Chine, Traversée éclaire du Xinjiang

Lors du dernier récit, nous nous étions arrêtés à Irkeshtam, un petit village à la frontière entre le Kirghizistan et la Chine. Nous avions parcouru en peu de temps et en auto-stop plus de 1300 kilomètres. Après une nuit dans un hôtel sordide, fort anxieux, nous nous apprêtions à passer la frontière chinoise de bonne heure.

15 octobre

Le petit jour n’est pas encore levé que l’appel à la prière nous réveille de façon tonitruante. Nous mettons les sacs sur le dos et nous nous dirigeons vers le poste frontière. Une grande barrière sommaire s’ouvre et un soldat kirghize nous laisse entrer. Une première guérite tenue par des soldats russes à l’air maussade tamponnent nos visas et regardent l’autorisation chinoise. Les routiers de la veille attendent leur tour, une longue file de poids lourds s’amasse derrière le barrage. Comme à son habitude, Julien a lu, relu et poncé les commentaires de passages de frontière, les avis des voyageurs, les choses à faire et à ne pas faire, ce qu’il faut retenir et le déroulé des opérations. Concernant la Chine, il y a beaucoup de choses à connaître et nous suivons à la lettre les préconisations de voyageurs passés avant nous. Une fois sortis du poste, nous marchons quelques mètres et demandons à un chauffeur de nous prendre pour effectuer les quelques kilomètres qui nous séparent de la frontière géographique chinoise. Le paysage lunaire, formé de montagnes est lentement éclairé par les rayons du soleil. Les sommets déchirés aux dents acérés pointent vers le ciel. La route proprement goudronnée est longée par de hauts grillages surmontés de barbelés, il me semble que tous les cent mètres une caméra de contrôle est postée. Nous descendons du véhicule lorsque celui-ci s’arrête à la suite d’une longue file indienne de camions. Quelque centaines de mètres nous séparent d’un autre poste frontière, nous les finissons à pied. Les poids lourds transportent toutes sortes de denrées en direction de la Chine, du charbon et des aliments sont stockés dans les bennes et containers. Un immense drapeau chinois est peint au sol et un autre flotte au vent. Dans une sorte de campement aux allures de baraquement militaire clôturé, nous sommes attendus. Une petite ouverture se dégage dans les pans d’une tente chauffée à l’aide d’un poêle à bois, nous tendons nos passeports, l’un après l’autre nous montrons patte blanche. En sortant, des aboiements de chiens nous font accélérer le pas. Avenants, d’autres soldats chinois contrôlent à nouveau nos papiers quelques mètres plus loin, puis ils interpellent un chauffeur pour effectuer une fois de plus une portion de route à ses côtés. Le même scénario se répète, la route, le soleil, cette fois-ci plus haut dans le ciel, la pierre de couleur sable, grise et rouge, les impressionnants kilomètres de grillages de part et d’autre et les incessantes caméras de vidéosurveillance.

Le poste de contrôle suivant est un ensemble de grands bâtiments où les camions sont passés dans un scanner aux dimensions de hangar et où nous serons passés, à notre tour, au peigne fin. Impatients et inquiets, nous attendons dans une salle d’attente de longues minutes. C’est enfin notre tour, ce moment que nous anticipions depuis des mois, cette frontière tant redoutée. Chaussures défaites, sacs à dos posés sur les tapis menant au scanner, nous avançons dans le sas. Les soldats chinois qui nous reçoivent sont peu engageants de prime abord mais leurs visages se défigent progressivement. Je passe la première et j’ouvre mes affaires. Tout doit être sorti et il faut tout expliquer : poches, vêtements, affaires de camping… Un soldat est muni d’un petit traducteur d’anglais perfectionné pour l’aider dans sa besogne. J’ai peur qu’ils mettent la main sur le couteau de Julien. C’est un couteau de poche qui date de ses années de scoutisme, une relique auquel il tient. Craignant de longue date ce barrage, nous avons confié le deuxième couteau qui était plus gros à Stella, venue nous voir en Ouzbékistan quelques mois plus tôt. Sans interruption tout y passe : trousse de toilette, lampe de poche, couverture de survie, carnets de voyage, carte mémoire d’un appareil photo, lettre de ma mère pour mes trente ans sont examinés. Ils cherchent quelque chose. Puis tout à coup, ils s’arrêtent. Ils ont vu mon carnet à dessin. Dans certains articles, je dessine la carte des pays que nous traversons pour y marquer notre itinéraire. Il m’est également arrivé de faire un ou deux dessins sur d’autres sujets. Ces cartes ne leur plaisent pas et nous n’évoquerons pas le site internet que nous avons mis hors ligne le temps de la traversée. Une multitude de question me sont posées, Où ? Pourquoi ? Comment ? Ils ont l’air ébahis par le fait que l’on puisse encore dessiner une carte. Pour en finir, je leur propose de leur offrir un des dessins s’ils le souhaitent. Ils refusent en continuant à faire de grands yeux ronds devant le papier coloré. Puis ils s’attaquent au téléphone, toutes les photos sont regardées et plusieurs font réagir. La première, qui fait sourciller les bidasses, est une photographie du Potala à Lhassa prise dans le musée de Przewalski au Kirghizistan, les suivantes sont plus difficiles à défendre. Ils remontent le temps en suivant nos clichés. Qui sont ces gens enturbannés ? Les connaissez-vous ? Sont-ils vos amis ? Et des photos de femmes voilées, j’en ai un bon paquet. Turquie, Iran, Ouzbékistan et surtout Lesbos ! Cela continue… Que faisiez-vous là-bas ? Est-ce vous debout devant toutes cette classe de têtes couvertes ? On s’explique, on argumente mais le traducteur n’est plus suffisamment perfectionné et le texte en mandarin qui parvient aux oreilles de nos interlocuteurs ne parait pas les convaincre. Les gardes restent avec Julien pour inspecter son sac et continuer l’interrogatoire. Le ventre noué, je vais m’asseoir dans une autre salle d’attente. Je me risque à visiter les toilettes dans lesquels il n’y a pas d’eau courante. Julien me rejoint enfin, bien que la suite des questionnements au sujet de mon téléphone furent longs. Nous venons de passer un des premiers contrôles.

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Sur l’autoroute qui mène à Kashgar – Environ d’Ulugqat

Un chauffeur de taxi nous attend à la sortie, il n’est pas question de faire du stop ici. Plusieurs voyageurs à vélo nous ont fait parvenir leurs galères de voyage et nous avons eu vent d’un couple qui avait fait de l’auto-stop. Si cette pratique n’est pas recommandée pour voyager en tant que touristes et peut complexifier les déplacements, pour les chauffeurs qui acceptent, elle l’est d’autant plus. Certains risquent des contraventions voir de la prison dans cette région. L’homme du taxi a le visage large et doré, il vient du coin ou de moins loin que les soldats croisés plus tôt, il en va de même pour les autres passagers. À la suite de quelques échanges dans une autre langue que le chinois, les quatre hommes, dont le chauffeur, vont manger un morceau dans le bâtiment en face du poste, quelques secondes après être montés dans la voiture. Il ne nous est pas possible de penser à avaler quelque chose, le ventre à peine desserré nous n’avons qu’une idée en tête, avancer. Pendant la pause, nous allons visiter les toilettes. Au delà du bâtiment, quatre murs en béton, des trous dans le sol et un autre mur cache l’entrée. À contrario des pays précédents, il n’y a pas d’eau pour se nettoyer. L’installation est sommaire. Une fois leur repas terminé, nous reprenons la route en direction de Kashgar. Les grillages ont disparu mais les montagnes, toujours aussi hautes, resplendissent. De petits villages cerclés de clôtures sont quelques fois présents dans ce paysage désertique. Les maisons, plutôt récentes, sont reproduites à l’identique, de couleur jaune ou rouge. Ces regroupements d’habitations aux allures proprettes trahissent leur substance par de grosses bottes de foin qui dépassent des jardinets et par des tôles qui abritent sans doute les bêtes. Le temps s’écoule lentement… La voiture s’arrête devant une grande barrière, il n’est pas encore l’heure. Le temps passe, cette fois le soleil est au zénith. Il est 13 heures quand les portes du port douanier d’Ulugqat s’ouvrent. Deux soldats vérifient nos passeports et la voiture s’engage sur une route bien goudronnée, des lampadaires néoclassiques, presque tous cassés, ponctuent les bords de l’allée accompagnés des inévitables caméras. Nous pénétrons dans l’immense poste. D’un poste à l’autre distant de plus de 130 kilomètres, les soldats ont échangé les informations de notre précédent contrôle. Sympathique, le chef vient nous voir et nous interroge. « Vous avez des cartes dessinées dans votre sac, montrez les nous ». Je sors spécifiquement le carnet à dessin, une jeune femme l’air distrait, un collègue attentif et leur supérieur, au vu de ses galons sur sa veste, les examinent attentivement. Poliment, les questions s’enchaînent :

– « Où avez-vous appris à dessiner ? » demande l’officier

– «  Je suis architecte, j’ai quelques notions »

– « Pourquoi dessinez-vous ? » enchaîne-t-il

– « Je dessine les cartes des pays que nous avons visité pour se rappeler de l’itinéraire et le montrer à nos familles »

– « Pourquoi avoir dessiné d’autres choses ? »

– « La pomme, c’est pour illustrer le voyage en Arménie et les figues, il s’agit de celui en Turquie »

– « Pourquoi vous-êtes vous arrêtée à la carte de l’Iran ? » reprend-t-il

– « Car je n’ai pas eu le temps de dessiner les trois derniers pays »

– « Où allez-vous passer en Chine ? »

– « Seulement au Xinjiang et pour trois jours, nous voulons rejoindre le Pakistan »

Et les questions se poursuivent. L’officier s’en va, son second prend le relai. Visiblement, nos réponses leur suffisent. J’interroge doucement cet homme « Pourquoi tant d’intérêt à propos de ces cartes ? » « Notre région est une contrée à risque, nous ne souhaitons pas avoir d’ennuis avec les étrangers ». L’homme est beau, grand, les traits gracieux, le visage pâle et les lèvres fines. Bien que ce souvenir soit lointain, c’est l’idée que je me fais de « L’amant de la Chine du Nord » de Marguerite Duras, plus sec et au teint immaculé. Cette fois-ci, nous n’aurons pas besoin de vider nos sacs et un soldat inspecte nos documents d’identité. À la fin de l’examen, il faut le noter. Trois « smileys » permettent de juger du service rendu. Sans hésitation, nous appuierons sur le bouton le plus vert, avec une tête de bonhomme heureux et souriant. Je glisse au lieutenant qui surveille la scène de côté que c’est le jour de l’anniversaire de Julien. On ne sait jamais cela peut toujours servir, peut-être qu’il nous laissera passer plus vite ! Nos visas tamponnés, les sacs sont scannés à nouveau, le ventre toujours noué je dépose les bagages. Les soldates en postes au scanner, bourrues, vérifient les passeports et nous rendent nos affaires. Heureux de sortir de ce bâtiment, nous rejoignons le taxi qui nous attend à la sortie. Le chef nous rattrape et lance à Julien un « Joyeux anniversaire » en anglais avec un sourire non feint ! C’est officiel, nous avons le droit de rester en Chine ! L’inverse eut été douloureux après cette chevauchée vers l’intérieur !

Nous remontons dans le taxi pour sortir de l’enceinte du terminal, où nous sommes à nouveau contrôlés au portail dans une foule de ouïghours bruyants. Le chauffeur arrête le véhicule à un bureau de change officieux. Un chinois au visage de cuivre nous change quelques dollars contre des yuans. Puis nous sommes déposés à la gare routière, nous sommes encore loin de Kashgar et l’heure tourne, en traversant la frontière, nous sommes désormais à l’heure de Pékin, soit deux heures de plus rapport au cadran de Bishkek. Un nouveau contrôle avant de pénétrer dans l’enceinte, deux gardes font passer nos affaires dans le scanner. C’est la troisième fois que nos bagages sont inspectés depuis le début de la matinée. En sortant du sas, un policier nous interpelle. « Il y a un objet contondant dans votre sac » enfin c’est ce que je comprends des bribes de mots lancés avec son smartphone. Mon cœur bat vite et je transpire légèrement. J’ouvre alors mes affaires et je montre le petit ciseaux à ongle qui est sur le dessus de ma trousse de toilette en lui expliquant tant bien que mal qu’il s’agit d’un objet pour faire ma toilette et que nous venons de passer la frontière aujourd’hui aussi nous avons été contrôlés à de nombreuses reprises. Il acquiesce et nous laisse passer. Je me détends légèrement. Nous achetons des billets de taxi partagé pour monter dans une voiture quelques minutes plus tard. Le chauffeur est aimable. Un homme est à l’avant et une femme qui vient de la chine de l’est, en manteau en fourrure blanche est assise à ma droite. Sur la route, les contrôles policier dans des sortes de péages s’enchaînent. Impossible de se rappeler le nombre qui jalonnent la route, trois, quatre, possiblement cinq. Les chinois s’impatientent dans la voiture puisque, pour nous, les contrôles sont plus longs. D’autres soldats peu amènes nous regardent, nous jauges et nous questionnent. Courtoisement et froidement, nos passeports sont examinés sous toutes les coutures mais pas nos sacs qui restent au chaud dans la voiture. Sur les routes des habitants circulent, certains dans des charrettes menées à cheval, d’autres en scooter, à plusieurs sur les engins. Les panneaux sont marqués à la fois en chinois et en ouïghour. Les montagnes disparaissent pour laisser place à des arbres, visiblement des plantations récentes bien rectilignes, les hauts peupliers vibrent sous le vent chaud. Nous sommes emportés par cette voiture qui roule vite, les paysages défilent et mon attention divague. Dans un demi-sommeil, comme dans un rêve, je regarde sans vraiment observer ce qui nous entoure et écoute d’une oreille distraite la musique pop trop forte provenant des hauts parleurs. Après une interminable ligne droite, nous pénétrons enfin dans la ville de Kashgar.

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Les armées de scooters électrique – Kashgar
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Par deux fois nous sommes allés manger un bol de nouilles chez ce charmant monsieur de la rue Nuo’er Beixi dans le centre ville de Kashgar

Arrivés à la gare routière, de nouveaux contrôles, puis nous prenons un bus. Une chinoise le conduit, nous sommes étonnés de voir des femmes à ce poste et tant de femmes seules, des mois durant nous avions traversé des pays où elles étaient plutôt cantonnées aux intérieurs. Nous compostons et épuisés allons nous asseoir. Des regards de toutes parts, les chinois d’ici et les ouïghours ont le teint brun, quelques fois les têtes de femmes sont couvertes de fichus, d’autres fois, elle portent des jeans et des top blancs avec de longs cheveux lisses et tiennent leurs enfants par la main. Le bus se rempli et par chance, nous sortons au moment où un groupe d’écoliers s’apprête à pénétrer dans le véhicule. L’hôtel que nous avons repéré se situe de l’autre côté de l’avenue et nous empruntons un passage souterrain pour nous y rendre. À nouveau des contrôles, mais cette fois-ci, les sacs sont trop volumineux pour être passés dans ces petits scanners. L’hôtel accepte les étrangers et pour y rentrer nous posons également nos bagages sur un tapis contrôlé par deux agents. Après un examen détaillé de nos passeports par une femme très antipathique, un homme prend le relai. Poliment, il nous montre notre chambre. L’hôtel est étrange et sent le tabac froid. Il a la prétention de ces grands hôtels de Times Square à New York, désuet, immense, poussiéreux. La moquette des parties communes est sale et nous n’osons inspecter les recoins de la chambre à coucher. Le déplacement d’un lit pour dormir côte à côte nous suffit, le sol est couvert de poussière et d’autres objets. Je vais récupérer un balai dans un recoin du couloir pour faire le ménage. Tellement ravis d’être arrivés jusque là, nous nous étalons de tout notre long sur les lits ! La journée se sera étirée de six heure jusqu’à notre arrivée à l’hôtel à vingt heure. Nous aurons la chance de découvrir un petit restaurant qui confectionne des nouilles fraiches et quelques autres spécialités locales. C’est une famille ouïghour et l’odeur qui s’échappe de l’échoppe nous fait saliver. De ce que nous baragouinons en turc et des photos accrochées au mur, il parait que le magasin est tenu par la même famille de père en fils depuis au moins trois générations. Au fond, un enfant cherche à jouer avec sa mère qui cuisine, en vitrine un jeune homme guilleret découpe des pâtes fraîches et les sert avec une poignée d’herbe. Une bière et une deuxième assiette par personne nous permettront de fêter dignement l’anniversaire de Julien !

Épuisés, nous nous endormons très rapidement. La nuit, des chinois nous réveillent dans la rue et dans les couloirs de l’hôtel, ils fument et tapent aux portes aléatoirement.

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Passerelle des avenues centrales. Immenses, il est difficile de les traverser sans l’aide des souterrains et autres suspensions. Cela nous rappelle les passages dans les pays de l’ancien bloc de l’est. – Kashgar

16 octobre

Le lendemain, nous décidons de visiter Kashgar et démarrons par la mosquée. Des casiers à l’entrée sont pris d’assaut par des touristes hans, les agents à qui nous achetons des tickets gardent nos passeports et relèvent nos numéros de visas. La mosquée Id Kah se situe sur la place principale de la ville, c’est un beau vestige édifiant l’architecture islamique ouïghoure datant de 1442. Comprenant l’intérêt du tourisme, le bâtiment est considérée depuis le milieu du XXème siècle comme un patrimoine national. L’État chinois a financé plusieurs campagnes restaurations afin qu’il puisse être visité. Vaste monument, il peut accueillir jusqu’à 10 000 personnes pour la prière du vendredi. Les jardins sont grands, ombragés et sentent des arômes délicats. Ils sont entourés de hauts murs jaunes. Sur la place principale, des chameaux et des chevaux déguisés stationnent sur le sol brulant et attendent le chaland pour la photo rituelle.

Par la suite, nous déambulons dans les rues en démarrant par celles qui sont à proximité de la mosquée. À chaque intersection, des dizaines de scooters en tout genre attendent leur tour. Tous électriques, certains avec des capotes protectrices, d’autres moins récents. Un nouveau contrôle à l’entrée de l’artère, puis des magasins pour touristes et des vitrines de toutes sortes de denrées, épices, poteries, peaux et autres babioles. Les rues sont trop larges pour être d’origine et les bâtiments trop bas. Au-dessus des échoppent, un seul étage quelques fois deux mais peu de monde au balcon et pas de signe de vie. Les rues sont propres et joliment pavées, le centre est uniquement piéton. De longs mats munis d’une barre perpendiculaire sont recouverts de cordages écrus pour les dissimuler, il s’agit de caméras. Le matin, il y a peu de monde dans les rues. Nous croisons une poignée de touristes et plusieurs locaux. À mesure que nous pénétrons dans les ruelles bien propres, un sentiment de faux et d’irréel m’envahit. C’est un peu comme si tout était illusoire, les proportions des rues, des bâtiments, le manque de vie, les matériaux récents… Nous ressortons de l’autre côté et débouchons sur un tout autre quartier. Un parc à proximité qui vient d’être planté dont les végétaux souffrent, apparemment, de la chaleur fait face à un ensemble de très anciennes habitations délabrées. Sur les portes, des écriteaux indiquent « Attention danger de mort, ne pas entrer ». Le quartier a été fabriqué en briques et en pisé, les maisons s’empilent les unes sur les autres, les balcons surplombent les terrasses qui elles-mêmes jouxtent les toits. D’autres espaces sont fermés sur l’extérieur à l’aide de jolies menuiseries en verre. C’est aujourd’hui un espace fantomatique sous scellé qui nous apparaît, la vieille ville de Kashgar, somptueuse et mythique, bientôt rasée par les bulldozers. Si le pays n’avait pas la réputation policière qui transpire de nombreux reportages, nous nous serions sans doute autorisés une petite visite mais la journée d’hier a refroidi nos ardeurs. Nous longeons la route où des déchets, la suite des travaux du parc et quelques hommes traversent sous un soleil haut. Le reste de l’architecture de la ville est contemporaine, de grands ensembles en béton sans grand intérêt surplombent la ville.

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Ruelles du centre – Kashgar
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Nouvelles rues du centre et échoppes touristiques. Notez les mâts dont les cordages sont censés nous faire oublier les caméras. – Kashgar

Comme en Iran, il n’est pas question de s’amuser avec l’argent. Il n’est pas possible d’utiliser les cartes bleues et nous devons aller à la Bank of China qui ouvre à des horaires limités. La queue est longue et nous y passerons plus tard, seulement nous avons faim. En empruntant un souterrain, des enfants en uniforme, une petite fille et un garçon, courent devant en nous faisant la nique et des grimaces. Nous tentons le coup et allons dans un restaurant qui paraît chic, peut-être qu’ils seront plus souples et que la carte bleue fonctionnera… L’endroit est aseptisé et des chinois en famille ou pour des rendez-vous professionnels prennent place au quatre coin du lieu. La caisse n’est pas surveillée par une caméra mais par quatre ! Le repas n’est pas aussi bon que celui de la veille… Au moment de payer, aucune carte de crédit ne fonctionne, l‘établissement accepte de nous faire crédit le temps d’aller faire le change. Une petite liasse de Yuan en main, un tour au supermarché s’impose. Le passage au casier est obligatoire, aucun sac ne peut être porté à l’intérieur. Dans les rayons, Julien se fait surprendre par une vendeuse qui lui interdit de prendre des photos ou même de chercher à traduire les étiquettes avec une application. J’ai tout de même réussi à immortaliser ce fruit « Made in China » !

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Vieille ville de Kashgar, sous scellée elle sera (ou a déjà été) détruite
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Vieille ville de Kashgar

Lorsque nous rentrons pour nous reposer, une musique monte de la rue. Cet air m’est familier, je le connais, d’ailleurs il est français. « Frère Jacques » est diffusé et parvient à mes oreilles. Si un jour on m’avait dit que je serai allongée dans un lit d’une chambre d’hôtel à Kashgar et que j’entendrai cette musique qui montait depuis la rue, je ne l’aurai jamais cru !

17 octobre

Partis avant le lever du soleil, nous suivons les préconisations lues sur internet pour nous rendre à Tashkurgan. Un taxi hélé sur le bas côté nous emporte à l’adresse indiquée. Une grille nous sépare de la partie du conducteur. À la suite d’une longue attente sous un abri bus avec deux autres candidats aux allures pakistanaises, nous suivons un homme au pas rapide qui nous conduit vers une gare routière quelques centaines de mètres plus loin. Un nouveau contrôle avant d’entrer dans le bâtiment, le soleil se lève. Une longue attente s’en suit. Des chinois achètent des en-cas dans une échoppe qui jouxte le poste de contrôle, des œufs emballés, des soupes salées et des sucreries sous plastique multicolores. La ville s’est réveillée, les scooters vrombissants circulent sur des pistes dédiées. La cour de la gare routière est recouverte de béton clair, au fond de hauts arbres et sur un côté, un petit chien aboie dans une cage trop petite pour lui. À peine d’un mètre carré, il est obligé de se courber sans cesse et de faire ses besoins sur sa paillasse à côté de sa gamelle. Une fois apprivoisé, il pleure lorsque l’on s’en approche, ses gémissements nous fendent le cœur. Nous échangeons avec les deux hommes rencontrés plus tôt. Mazhar et Meer sont pakistanais et rentrent chez eux, ils étaient venus visiter l’est de la Chine pour de courtes vacances et ont été fort désappointés. Puis un malaisien, Dick (si vraiment !) s’ajoute à la troupe, il parle chinois et nous aura beaucoup aidé. Un bus déjà complet est parti et plusieurs mini-vans s’apprêtent à faire de même. D’autres chinois en voyage concluent facilement leurs affaires, ils se rendent uniquement aux lacs à proximité du Tadjikistan. Mazhar et Meer embarquent à bord d’un bus et nous suivons les recommandations de Dick en montant un peu plus tard dans une voiture. La matinée est déjà bien avancée, cela fait bientôt quatre heures que nous attendons le départ. Une fois en route, deux autres contrôles pour sortir de la ville seront de mise et Dick nous aide à communiquer avec les agents qui apprécient que nous parlions leur langue. L’apprentissage du mandarin, à l’exception de quelques mots de civilité, aura été impossible pour nous pendant ces trop brèves heures passées en Chine. La route est magnifique, tout d’abord du sable d’or, puis des montagnes et enfin des plateaux, d’immenses steppes. Il nous faut sortir de la voiture pour effectuer un autre contrôle, des cars de touristes chinois se déversent et nous nous imposons dans cette file d’attente qui s’allonge de minute en minute. Le bâtiment paraît loin. Arrivés dans l’édifice, nous montrons nos papiers d’identité et notre visa pakistanais (pour pouvoir faire un e-visa pakistanais, rendez-vous par ici !) pour justifier de notre itinéraire. Le poste dépassé, nous parvenons aux grands lacs qui sont la curiosité de cette partie du pays et à raison ! D’immenses étendues d’eau d’un bleu turquoise enserrées par de hautes montagnes de plusieurs couleurs sont de véritables joyaux naturels. Les touristes se massent sur les points de vue prévus à cet effet, selfies, photographies de profil et sous tous les angles sont un passage obligatoire. Nous n’aurons pas la chance de pouvoir nous arrêter, la route est encore longue et il faut avancer. D’ailleurs, l’état de cette dernière se détériore au fur et à mesure de notre avancée, ornières, nids d’autruche et travaux de réparations rendent le voyage fatiguant. Le conducteur de taxi informe Dick qu’il y a une fête nationale dans le pays et que tous les hôtels de la ville ont été pris d’assaut par les touristes. Il n’est pas possible de dormir où bon nous semble et seulement certains hôtels sont accessibles aux étrangers. Méfiants d’une possible arnaque, nous nous laissons finalement tenter et réservons la dernière chambre d’un hôtel. Les steppes et les plateaux d’altitude s’étalent à perte de vue. Des grilles s’élèvent et rendent impossible l’accès à la route principale depuis les maisons. Ce sont les habitations des bergers, elles ont été entièrement reconstruites selon un modèle apparemment unique de ce que nous avons pu voir jusqu’alors, elles se dupliquent sur le bord des routes.

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Lotissement agricole – Route de Tashkorgan
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Lac d’altitude sur la route de Tashkorgan
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Route en travaux – Route de Tashkorgan

Les montagnes défilent devenant plus sèches et plus arides à mesure que nous prenons de l’altitude. Les troupeaux ne sont plus les mêmes. Les chèvres ont laissé place aux yack et les moutons aux chameaux. Les couleurs sont extraordinaires. Blanc, marron, ocre, rouge, vert, gris … certaines montagnes rouges ont colorées le lit des rivières après les pluies. Les yacks habillés chaudement se rassemblent à proximité des cours d’eau. En fond de paysage, les montagnes enneigées d’un blanc éclatant sous le soleil d’octobre. Ensuite, ces plis et ces creux formés par des pluies qui ravinent depuis des millénaires sur ces reliefs charriant avec elles, les rochers et la terre. Nous sommes si insignifiants.

Les plateaux du xian autonome tadjik de Tashkorgan sont recouverts d’herbes dorées. Les montagnes spectaculaires quelques fois de couleur charbon, brune ou sanguine se déploient de part et d’autres de la route. L’herbe roussit sur les reliefs. Les nuages qui défilent saupoudrent de neige les hauteurs qui se dévoilent au gré du vent laissant apparaître leur flan étincelant. Des crêtes enneigées et des sillons immenses creusés par les glaciers rendent les routes sinueuses. Nous laissons notre regard se perdre dans ces immensités éblouissantes vomissant de gros morceaux de glace qui paraissent si loin et à la fois si proche. Ces grosses masses figées, les glaciers, d’un blanc presque bleu, semble se rapprocher progressivement. De minces cours d’eau serpentent dans les steppes. L’eau est translucide et légèrement teintée d’azur. Dans ces paysages, les yourtes parsèment les steppes accompagnées de leurs troupeaux. Vaches, moutons, beaucoup de yaks imposants de toutes les couleurs et à la laine abondante. Parfois des chameaux, magnifiques animaux aux pattes souples et à la robe brune aux reflets roux. À cette altitude, d’immenses vautours de l’Himalaya planent dans les airs à la recherche d’une carcasse. Les corbeaux ne sont jamais loin, couleur de geai ou d’un blanc scintillant dans le reflet du soleil, ils tournoient dans la poussière. Puis à nouveau, les mêmes clôtures, barbelés, fils électriques, caméras de vidéo surveillance reviennent dans le paysage…

Nous avons tout de même le droit à une pause pour uriner dans le désert. Pour les hommes, debout, cela ne pose pas de problème. Quant à moi, je marche bien loin pour me cacher derrière une butte. Mes pieds s’enfoncent dans ce sable brillant et en retournant au véhicule, les hommes s’impatientent et me font signe d’accélérer. Énervée, je prends tout mon temps pour vider mes chaussures ensablées, il ne manquerait plus que je me presse pour gagner cinq minutes, comme si nous avions un train à prendre… Arrivés dans la ville, nous nous dirigeons vers notre hôtel, accompagnés de Dick. La gérante est carrément patibulaire, la chambre est froide mais elle est munie de quatre lits. La salle de bain au centre de la pièce est entièrement vitrée et peu insonorisée, un petit plaisir pour partager sa douche et ses moments d’intimité avec des inconnus. À plus de 80 dollars la chambre, ce n’est pas une affaire, je reste à l’hôtel et les garçons vont se renseigner s’il ne reste pas une autre chambre dans les hôtels alentours. Tout est plein, les prix ont doublé et de nombreux étrangers sont à la rue dont notamment Meer et Mazhar ainsi que toute une troupe de pakistanais qui s’amasse devant l’entrée d’un hôtel. Ayant un dernier lit dans la chambre, je propose de négocier avec la gérante pour proposer à un de nos deux amis de venir dormir au chaud pour ce soir. Elle refuse. Après une discussion avec Dick, nous décidons de prendre les devants, Meer est choisi et il monte avec nous lorsque cette harpie a le dos tourné. Dick descendra plus tard pour apporter le passeport, elle est bien énervée. Nous discutons avec un homme qui est dans l’entrée de l’hôtel, alors qu’il logeait dans une des chambres, il s’est fait mettre dehors par le personnel car les chambres sont en premier lieu attribué aux chinois. Nous soupons avec Dick qui connaît déjà la ville. Ce malaisien voyage depuis son pays en moto, il s’est fait arrêter de nombreuses fois à bord de son véhicule par les autorités chinoises et a finalement décidé de le laisser là pour voyager en transports en commun. Il a même passé une paire d’heure dans un commissariat pour détailler son voyage. Son objectif était de relier en moto la Chine au Tadjikistan à seulement une soixantaine de kilomètres de là mais les forces de l’ordre le lui ont interdit. Bien que la région du Xinjiang ne lui plaise guère, il semble d’un naturel joyeux et enjoué face à toutes situations. Ses derniers voyages au Pakistan l’ont enchanté et ses récits nous mettent des étoiles plein les yeux et du baume au cœur sur les semaines à venir alors que pour l’Inde c’est un autre refrain. Il n’a pas du tout apprécié et il peut partager facilement les appréhensions de Julien à ce sujet. Lorsque nous rentrons, les amis de Meer ont trouvé une chambre où ils dormiront tous par terre. La police ne les laisserai pas taper aux portes des habitants pour demander l’hospitalité.

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Steppes d’altitude – Région de Tashkorgan
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Sommet enneigé – Région de Tashkorgan
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Sommets camouflés – région de Tashkorgan

18 octobre

Dès potron-minet, nous alternons les sorties pour vérifier l’ouverture de la gare routière. Il s’agit d’acheter ses billets le plus tôt possible pour partir avec les premiers véhicules se rendant au Pakistan. Il fait froid, deux heures d’attente s’écoulent en passant et repassant devant des cantines d’où fument des grandes casseroles remplies de soupe. Les tickets en poche, il nous faut atteindre une autre gare routière qui est aussi un de nos derniers contrôles chinois. La queue est longue et les heures d’attentes sont interminables avant d’atteindre la porte. Nous bavardons avec Meer et Mazhar, ils n’en peuvent plus de leur séjour en terre chinoise et sont pressés de retrouver leurs familles. Je dois avouer que mon optimisme acharné de ces derniers jours n’est pas suffisant, cela va s’en dire que le naturel râleur et peu motivé de Julien déborde lors de ces dernières heures, à la limite d’insulter les douaniers chinois et faisant des commentaires à voix hautes en anglais. L’envie de passer au Pakistan devient irrésistible et devient pour nous une terre promise. Des chinois essayent de nous doubler dans la file qui est entièrement composée de Pakistanais. Leur rendant leur monnaie de leur pièce, ils les poussent en retour ne permettant pas de les faire avancer. Racisme et jalousie sont présentes tout autour de nous, mais les chinois pestent et fument de rage alors que leurs voisins rient et se moquent. Des vas et vient d’équipes de police chinoise entrent par la grille latérale. La porte s’ouvre, les pakistanais qui avaient chargé alors de nombreuses affaires, des jouets, des vêtements et des objets, acquises à moindres frais en Chine, les trainent jusqu’au couloir. C’est le jour et la nuit entre la rigueur chinoise et cet amalgame de sacs et d’affaires à moitié éventrés que tirent les pakistanais. Une fois à l’intérieur, une femme chinoise me pousse pour mettre ses bagages avant moi sur le tapis, je finis par m’imposer et à la sortie, elle m’écarte pour les récupérer. Je m’énerve contre elle en poussant quelques insultes françaises. Un garde derrière moi m’interpelle sèchement… Il a bien compris que je n’avais pas été tendre avec une ressortissante chinoise et me demande de vérifier ma poche qui est près du corps. J’aurai mieux fait de me taire et d’accepter d’être dépassée sans polémiquer, mais c’était plus fort que moi. Encore une file d’attente, les passeports, les visas pakistanais, des photos avec des webcams, avec ou sans lunette. Le garde est souriant, j’appuie sur le petit bonhomme vert souriant pour le noter. Des pakistanais, qui ne sont pas en règle, sont assis sur les bancs et se font interroger. Nous retrouvons Dick sur le goudron du parking de départ, sa moto prête, il peut désormais partir. Ce fut la dernière fois que nous le voyions. Les bus se remplissent et les gardes nous en désignent un. Les sacs rangés, nous montons dans le véhicule. Il s’agit d’un bus couchette, nous n’avions pas pratiqué ce type de transport jusqu’alors ! Nous continuons à parler avec Meer et Mazhar qui nous invitent chez eux au Pakistan. Pour se rendre aux toilettes, il faut à nouveau confier son passeport à un agent qui est sur le parking. Puis l’engin démarre et les steppes se couvrent progressivement de neige, le dernier contrôle se déroule vent de face et flocons dans les cheveux. Les paysages sont sublimes, ce sont les derniers kilomètres qui nous séparent de la frontière là où les montagnes deviennent sombres et rouges. Elles dégoulinent de rochers bruns sur certains pans, d’autres sont recouverts d’un épais manteau blanc.

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Statue à la gloire de Mao et inscriptions célébrant les 70 ans du gouvernement « Communiste » – Kashgar

Nota bene : Cet article est plus long qu’à l’habitude, cette traversée fut à la fois intense et éprouvante, physiquement et psychologiquement. Nous ne sommes pas restés longtemps dans cette région si particulière de la Chine et j’ai essayé de peindre un tableau précis de ce que nous avions aperçu. Nous ne considérons pas les hans comme les méchants de l’histoire, cependant, certains faits nous montrent qu’il est difficile de vivre dans cette région en tant que minorité ethnique et de la visiter en tant que touriste étranger.

Itinéraires et photographies

Nous sommes rentrés en France à la fin de l’année 2019, venez voir nos photos et retracez la route parcourue en cliquant ici ! Ou bien continuez à nous suivre sur les chemins de France et d’Europe en cliquant là !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

3 réflexions sur « Chine, Traversée éclaire du Xinjiang »

  1. […] Lors de notre traversée du pays, « une marche » contestataire était en train de remonter vers la capitale. Et c’est lorsque nous avons quitté Islamabad que cette dernière fut entièrement fermée pour éviter les désordres. Nous sommes partis à point nommé ! Sur la voie rapide, c’est le défilé. Des ânes tractent des charrettes, des scooters ou mobylettes fréquentent les bas côtés en compagnie des taxis locaux tandis que les camions colorés se font doublés par des voitures aux intérieurs de cuir. Les femmes sont assises à califourchon à l’arrière des mobylettes tandis que leurs voiles dansent sous le vent. Sur le véhicule, on peut mettre quatre adultes sans trop d’embonpoint, ou bien deux adultes et deux enfants, l’un à l’avant l’autre serré au milieu. Si les conducteurs sont vraiment joueurs, il est aussi possible de transporter les bébés posés sur le guidon ou collés à la poitrine des femmes assises en amazone. Sur le guidon, pieds nus et les cheveux ondulant sous l’air chaud, l’un d’eux pleurait à chaudes larmes alors que sa sœur, assise juste derrière son père, habillée en tutu de crêpe rose et riait à gorge déployée le dos collé contre la poitrine de sa mère. Quelques fois à une intersection, un vendeur de jus de canne à sucre ou de fruits pressés crée un attroupement. Nous partons en direction de Wazirabad, chez Mazar et Meer que nous avions rencontré en Chine un peu auparavant. […]

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