Inde, de la frontière de Wagha jusqu’à Chandigarh, tome 1

Nous étions à Lahore, grande et belle ville pakistanaise. Nous venions d’apprendre qu’il nous faudrait rentrer d’ici la fin de l’année pour faire soigner mes dents et que nous ne savions pas si nous allions repartir par la suite. Notre programme des jours à venir était conditionné par la venue de Paul, un ami venu nous rejoindre d’ici deux semaines à New Delhi. En attendant, nous avions décidé de profiter du nord de l’Inde…

Une fois la ville de Lahore quittée, nous avons passé la frontière entre le Pakistan et l’Inde. Nous nous sommes rapidement retrouvés au milieu d’un grand auditorium qui, chaque jour, est le théâtre d’une fausse démonstration militaire. Le garde nous demande nos passeports et nous attendons un bus qui nous mène hors du périmètre militaire. Le chauffeur est bienveillant et nous fait des blagues que nous peinons à comprendre. Puis nous embarquons dans une voiture qui s’arrête à Amritsar. Dans cette ville, nous avons décidé de dormir dans le gurdwārā, temple sacré. En effet, c’est un lieu saint qui accueille de nombreux sikhs venus en pèlerinage, un Vatican en somme ! Le complexe se situe en plein cœur de la ville. Avant de sillonner les ruelles sombres du centre, sur les artères principales, nous apercevons des bâtiments en béton, aux toits plats, sans grand intérêt architectural. De nombreux cerfs volants volent au-dessus un peu partout en ville. Ces derniers ont fait la une des journaux récemment à cause d’un fait divers : un motard serait mort étranglé par une corde de cerf-volant. Depuis une loi contraint son utilisation. Les ruelles sont étroites et offrent une pénombre agréable car le soleil éclatant est déjà haut dans le ciel. Une fois dans l’espace central de la ville, nous avons compris rapidement que l’Inde serait un pays bien plus touristique que son voisin. Les indiens de confession sikhs, reconnaissables par leurs turbans colorés, se déplacent par groupe autour du temple sacré. Les occidentaux, dont nous faisons partie, sont également présents. Le monastère offre des places gracieusement aux voyageurs de passage dans une salle qui leur est réservée. A l’entrée, un « guerrier » sikh surveille le lieu et nous demande nos passeports, nos visas et les informations concernant notre voyage. Une fois renseigné, l’homme nous laisse entrer et déposer nos affaires dans un dortoir quelque peu sordide mais d’apparence plutôt propre.

Ruelle d’Amritsar

Pour visiter le complexe religieux, il faut enlever ses chaussures et adopter une tenue adéquate. Les hommes et les femmes doivent se couvrir la tête. Nous démarrons la visite par le temple d’or. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un édifice étincelant qui est posé au centre d’un bassin dont les pourtours sont des chambres réservées aux visiteurs et aux membres religieux. Ce bâtiment richement décoré brille de mille feux sous le soleil. Il est obligatoire de se laver les pieds dans un pédiluve qui est emprunté des millions de fois, avant de pénétrer dans l’enceinte du bâtiment, ce qui nous dégoûte vivement. Pour accéder à l’eau sainte, les hommes se baignent dans le bassin, les femmes, quant à elles, se cachent dans des guérites fabriquées en béton se composant de murs et d’un toit à l’abri des regards. La suite de notre visite se poursuivra à la gare où nous tentons d’acheter un billet pour notre prochaine destination, Chandigarh. Ce n’est pas une mince affaire puisqu’il faut faire une première queue à moitié poussés par les indiens de derrière puis atteindre le guichet, récupérer un papier, comprendre comment le remplir et attendre une nouvelle fois pour le déposer et payer. Un vieil homme édenté nous aide à remplir le formulaire, il est gentil et parle un peu anglais. À la fin, il nous demande une petite pièce. Nous comprendrons par la suite qu’il est certaine fois plus intéressant de réserver ses billets directement sur le site internet.

De retour au monastère, la pénombre ayant déjà envahie une partie du ciel, les fidèles s’apprêtent à se coucher. Dans la cour, à même le sol, des couvertures sont distribuées et chaque famille trouve une place. Les lits sont préparés et la file d’attente dans les salles de bain se vide. Nous entreprenons une visite nocturne du temple d’or. Le nombre de fidèles ne se réduit pas et il y a même une queue de plus d’une heure pour pénétrer dans le saint des saints. La nuit, sa couleur vive se reflette dans l’eau et nous profitons de quelques instants de calme pour nous asseoir sur la pierre blanche et fraîche du pourtour du bassin. Des poissons y nagent. L’ambiance est apaisante et l’air doux.

La nuit dans le dortoir fut difficile. La proximité avec les autres visiteurs, la présence de punaises de lit et les nombreux passages ne nous permettent guère de nous reposer. Elle a le mérite d’être gratuite aussi nous ne serons pas exigeants. Difficilement, le chant religieux matinal nous tire hors de notre sommeil.

Le temple d’or de jour

Nous sommes en novembre et la chaleur n’est pas encore trop forte. Les ruelles sinueuses du centre sont grises. Des câbles électriques pendent, des chiens paraissent, des vaches mangent des déchets tandis que des enfants jouent. Dans les rues des guirlandes en papier brillant flottent au vent, puis elles se mêlent aux câbles et se transforment en racines d’arbres dégoulinant du ciel jusque dans les ruelles où dorment des dizaines d’animaux faméliques. Comme à Lahore ou dans certaines villes iraniennes, un beau bazar trouve sa place et tout un petit monde se côtoie. Les rues sont jonchées de détritus mais là encore, il n’y a rien de nouveau pour nous. Un des seuls changements majeurs est la tenue vestimentaire des femmes, elles sont habillées de toutes les couleurs et leur tête est très souvent dévêtue. De plus, elles conduisent des scooters et ne sont pas accompagnées par des hommes. On ne peut pourtant pas dire que le statut et la condition féminine en Inde soient bien meilleurs que chez son voisin pakistanais car la religion est bien souvent un prétexte. Seul l’éducation des hommes et des femmes peut changer la situation et la soumission du genre féminin.

En fin de journée, nous nous sommes décidés à nous rendre à la frontière pour découvrir l’événement journalier entre les deux pays. Une forte affluence et beaucoup de monde qui courent nous ont pressé à prendre place dans l’amphithéâtre qui, cette fois-ci, est bondé ! De l’autre côté, les pakistanais arrivent doucement et le petit auditorium ne fait pas le poids en comparaison de son rival indien. Un animateur militaire, micro et gestes télévisés chauffe la foule après un reportage nationaliste indien. La foule est en délire, des cris, des chorégraphies et des chants viennent de partout. Les femmes ont mis de beaux vêtements colorés et les hommes sont enjoués. Certaines d’entre elles paradent dans le couloir principal et leur visage est filmé sur l’écran géant. Puis viennent le tour des défilés militaires, en grandes pompes et vêtus de leurs plus beaux costumes, armes sous le bras et lancés de jambes ponctuent leur marche. L’animateur gesticule toujours et provoque la foule pour la stimuler. De chaque côté de la frontière, les marchés militaires sont effectuées de manière synchronisée, il s’agit d’un effet miroir entre le portail des deux nations. Seuls les uniformes diffèrent et l’ambiance de l’auditorium également. De fait, les pakistanais sont moins nombreux, ils semblent très calmes à côté du tumulte indien.

Amphithéâtre à la frontière Indo-Pakistanaise

Pour le souper, une des plus grandes cantines religieuses du pays nous servira de restaurant ce premier soir. Des milliers de bénévoles se relaient pour nettoyer, servir et cuisiner des plats pour des fidèles. Nous sommes les seuls occidentaux du service et les indiens nous regardent manger en rigolant. Les passages sont courts et il faut littéralement avaler son repas car la queue est longue et le nombre de bouches à nourrir peut monter jusqu’à 80 000 par jour ! Brièvement rassasiés, nous nous apprêtons à passer une seconde nuit dans le dortoir. Cette fois-ci, nous devons partir avant l’aube pour prendre un train en direction de Chandigarh. Les punaises de lit s’étant acharnées sur notre sort, nous sommes heureux de quitter les lieux.

Golden Temple, Amritsar

La nuit noire et épaisse enveloppe la ville lorsque nous montons dans un rickshaw déjà bondé. Julien perdra sa gourde sur le trajet. En arrivant à la gare, de nombreuses personnes dorment encore sur le parvis. En Inde ce n’est pas un problème de dormir dehors, il suffit d’avoir une couverture ou un simple tapis. L’attente sur le quai est longue et les indiens jouent des coudes dans tous les sens. Nous nous installons dans un wagon poussiéreux et très crasseux. Les fauteuils sont très étroits ce qui permet de partager beaucoup de choses avec son voisin ou sa voisine. Ouvertes, les fenêtres du wagon de la classe « Chair Car » laissent pénétrer l’air froid du petit matin dans le wagon. Je frissonne. Les volets couverts de poussière ne permettent pas vraiment de regarder le jour se lever au dehors. Les accoudoirs aiguisés aux extrémités trouent à deux reprises les vêtements de Julien. Déjà qu’il n’était pas de bonne humeur, on ne peut pas dire que cela ait arrangé le cours de sa journée… Dans la matinée, alors que le soleil est déjà bien haut, le train arrive en gare de Chandigarh.

Chandigarh, capitale des états du Penjab et de l’Haryana, est une ville nouvelle. Elle fut construite après l’indépendance de l’Inde en 1947. Le plan de la ville a été conçu par Le Corbusier d’après un plan précédent d’Albert Mayer. Il a été mis en place et sa réalisation a été suivie par Pierre Jeanneret, Jane Drew et Maxwell Fry. De part son histoire, les expositions et livres que j’avais pu lire durant mes études, cette organisation urbaine et quelques édifices ont retenu mon attention. Comme Le Corbusier sait si bien le faire, la ville est quadrillée. Elle s’étend sur 114 km2. Au nord se situe les édifices les plus remarquables comme la cité judiciaire, ou les grands parcs urbains, au sud est à l’extérieur de la ville, la gare y fut installée et plus bas l’aéroport. Le quadrillage délimite plusieurs grands secteurs, tous rectangulaires, dans lesquels se dessinent d’autres sous-blocs. Chacun comporte des jardins intérieurs, des centres de santé etc. Certains sont dédiés au commerce, d’autres ont uniquement une vocation résidentielle. En comparaison avec Amritsar, il ne s’agit pas vraiment d’une ville indienne, mais plutôt une ville indienne vue par un suisse. Les rues sont propres et goudronnées, les quartiers plutôt riches ou aisés (elle est une des villes où le PIB par habitant est le plus élevé en Inde), les bâtiments bien entretenus. Ici il n’y a pas de vache dans les rues et très peu de chiens. Nous sommes arrivés alors que l’Inde s’apprête à fêter un évènement religieux hindou, tous les temples sont recouverts de fleurs ainsi que les portails des maisons. Nous dormons dans une maison à deux étages dans un quartier résidentiel. Nous la partageons avec d’autres personnes, dont un couple franco-marocain, plusieurs étudiants indiens et quelques autres touristes de passage. La maison est agréable bien que la rue soit bruyante.

Lac au nord de Chandigarh

Le séjour à Chandigarh est reposant. Nous démarrons par nettoyer toutes nos affaires de fond en comble et tuer les punaises de lit que nous avions emmené avec nous. Après une profonde sieste, nous entamons notre visite. L’air est humide et pesant, il fait chaud même en fin de journée. Des oiseaux aux sons inconnus chantent dans les arbres leur mélopée de journée. De grands banians, ou figuiers étrangleurs, encerclent des trottoirs et avalent le goudron. Les parcs verdoyants du nord de la ville sont calmes et adéquates pour profiter d’une petite promenade. Bien que le jardin aux roses n’en soit qu’à ses prémisses, nous l’avons sillonnés de part en part. Les jours suivants, nous avons entrepris une randonnée dans la réserve naturelle de Sukhna, véritable jungle, visité une partie de la cité judiciaire, marché dans les secteurs pour comprendre le fonctionnement de ces derniers, visité un musée sur la construction de la ville et diverses choses tant il y a de choses à voir. En face de notre location, des restaurants à la mode proposent des menus variés où de jeunes indiens viennent se restaurer. La vie dans la ville est assez chère et nous constatons que le niveau de vie est effectivement élevé.

Un de nos colocataires s’appelle K-D. Indien natif de la région, K-D est à Chandigarh pour ses études. Il est en couple avec un indien alors que la condition homosexuelle est loin d’être facile. Son ami a une autre religion que lui, il est sikh alors que lui est hindi. Le père de K-D ne supporte pas l’idée que son fils puisse être homosexuel et de surcroît avec quelqu’un qui n’a pas la même religion, les rapports entre les deux hommes sont tendus. Quant aux parents de son copain, ils ne sont pas au courant. Ils rêvent de partir en Europe ou aux États-Unis pour pouvoir vivre libres et continuer leurs études. K-D est issu d’une famille aisée ce qui lui permet de viser de bonnes écoles. Lors d’une soirée, il nous a confié qu’il devait en parler à son père le lendemain pour obtenir sa validation.

Plan de la ville
Rue populaire de Chandigarh

Il nous a aussi été nécessaire de prévoir notre emploi du temps pour les semaines à venir. Après avoir regarder l’emploi du temps, j’ai appelé le dentiste en France qui m’a conseillé de rentrer et m’a proposé un rendez-vous. Aussi, nous avons pris nos billets d’avion, nous rentrerons le 11 décembre. J’ai le cœur lourd et de la peine à l’idée de rentrer. Je sais que si nous le désirons nous pourrons repartir mais je n’y crois pas. Julien ne va pas vouloir. Son amour pour l’Inde est loin de croître, bien que son esprit et son corps semblent plutôt paisibles à Chandigarh.

Comme à Amritsar, nous nous sommes rendus à la gare pour obtenir nos prochains billets de train. Les indiens se bousculent dans les files d’attente et se passent devant. Un homme ivre crie sur d’autres ainsi que sur le guichetier. Un agent de contrôle muni d’une matraque en bois intervient et l’emmène à l’extérieur. Un panneau de signalisation indique que dans la gare il n’est pas autorisé de déféquer… Nous avons passé un moment très surprenant mais repartons sans billet de train. Nous les prendrons, non sans difficultés, un peu plus tard sur internet.

Au petit matin la ville est déserte. Seuls quelques vélos tirant leurs carrioles sillonnent les routes. L’énorme boule de feu monte progressivement dans le ciel et tire nos esprits des bras de Morphée. La gare est pleine, on se croirait une veille de noël à la Gare de Lyon. Tout le monde a les bras chargés de paquets. Sur les quais, des hommes, des femmes et des enfants. Les hommes sont pour la plupart habillés à l’européenne, pantalon, chemise petit pull manche courte, les femmes quant à elles portent plus souvent des tuniques, quelques jeunes sont en pantalon. Un vol de perruches à collier passe dans le ciel en poussant leurs cris aigus.

Après avoir réservé une chambre d’hôtel (très chère pour la prestation) à New-Delhi, nous avons repris un train en direction de la ville. Cette fois-ci, la classe est un cran au dessus et ce voyage fut beaucoup plus confortable. Nous accueillerons Paul le lendemain à l’aéroport !

Sur le quai en direction de New Delhi

Carnet d’adresses

Chandigarh

  • Backpackers café, bons snack et ambiance détendue
  • The Willow café, large choix de bonne qualité
  • Fraîche, vente à emporter de sandwichs et salades (pour changer de la nourriture indienne !)

Itinéraires et photographies

Nous sommes rentrés en France à la fin de l’année 2019, venez voir nos photos et retracez la route parcourue en cliquant ici ! Ou bien continuez à nous suivre sur les chemins de France et d’Europe en cliquant là !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

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