Pakistan, de Gilgit à Wazirabad, tome 2

Nous avions dépassé les sublimes montagnes du nord pakistanais, aperçu des glaciers et goûté à l’agréable accueil des habitants. Mais Julien était tombé malade, son ventre lui jouait encore des tours et notre séjour dans le nord avait pris fin prématurément. Nous étions arrivés à Gilgit, petite ville située sur le chemin qui permet de rejoindre Islamabad. Nous hésitions soit à continuer l’auto-stop alors que certains pakistanais avaient déconseillé la zone que nous devions emprunter, soit à prendre un bus qui roule environ 3 jours pour descendre à la capitale et dont le coût était raisonnable ou bien à commander un taxi, beaucoup plus cher mais très rapide. La nuit porta conseil…

Au petit matin, Julien est toujours faible. La route la plus directe est apparement encore fermée à cause des récentes chutes de neige et le détour envisagé n’est pas recommandé et rajoute 500 kilomètres de plus au compteur. L’itinéraire bis est déconseillé sur le site de l’ambassade anglaise. En temps normal, 510 kilomètres nous séparent de la capitale (hors détour) et nous avons compté entre un et trois jours d’auto-stop. Nous éliminons donc cette solution pour éviter trop de fatigue pour Julien et les mauvaises rencontres (bien que nous n’y croyons qu’à moitié). Le trajet de trois jours en bus ne le rassure guère non plus. Il faut dire qu’être malade en transport est assez difficile. Après discussion, nous optons pour le taxi. C’est sans aucun doute hors budget mais il n’est pas possible d’apprécier pleinement le voyage lorsqu’un mal fait souffrir. Nous espérons seulement que nous trouverons une banque pour régler la course, une fois arrivés en ville.

Le tenancier de l’hôtel n’est pas là, nous demandons alors de l’aide à deux personnes assises dans un bureau. Il s’agit en réalité d’une entreprise de pierres précieuses. L’un est gérant, l’autre est géologue. Leur anglais est très bon. Ils nous trouvent un véhicule, ce qui nous évite de nous faire rouler sur les prix. Aussi, quelques minutes plus tard, nous embarquons à bord d’une voiture confortable avec Ali, notre conducteur. Le paysage s’assèche progressivement et les reliefs font une nouvelle fois leur apparition. Nous avons clairement une place de choix (et j’en ai quelques fois un peu honte), la plupart des bus sont pleins à craquer et les voyageurs qui n’ont pas trouvé de sièges se tiennent aux galeries des véhicules qui dévalent les routes sablonneuses. Sur les pistes, de gros camions colorés se mêlent aux ânes chargés, aux mobylettes et aux petits fourgons. Les pakistanais adorent leur pays, partout sur la roche le drapeau du pays est peint, à côté plusieurs cœurs sont dessinés. Nous faisons escale dans un village dont l’un des restaurants a repris l’architecture des toits chinois.

Passagers a l’arrière d’un bus – Route vers Islamabad
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À la mode chinoise sur fond de Coca-Cola – Route vers Islamabad
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I Love Pakistan – Route vers Islamabad
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Hameau de montagne – Route vers Islamabad

Ces derniers sont nombreux dans la région, ils ont passé un accord avec le gouvernement pakistanais. En effet, en échange de nouvelles routes neuves et propres comme la désormais célèbre « Karakorum highway », que nous avons emprunté depuis que nous sommes en terre pakistanaise, le pays donne accès à ses ressources. Sur le chemin, nous croisons plusieurs « petites villes chinoises » à proximité d’une mine ou d’un barrage. Les lieux sont clôturés par de hautes grilles (Plus d’informations à venir lors d’un article politique !).

Sur la route, des militaires contrôlent nos papiers. Sur de vieux registres, ils notent nos numéros de visas et passeports. Ils sont là pour la sécurité nous explique Ali. Bien que la présence des forces armées soit plutôt désagréable, il s’agit de repérer les touristes qui traversent la région afin d’assurer leur sécurité. À l’intersection entre le détour et la route des montagnes, le garde nous informe que la neige a fondu ! L’officier monte avec nous en voiture pour se faire déposer dans son village. Il nous explique qu’il n’y a pas de danger ici pour les voyageurs, la seule criminalité se retrouve entre les familles des villages. La semaine dernière, un homme a été abattu par son voisin car il avait coupé son bois. La région que nous traversons est très rurale, les montagnes sont arides, des habitations en pierre sèche et en terre sont regroupées par hameau, tandis qu’au-dessous sont disposées des terrasses où quelques plantes et arbustes sont cultivés. Les habitants croisés sur les bords de route sont coiffés de chapeaux, ils ont le teint sombre tanné par le soleil. Puis la végétation s’amenuise, et au loin, enserrés par les premiers reliefs, les pics enneigés du prochain col se dévoilent. Les sapins font place à de petits arbustes touffus et les bosquets se transforment en herbes grasses rougeoyantes. Puis la neige apparaît par petites touches, les nuages filent sur les sommets, et enfin l’étendue blanche réverbère la lumière tout autour de nous.

Au point culminant de 4 180 mètres, la voiture s’arrête. L’été, l’aire de repos doit être ouverte car de petites baraques en bois et en tissus sont présentes, aujourd’hui délaissées et balayées par les vents. Lorsque la neige n’a pas encore recouvert la totalité du sol, elle laisse apparaître une terre anthracite aux reflets couleurs rubis. Le chemin emprunté pour la descente est tout aussi rural, mais nous voyons naître progressivement des hôtels et résidences plus cossus pour touristes . Des vallées verdoyantes côtoient des lacs cachés par les montagnes. Quelle frustration de ne pas pouvoir s’y arrêter, de ne pas pouvoir randonner ou bien tout simplement parler avec les habitants… Le nord du Pakistan reste un souvenir intense accompagné d’une sensation d’inachevé latente.

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Premières neiges – Route vers Islamabad
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Neige sur les hauteurs – Route vers Islamabad
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Plateaux enneigés – Route vers Islamabad

Ali ne fait que très peu d’arrêts et nous le voyons fatiguer d’heures en heures. Bien que nous soyons bloqués durant plus de 45 minutes par une prière qui se tenait au bord d’une route de village, nous redescendons progressivement dans le sud. Une fois la nuit couchée, les lumières des villes deviennent de plus en plus denses et éclairent l’obscurité. La chaleur se fait sentir, le sable des montagnes se transforme en sable du désert et la flore revêt des allures de tropiques. Je suis heureuse d’être descendue. Même de nuit, la végétation est luxuriante, de grands pins, des eucalyptus, des palmiers, des plantes grimpantes aux fleurs odorantes sont éclairés par les lueurs citadines… Il est 23h lorsque la voiture arrive à Islamabad. Ali nous emmène tester une banque qui par chance nous donne de l’argent. Il est épuisé et nous sommes tous les trois satisfaits d’être arrivés. Nous coucherons dans un petit hôtel.

Lorsque j’ouvre les yeux au petit matin, je passe la tête par la fenêtre. De grands Milans noirs sillonnent les cieux à la recherche de quelque chose à manger tandis que des Martins tristes postés sur les branches d’un figuier étrangleur chantent à tue-tête. Nous sommes ailleurs, tout a changé, l’air est chaud. Les arbres sont couverts de poussière et prennent des reflets tantôt blancs, tantôt crèmes selon le soleil. Au Pakistan, il est possible de sortir la tête découverte mais autant pour les hommes que pour les femmes, il est important de ne pas exposer ses jambes. Aussi les habitants sont habillés de la même manière, les seules différences résident dans les couleurs. Les tuniques couvrant les fesses et les bras sont colorées pour les femmes alors que les hommes portent plus volontiers des vêtements de couleurs unis, blanc, marron ou bleu. Islamabad est une ville récente. Elle est bâtie sur un plan en damier, comme New York, mais la taille des îlots est plus large. Les avenues qui séparent les blocs sont vastes, cependant une fois à l’intérieur de ces blocs urbains, l’échelle du piéton semble agréable. Il est très difficile de visiter la ville à pied, car elle est bien trop étalée.

Par chance, l’hôpital se situe non loin de notre lieu de résidence. C’est un grand bâtiment propre et bien entretenu. Une fois dans la bonne salle d’attente et inscrit dans le registre correspondant, nous attendons notre tour. Dans cette pièce immaculée, des pakistanais sont assis. Des hommes coiffés d’un chapeau, certaines femmes voilées ou non et plus rarement en burqua. Le médecin nous reçoit, il prescrit à Julien des analyses et diagnostique une tourista sévère. Du riz et des plats non-épicés seront de mise pour les prochains jours, bien que ce fut déjà au programme…

Entre deux siestes, nous visitons la ville. Pour commencer, nous allons visiter le musée Lok Virsa Heritage. Cet espace met en scène l’artisanat, les savoirs-faire et le patrimoine du Pakistan. Il est possible d’admirer des bijoux, des tapis, des objets en vannerie, de la céramique, de la menuiserie et d’autres métiers qui se perdent ou ont disparu aujourd’hui en Europe. Le musée n’est pas très beau mais la diversité permet de mieux comprendre les artisanats très variés intrinsèques à chaque territoire. Nous avons également dégoté un restaurant de qualité en face du musée. Les plats proposés sont multiples et nous sommes surpris de voir à quel point tout est délicieux (pour en savoir plus sur la cuisine du Pakistan, rendez-vous ici !). Plus tard, une autre visite nous emmène au nord de la ville, vers la moderne et imposante mosquée Faisal. Dessiné par l’architecte turc Vedat Dalokay et bâti entre 1976 et 1986, le bâtiment est particulier de part son architecture et également l’ambiance qui en émane. La forme générale s’inspire d’une tente bédouine, elle peut contenir environ 74 000 croyants. Cette mosquée est une des plus grandes du monde, elle fut financée par le roi d’Arabie Saoudite qui lui a donné son nom. Avant de pénétrer dans l’enceinte du bâtiment, il faut payer pour déposer ses chaussures, mais voyant que nous sommes des étrangers, le responsable nous offre la prestations avec un grand « Welcome in Pakistan ! ». Le bâtiment est impressionnant et magnifique. Entièrement blanc, les quatre minarets pointent vers le ciel alors que la coupole, habituellement arrondie, se composent d’angles qui se répondent. L’espace intérieur est également surprenant, les jeux de lumière offrent une harmonie digne d’un lieu religieux. Alors que les enfants jouent dans les escaliers, plusieurs pakistanais s’arrêtent pour nous demander une photographie en leur compagnie. Cela nous était déjà arrivé à Gilgit, c’est plaisant de rencontrer des habitants et de partager de courts instants avec eux, d’autres fois les demandent sont insistantes voir presque agressives. Il s’agit de ramener une photographie du lieu visité ainsi que d’autres des visiteurs trouvés là. Dans ces situations, nous n’arrivons pas forcément à refuser mais comme le sourire forcé ne me sied pas au teint, j’évite toute grimace. Le résultat doit être mitigé…

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Bus scolaire – Islamabad
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Restaurant devant le musée – Islamabad
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Jardin – Islamabad
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Vue d’Islamabad dans un nuage de pollution – Collines de Marghalla
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Végétation – Collines de Marghalla

L’état de Julien s’améliorant, nous décidons de quitter Islamabad et la pollution ambiante pour aller randonner sur les hauteurs des collines de Marghalla. Plusieurs chemins quittent la ville pour se perdre dans les forêts. Au pied, nous découvrons un jardin cultivé. La semaine précédente, les princes Charles et Kate de Cambridge sont venus en visite. Très honorés par ce déplacement royal, les pakistanais nous font visiter le jardin avec entrain. Plusieurs espèces qui nous sont inconnues, sont cultivées afin d’en récupérer les semences et de les replanter dans le parc protégé. De nombreux panneaux d’informations sensibilisent les habitants au respect de la nature et à la propreté. Comme ce fut le cas déjà dans les hauteurs, les pakistanais sont très sensibles à cette question et tentent de mettre en place des moyens pédagogiques pour alerter le public. La randonnée est jolie, plutôt facile, les chemins sont empruntés fréquemment. De petites cascades rafraichissent les clairières mais l’air est humide et la chaleur omniprésente. Rapidement, nos vêtements nous collent à la peau. Des oiseaux aux chants exotiques discutent posés sur des branches d’arbres aux fleurs de couleurs vives. Tout est nouveau, autant la flore que la faune. Une fois en haut, de nombreux restaurants chics offrent une vue imprenable sur la ville couverte par une chape de pollution. De là, on ne voit rien.

Le séjour dans la capitale nous aura plu et permis de reprendre des forces pour continuer la suite de notre voyage. Pour faire plus ample connaissance avec les pakistanais, nous avons prévu de dormir à l’extérieur de la ville.

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Avenue – Islamabad
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Mosquée Faisal – Islamabad
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Portique de la mosquée de Faisal – Islamabad
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Enfants courant dans les escaliers du complexe de la mosquée Faisal – Islamabad
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Jeux sur sol glissant, mosquée de Faisal – Islamabad
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Escaliers menant à la terrasse, mosquée Faisal – Islamabad
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Pakistanais essayant de voir l’intérieur de la mosquée – Wazirabad

Nous sommes arrivés chez Maryam et Mohammed et leurs deux enfants, Jan et Shan. Tout d’abord, nous avons parlé un long moment avec Mohammed dans son bureau. Il s’agit en réalité d’une salle accessible, de plein pied et plutôt en désordre où il gère ses affaires de business immobilier. Il nous raconte sa vie, son travail et son mariage. Il fait construire des immeubles dans la région et revend les appartements. Il mentionne le fait que beaucoup de chinois sont en train de s’implanter au Pakistan, beaucoup plus qu’avant. Il est marié à Maryam depuis 20 ans, lui est de confession musulmane alors qu’elle est chrétienne. Au Pakistan, l’État prévoit que la confession de l’homme « l’emporte » sur celle de la femme sans qu’elle ne soit obligée de se convertir. Les enfants en hériteront également et sera inscrite sur la carte d’identité. Les chrétiens sont en fort déclin dans le pays car les parents ont des réticences à marier leurs filles avec des hommes de confession catholique. Ils travaillaient tous les deux dans la même entreprise et Maryam est venue l’aider lorsqu’il a eut un problème avec une affaire dans le sud du pays, depuis ils ne se sont plus quittés. Au début, les parents de Mohammed étaient réticents à leur union du fait de la confession de Maryam, puis le temps a fait son oeuvre.

Le soleil couché, nous rejoignons la maison où réside la famille. Avec tout ce que nous avait vendu le père dans ses beaux discours, nous nous attendions à autre cadre de vie. C’est une maison de plein pied également, qui se compose de deux pièces. Une fois passée la porte d’entrée, nous pénétrons directement dans le salon qui sert aussi de chambre à coucher pour toute la famille. Puis, par un sas, nous rejoignons la cuisine qui sert en même temps de salon. Maryam est couchée lorsque nous arrivons, une fois redressée, elle nous accueille. Nous échangeons un moment avant de commencer à préparer à manger. Elle apprend à Julien comment cuisiner les chapatis dans la cuisine alors que son mari est parti se reposer. La maison est sale et lorsque nous cuisinons, il est difficile de savoir où poser les affaires. Les enfants sont jeunes, joueurs et réservés. Ils batifolent tranquillement alors que nous finissons le repas. Lorsque tout est prêt, Maryam se sert à manger et elle retourne dans l’autre pièce regarder la télévision avec ses enfants alors que Mohammed est parti pour la soirée rejoindre des amis. Un peu surpris, nous mangeons seuls sur les banquettes qui nous serviront de lit. Un brin de toilette finit totalement par nous dégoûter du lieu. Dans la salle de bain, un toilette « classique » a été scellé sur des toilettes turque. Juste à côté, un robinet goutte sur le sol qui est recouvert de saleté. Nous collerons les banquettes côte à côte pour se sentir moins seuls et essayerons de trouver le sommeil dans une atmosphère lourde, chargée d’effluves d’urine et d’épices, le tout couvert par le ronronnement assourdissant du congélateur. Le lendemain matin, nous nous levons péniblement. Maryam prépare le petit déjeuner alors que les enfants se lèvent doucement. À moitié habillée, elle me demande de m’occuper de ses fils et de les préparer pour l’école. Ses enfants ne parlent pas anglais, je ne les connais que depuis la veille et accepter de quitter son déguisement de batman n’est pas chose facile pour le plus petit. Une fois le petit-déjeuner prêt, elle emmène le tout dans le salon où ils mangent une nouvelle fois ensemble en regardant la télévision. À nouveau interloqués, nous finissons d’empaqueter nos affaires. Maryam hèle alors Julien de l’autre côté du sas, il vient la voir. Elle lui demande de lui ramener sa tasse de thé posée dans la cuisine… À contrecœur, il s’exécute. Nous avons prévu de partir tôt. Gentiment, Mohammed nous propose alors de nous déposer à la sortie de la ville, directement sur la voie rapide ! Nous acceptons avec plaisir. C’est étrange ce sentiment partagé, à la fois de reconnaissance pour l’accueil et la générosité de nos hôtes et en même temps, ce fossé d’incompréhensions et de difficulté à vivre avec eux sous le même toit ne serait-ce que pour une nuit.

Lors de notre traversée du pays, « une marche » contestataire était en train de remonter vers la capitale. Et c’est lorsque nous avons quitté Islamabad que cette dernière fut entièrement fermée pour éviter les désordres. Nous sommes partis à point nommé ! Sur la voie rapide, c’est le défilé. Des ânes tractent des charrettes, des scooters ou mobylettes fréquentent les bas côtés en compagnie des taxis locaux tandis que les camions colorés se font doublés par des voitures aux intérieurs de cuir. Les femmes sont assises à califourchon à l’arrière des mobylettes tandis que leurs voiles dansent sous le vent. Sur le véhicule, on peut mettre quatre adultes sans trop d’embonpoint, ou bien deux adultes et deux enfants, l’un à l’avant l’autre serré au milieu. Si les conducteurs sont vraiment joueurs, il est aussi possible de transporter les bébés posés sur le guidon ou collés à la poitrine des femmes assises en amazone. Sur le guidon, pieds nus et les cheveux ondulant sous l’air chaud, l’un d’eux pleurait à chaudes larmes alors que sa sœur, assise juste derrière son père, habillée en tutu de crêpe rose et riait à gorge déployée le dos collé contre la poitrine de sa mère. Quelques fois à une intersection, un vendeur de jus de canne à sucre ou de fruits pressés crée un attroupement. Nous partons en direction de Wazirabad, chez Mazar et Meer que nous avions rencontré en Chine un peu auparavant.

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Julien apprend les techniques pour faire des Chapati – Islamabad
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Les toilettes d’un autre monde – Islamabad

Sur la route, nous nous faisons prendre en stop par un pakistanais, Sabiar, qui ne parle pas bien la langue anglaise mais très bien l’espagnol ! Il vient voir sa famille car le reste de l’année il travaille en Espagne dans le maraîchage. Sabiar envoi de l’argent pour que sa famille puisse vivre dignement dans son pays cependant en échange, ses conditions de travail sont harassantes. Il a peu de vacances dans l’année, habite dans un container avec d’autres pakistanais et s’échine pour récolter les tomates et autres légumes de nos supermarchés. Sabiar est très peu payé pour l’Espagne mais en comparaison du Pakistan, le salaire est élevé. Qui aurait cru que nous ayons à parler espagnol au beau milieu de ce pays ! Après une longue attente chez un garagiste, il nous dépose à Wazirabad ! Un grand merci à lui !

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Véhicules en tout genre – Route vers Wazirabad

 

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Jeunes garçons au volant – Route vers Wazirabad

Ne sachant pas vraiment où habite la famille, nous finissons par demander notre chemin à des passants qui nous regardent interloqués. Nous, les étrangers blancs, aux lourds sacs à dos dans cette petite ville peu fréquentée par les touristes. Un adolescent nous sert de guide dans les ruelles étroites. La plupart des maisons possèdent de hauts murs d’environ dix mètres, soit un à deux étages au dessus du rez-de-chaussée. Sur les bas côtés, un égout, dont l’eau chemine à vive allure, longe les bâtiments. Epuisés, nous arrivons à la maison où nous sommes reçus chaleureusement par Mazar. C’est l’ainé de sa famille et à la mort de son père, il hérita de la maison principale. Chez lui, séjourne sa mère, Noor Safia, sa femme, Abiha et ses cinq enfants. L’ainée, Fatima, termine ses études de biologie. Le second, Abdullah est encore au lycée, puis viennent ensuite ses trois autres filles qui vont à l’école ou au collège. Sanaa est la petite dernière, la protégée. Abiha est souriante et joyeuse. Aucune femme n’est voilée à la maison, même en présence de Julien. Au rez-de-chaussée, il y a une petite cuisine où nous est servi un thé puis deux autres chambres et une salle commune. Dans le salon, trône la moto d’Abdullah, le fils. À l’étage, Mazar nous montre notre chambre, grande et spacieuse, avec une salle de bain attenante. C’est une vraie aubaine pour passer une nuit sereine après toutes ces agitations. Une fois reposés, il nous emmène visiter sa fabrique de couteaux et d’autres objets métallique. Ayant également hérité de la manufacture de son père, il a reprit l’entreprise avec son oncle. Il s’agit plutôt de bâtiments bas construits en brique où travaillent des ouvriers dans de petites pièces. Le métal est fondu, moulé, martelé, puis travaillé et enfin aiguisé. Toutes sortes de couteaux sont produits dans cette usine qui approvisionne le Pakistan mais aussi le monde entier. Les ouvriers sont sympathiques et il est facile de lire sur leur visage la dureté de leur travail. Ils nous autorisent à prendre des photographies d’eux et ont même l’air fiers que des occidentaux s’intéressent à ce qu’ils font. Sans le savoir, nous sommes tombés dans la capitale pakistanaise du couteau ! Lorsque nous sortons, une chèvre aux longues oreilles pendantes attachée à un arbre devant l’usine, nous regarde avec ses grands yeux.

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Chemin de fer – Wazirabad
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Fonte du métal – Wazirabad
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Ouvriers, usine de coutellerie – Wazirabad
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Avec Mazar, sa famille et ses associés – Wazirabad
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Avec la famille de Mazar et Abiha – Wazirabad

Après cette visite, nous rentrons à la maison où Abiha nous sert un très bon et copieux repas. Ensuite, nous sortons pour rendre visite à la famille de Mazar et de son épouse. Alors qu’il fait déjà nuit noire, Abiha a mis un voile et une tunique aussi sombre que le ciel. Les yeux maquillés et les lèvres peintes, elle m’adresse un sourire : « La nuit, une femme respectable sort couverte ». Mazar me regarde et me dit : « Elle fait bien ce qui lui plait, ce n’est pas à moi d’en décider ». Durant toute la soirée, nous irons de maisons en maisons, prenons la pose pour les photos, discutons avec les plus jeunes en anglais. Rapidement, les groupes se forment, d’un côté les femmes et de l’autre les hommes. Lors de la première visite, les familles nous proposent à nouveau de la nourriture, des fruits et des desserts. Mais il nous est impossible d’avaler plus de choses et Fatima fait la traduction en ourdou. Dans une autre famille, nous discutons plus longuement sur les canapés. La maîtresse de maison est ravie de m’avoir rencontrée et veut absolument m’offrir un cadeau. Accompagnée des autres femmes, elle me traine jusque dans sa chambre. Je suis très gênée, je ne peux pas accepter, quoi que ce soit ! Elle sort une bague en forme de papillon de sa coiffeuse. Et sous les cris des pakistanaises, je suis contrainte d’accepter ce cadeau qui a de la valeur mais dont je ne sais que faire… Enfin, dans un nuage de poussière chaude, nous traversons la voie ferrée pour nous rendre dans une autre demeure. Les maisons visitées jusqu’à présent sont grandes, lumineuses, propres et cossues. Nous sommes conscients que nous sommes loin des quartiers ouvriers et des bidonvilles dans lesquels s’entassent le peuple pakistanais. Dans cette dernière demeure, les habitants nous reçoivent dans un petit salon aménagé à l’entrée de la maison, une sorte d’anti-chambre. Assis sur des fauteuils, nous déclinons poliment les boissons proposées. La jeune fille nous annonce qu’elle va se marier dans quelques semaines et nous propose gentiment d’y participer. Elle est cuisinière dans un restaurant mais une fois mariée, elle arrêtera d’exercer son métier. Je lui demande si elle n’est pas triste de ne plus cuisiner. Elle me répond que non, elle fera à manger pour sa future famille. Elle me montre son mari en photo sur son téléphone portable. Elle ne l’a jamais rencontré mais lui a parlé une fois au téléphone. Elle me dit que ses parents ont fait un bon choix et qu’il sera un très bon mari. Je l’espère pour elle !

Vers une heure du matin, nous commençons doucement à flancher. C’est épuisant de faire bonne figure, d’être avenants et souriants et de prendre la pose toute une soirée ! J’en ai mal aux muscles zigomatiques ! La fatigue nous saisit et toutes ces visites nous ont épuisé. Mais elles furent aussi fatigantes qu’excitantes, c’est un autre monde lorsque l’on pénètre dans les intérieurs, lorsque l’on discute longuement avec les habitants. On s’oublie peu à peu pour essayer de comprendre et de s’immerger complètement dans ces nouvelles cultures. Chose, qui en peu de temps, est presque impossible à faire. Peu importe, il est agréable de se sentir un peu pakistanaise au milieu de toutes ces femmes riant en buvant du thé et en faisant des blagues !

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Tracteur avec benne – Sur la route vers Islamabad
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Troupeau de chèvres aux longs poils – Sur la route vers Islamabad

Carnet d’adresses

  • Islamabad :
    • Hôtel : Jasmin INN
    • Restaurants : 1969 (excellent) et Tandoory restaurant G8

Itinéraires et photographies

Nous sommes rentrés en France à la fin de l’année 2019, venez voir nos photos et retracez la route parcourue en cliquant ici ! Ou bien continuez à nous suivre sur les chemins de France et d’Europe en cliquant là !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

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