornés de toutes parts. Les bas reliefs témoignent de scènes de vie du XIème Siècle et des personnages nus s’entremêlent au côté de grands éléphants. Puis nous nous sommes rendus un peu plus loin, à l’extérieur de la ville, pour visiter un autre temple. Des cochons se roulent dans les déchets sur le bord de la route alors que des vaches et des chiens font les poubelles. Deux indiens se mettent à nous suivre et à nous demander d’où nous venons, que faisons nous, quasiment notre curriculum vitae. À l’habitude, Julien est peu enclin à ce genre d’échanges mais ne parlons pas de Geoffrey qui en a plus que marre de leur répondre, il opte pour le mutisme. Il habite en Inde depuis deux ans et le côté « indien » semble le fatiguer sur de nombreux aspects. Il faut dire qu’ils ont leurs manières de faire (tout comme nous avons les nôtres soit dit en passant). Une de celles qui nous aura faite le plus rire est leur capacité à répondre. Que ce soit dans la rue, dans un restaurant, au guichet d’un musée ou dans un taxi, il est impossible de savoir à quelle sauce nous allons être mangé. En effet, la réponse n’est jamais franche. Il n’y a pas de « oui » et pas de « non » mais plutôt un dodelinement de la tête qui indique ni la réponse positive, ni négative. Ce hochement peut être aussi utilisé lorsque la personne nous remercie, nous dit au revoir ou bien n’a tout simplement pas compris la conversation en anglais. Cela nous fait rire dans bien des situations mais certaines fois cette mimique a le don de nous exaspérer car nous ne savons jamais ce qu’ils ont interprété, ce qu’ils vont faire ou même si nous nous sommes compris !

Kajuraho est une ville plutôt paisible pour l’Inde et nous avons élus domicile dans le café touristique pour passer quelques heures reposantes à regarder les touristes et la vie indienne avant de prendre notre train dont le trajet durera plus de 30 heures en direction de Bombay.

En attendant le train…

Lectures et sources

Article de Wikipédia concernant le déclin des populations de vautours dans le sous-continent indien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_des_vautours_en_Inde

Carnet d’adresses

New Delhi

  • Hôtel Imperial de New Delhi pour aller boire un verre
  • Triveni Terrace Café un super petit restaurant pour manger un thali entre deux visites !
  • Ek Bar pour de bons cocktails et un peu de musique occidentale
  • 29 India State Food, un restaurant de cuisine traditionnelle

Gwalior

  • Deo Bagh – 17th Century, Gwalior, un hotel dans un des jardins superbes !

Khajurâho

  • Raja Café, tenue par des suisses, c’est une pause culinaire et de soif dans l’Inde

Itinéraires et photographies

Nous sommes rentrés en France à la fin de l’année 2019, venez voir nos photos et retracez la route parcourue en cliquant ici ! Ou bien continuez à nous suivre sur les chemins de France et d’Europe en cliquant là !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

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