Kirghizistan, De Frunze à Irkeshtam, tome 3

Nous avions quitté la ferme du village de Frunze et nous avions décidé de profiter du début de l’automne pour faire un peu de randonnée aux alentours de Karakol et de visiter la région.

Le temps avait été de notre côté à la ferme mais il change rapidement et la neige au sommet des montagnes descends désormais progressivement dans la plaine. Pour quitter le village, nous trouvons aisément une voiture et logeons dans une yourte installée dans la cour d’une auberge de jeunesse. Karakol n’a rien d’extraordinaire mais les quelques cafés nous permettent de se satisfaire de la cuisine locale et d’utiliser internet. Nous profitons de la journée de beau temps pour randonner mais il ne sera pas question de monter en altitude, une tempête est prévue pour le lendemain. La fin de la saison s’annonce et il est plus compliqué d’atteindre les sommets. Cette randonnée montre à quel point les montagnes du Kirghizistan souffrent des pâturages excessifs. La croute de terre à la surface se décolle progressivement pour la laisser à nue et plus aucune plante n’est là pour la protéger. Nous évitons soigneusement les troupeaux de moutons et de chevaux craignant de tomber nez à nez avec des molosses. Arrivés sur un plateau, de grands bois nous font face. Pour la plupart plantés par l’homme, beaucoup d’arbres semblent mourir. Blancs et beiges, leurs branches démunies d’épines se cassent. Dans ces grandes forêts fantomatiques, il n’y a pas de bruit. Seul le tapis d’aiguilles crissent sous nos pas. La suite du sentier nous mène dans une forêt habitée, oiseaux, traces d’animaux et insectes grouillent, la différence est notoire.

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Montagnes dénudées – Karakol
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Forêt morte – Karakol
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« Qu’est ce t’as ? Tu veux ma photo ? »
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Montagnes et forêt – Karakol
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Sous-bois forestiers – Karakol

Le musée de Nikolaï Prjevalski se situe non loin du lac. Cet homme est un naturaliste d’origine polonaise qui fut officier de l’armée impériale russe, géographe et explorateur de l’Asie Centrale. Il donna son nom à sa découverte, la seule espèce de cheval sauvage connue, le cheval de Przewalski. Il n’atteindra pas son objectif qui fut le Tibet mais sillonna les reliefs d’Asie Centrale et découvrit de nombreuses espèces. Pour récupérer des animaux lors de leurs périples et notamment des vautours, ils empoisonnaient des charognes. C’est ainsi que de nombreux oiseaux furent étudiés et aujourd’hui exposés. A l’école primaire, j’ai découvert l’existence de cet homme lors de recherches pour un exposé et les chevaux sauvages m’ont beaucoup marqué. Aussi, je réussi à trainer Julien pour la visite du musée. Petit édifice situé dans un jardin, il regroupe de nombreux objets, dessins, cartes et documents des expéditions qui ont eu lieu. Si le musée se trouve ici aujourd’hui, c’est que Nikolaï Prjevalski est mort non loin de là avant un départ en expédition. Lors d’une de ses parties de chasse, il but de l’eau d’une rivière et fut foudroyé par la fièvre typhoïde. Après cinq longues expéditions pleines de rebondissements, mourir de la sorte relève soit de la malchance, soit du destin ou bien des deux.

Plus l’automne avance, plus nous risquons de rester bloqués du côté de l’Asie Centrale car les routes entre le Kirghizistan, la Chine de l’ouest (le Xinjiang) et le Pakistan passent à de hautes altitudes. En outre, les jours progressent et nous redoutons notre passage par la Chine. Les différents témoignages de voyageurs ne nous enthousiasment guère et nous avons envie de traverser cette étape sans trop trainer, bien que notre visa chinois soit suffisamment étendu pour nous permettre de voyager. Aussi, nous reprenons la route. Étant partis trop tard de Karakol, nous décidons de rejoindre la ville qui se situe à l’ouest du lac en prévoyant une petite pause entre les deux, une randonnée dans le Fairy Tale Canyon. Les voitures ne sont pas nombreuses et il nous faut marcher pour avancer. Le paysage sur les bords du lac au sud sont agréables et divergent grandement de la rive opposée. Un magnifique soleil nous accompagne. Un mini-bus remplis d’enfants se rendant à un championnat d’arts martiaux nous emmène gentiment avec eux. Parvenus à notre point de départ pour démarrer cette courte randonnée, nous découvrons des scènes découpées par de grands reliefs de terre qui sortent du sol, telles des lances pointées vers le ciel. Les roches sont ocres, les strates géologiques sont nettement visibles. De vastes nuées de corbeaux se massent sur les pointes rouges. Après une pause déjeuner bien méritée, une voiture nous récupère. Nous insistons, il ne reste plus qu’une dizaine de kilomètres avant la grande ville de l’ouest mais il est aussi possible que nous ne croisions la route d’aucun véhicule se dirigeant vers la capitale. Le trajet est long mais notre persévérance paye enfin, nous réussissons à trouver une voiture dont la destination est Bishkek ! Heureux de sentir le sol tangible de la ville n’est pas désagréable une fois arrivés. Le voyage fut inquiétant, voir certaines fois oppressant. Nos conducteurs roulaient rapidement et nous avons croisé de nombreuses voitures sur le bas côté les feux de détresse activés et plusieurs accidents. Nous avons parcouru plus de 400 kilomètres dans la journée, un beau record ! Un grand merci à Alex et son frère ! Ce jour-là, je démarre le cadeau d’anniversaire pour ma sœur, Mathilde. Il consiste à filmer différentes personnes qui lui souhaite son anniversaire en plusieurs langues (cette idée n’est pas de moi et je l’ai vu réalisé sur plusieurs blogs de voyageurs).

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Fairy Tale Canyon
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Fairy Tale Canyon
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Fairy Tale Canyon

Dans la même lignée le lendemain, je décide d’offrir le cadeau d’anniversaire de Julien avec un peu d’avance. Nous serons sans doute à la frontière chinoise le jour J et l’environnement qui nous attend ne nous permet pas de dire qu’il sera possible de faire un diner d’anniversaire. À Bishkek, il existe un restaurant français qui se fait livrer en fromages de la mère patrie. Nous les dégustons dans la chambre de l’auberge. Camembert, bleu et comté, un vrai délice pour nos papilles !

Notre grande vadrouille continue. Le lendemain, nous repartons en direction de la ville de Osh où nous avons prévu d’y séjourner plusieurs nuits avant de passer la frontière chinoise. Cette journée démarre bien, les voitures s’enchainent et nous quittons facilement la capitale kirghize. Un officier de police très gentil fait plusieurs kilomètres de détour pour nous avancer. Après une pause thé, nous reprenons la marche avant d’arriver à dénicher une nouvelle voiture. Il est compliqué de faire comprendre le concept de l’auto-stop car beaucoup de véhicules s’arrêtent et les conducteurs nous demandent de l’argent en contrepartie. Nous finissons par embarquer dans une voiture avec un couple qui rend visite à sa fille, puis nous sommes pris par un chauffeur routier. Le point positif avec les conducteurs de poids-lourds, c’est la relation qui se tisse rapidement entre nous en peu de temps. Ils aiment avoir de la compagnie et nous avons beaucoup de compassion pour ces hommes qui sillonnent les routes, jours et nuits, pour livrer à la population des denrées alimentaires ou toutes sortes de produits pour satisfaire nos désirs de consommation. Ces hommes qui dorment peu et à qui l’on met bien trop souvent la pression pour qu’ils arrivent à destination. Ces hommes dont le travail ne leur permet pas de voir leurs familles, leurs amis, d’avoir un rythme de sommeil digne de ce nom et qui les font souffrir du dos et des articulations. Ratbek, est le conducteur qui nous a pris dans son camion. Chargé de 40 tonnes de marchandises, le véhicule peine à grimper les routes des montagnes. Lors d’un arrêt, Julien en profite pour faire une pause toilette sur le bas côté. Ratbek le regarde faire :

  • « Vous faites souvent ça, uriner sur le bord de la route ? » lui demande-t-il
  • « Bien-sûr c’est très courant, surtout lors des grandes distances » répond Julien en se nettoyant les mains avec du gel hydroalcoolique
  • « Je trouve cela dégoutant » répond Ratbek en faisant la moue

Nous rigolons de cette différence culturelle. Les Français ont bien la réputation d’être sales et nous contribuons à la propager largement !

Un peu plus tard, alors que nous étions sur un plateau enneigé, encerclés de montagnes, le camion montre des signes de faiblesses. Une première fois, puis une seconde, le problème vient du frein. Un véritable souci dans ces montagnes russes ! Depuis le départ, il roule non loin d’un ami. Les deux poids-lourds s’arrêtent et réfléchissent. Ils démarrent les réparations, pourtant de notre côté, il nous faut partir. Nous sommes désolés de ne pas pouvoir les aider et de s’en aller. Le conducteur nous incite à reprendre la route car le soleil encore haut, descendra bien vite. Après des aurevoirs le cœur pincé, nous tendons à nouveau le pouce dans cet environnement complètement hostile où nous espérons ne pas devoir monter la tente…

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Allez, Allez, on lève le pouce !
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Ratbek dans les montagnes
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Paysage de montagnes kirghizes

Deux jeunes au volant d’une Mercedez Classe E V6 sur-gonflée s’arrêtent. L’un paraît complètement drogué à l’arrière, l’autre surexcité à l’avant. Il faut dire que nous n’avons pas vu beaucoup de voitures depuis quelques temps et qu’il est judicieux de ne pas faire la fine bouche pour descendre dans la plaine au plus vite. Les kilomètres suivants sont horribles. Il n’y a pas de ceintures de sécurité à l’arrière et comme depuis le début du voyage en ce genre de circonstances, j’ai tendance à me signer. Je précise, je suis tout à fait athée, mais c’est le moment où il me semble le plus judicieux pour implorer mes ancêtres afin de nous préserver d’un quelconque accident… Nous descendons très (voir trop) rapidement les reliefs sans savoir où se rendent nos conducteurs. Nous échangeons une fois dans la vallée. Ils font du business de voitures, ils achètent des voitures russes et européennes à Bishkek qu’ils revendent à Osh. Et ce jour là, au volant de ce véhicule, ils se font plaisir et appuient sans retenue sur la pédale. Ilchad et Ivan continuent inlassablement de rouler. Il est 18 heures et nous devons trouver un endroit où dormir, la lune se lève et sans plan B, nous ne savons pas où nous allons. Arrivés à une intersection, alors que nous pensions qu’ils allaient nous déposer, ils continuent encore. Finalement, nous comprenons qu’ils se rendent à Osh également ! Rassurés mais fatigués nous sommes heureux de continuer avec eux. Une aubaine et un très grand merci à eux ! Il faut dire que la route qui contourne l’Ouzbékistan est en travaux. Il s’agit donc d’un chemin de terre sur plusieurs centaines de kilomètres, ce qui les forcent à ralentir. Notre nouveau record, nous avons parcourus 670 kilomètres en une seule et même journée, 13 heures de stop et 6 véhicules différents, la fatigue se fait sentir. Nous choisissons de demeurer deux nuits dans la même auberge pour retrouver des forces.

Osh est une ville paisible. Nous logeons dans une auberge qui est conçue comme les grandes maisons de la région. Une cour centrale abritée dessert toutes les chambres. Le mercure est descendu depuis notre dernier passage dans cette contrée et à présent les nuits sont fraîches. Nous découvrons le grand marché de la ville et surtout les étals de chaussons à la courge. Enroulés dans une pâte feuilletée recouverte de graine de nigelle ou de sésame, le cucurbitacée au goût sucré et fondant est une petite merveille. Ces petits chaussons fourrés auront été salvateurs en bien des occasions ! (Pour découvrir la cuisine d’Asie centrale, rendez-vous par ici). Je laisse Julien rentrer et je m’en vais visiter le cimetière de la ville. Ces derniers mois, je me suis intéressée à la manière dont les peuples et les cultures enterrent leurs morts. En lisant, échangeant avec nos différentes rencontres et en visitant les lieux qui sont dédiés aux défunts, j’essaye de comprendre et de saisir le rapport que nous entretenons avec la mort. La mort fait partie de la vie et si l’une existe, c’est aussi parce que l’autre est présente. Nul n’est éternel, rien n’est permanent. (À une autre période que celle que nous traversons, je tenterai de rendre compte de mes observations). Le cimetière de la ville est bien différent des autres tombes que j’ai pu visiter au nord du pays. Je profite du coucher de soleil sur ce lieu sacré pour contempler la ville qui doucement s’adapte au rythme de la nuit. Sur le chemin du retour, une femme ramène ses chèvres dans les rues alors qu’un autre cheptel de vache passe non loin. En retard, certains habitants courent. L’appel à la prière a déjà eu lieu.

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Le bazar – Osh
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Les galeries couvertes du marché – Osh
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Troupeau de moutons urbain – Osh
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Cimetière – Osh
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Publicité à proximité de la mosquée – Pèlerinage à la Mecque

C’est planifié, nous quitterons Osh le lendemain. Après un rapide coup d’œil au calendrier, si nous retardons notre entrée en Chine nous allons être bloqués soit par le weekend qui approche, soit par des fêtes nationales prévues. Les sacs bouclés au petit matin, nous démarrons une nouvelle journée. Une fois sur les routes, les voitures sont moins régulières dans cette direction. Les paysages changent, de grands peupliers longent les bas côté et au loin les grandes montagnes annoncent le Tadjikistan et la Chine.

Abdush, un chauffeur de poids-lourds nous prend. Il se rend dans une mine de charbon en altitude, l’engin roule à vide. À bord de ce gros véhicule, nous remontons lentement les routes qui bouclent inlassablement. À plusieurs reprises, nous sommes contraints de nous arrêter. Certaines fois, il s’agit de laisser passer un troupeau de yaks, ces grosses bêtes aux longs poils et aux épaisses cornes se bousculent sur le bitume. D’autres fois, il s’agit d’une cohorte de chevaux. Montés par de nombreux cavaliers, c’est la saison du Bouzkachi. Provenant d’un mot persan composé de boz qui signifie « chèvre » et de Kachi signifiant « apportant à soi », il est ici appelé Kök Berü signifiant « Loup gris » en langue turcique. Issu d’une tradition ancienne qui servait autrefois à entrainer les chevaux et les hommes à la guerre, ce jeu collectif pratiqué à cheval consiste à ramasser une carcasse décapitée de veau, chèvre ou mouton de la porter et d’aller marquer des points en déposant la dépouille dans un en-but marqué par une colonne de pneus. Les chevaux montés sont hauts et musclés, leurs robes caramel brillent au soleil. Considéré aujourd’hui comme un sport national, les parties sont organisées à la manière de spectacles et les chevaux dressés spécialement sont très chers. Le Kök Berü appartient même aux Jeux Mondiaux nomades d’Asie centrale (1). Au détour d’un virage, plusieurs oiseaux planent en altitude. Leurs tailles est si grande que l’ombre est visible au sol. Ces vautours de l’Himalaya ont une envergure qui peut atteindre trois mètres. Les cols que nous passons frôlent les 4000 mètres d’altitude. Arrivés au dernier village avant la frontière, Abdush nous laisse. Nous avons repéré un fourgon aménagé immatriculé en Italie, peut-être qu’ils se rendent en Chine ? Julien se hâte de descendre pour aller échanger avec eux pendant que je récupère les affaires et remercie Abdush. Le camion démarre et alors que je réunis nos sacs. Julien me crie au loin « Est-ce que tu as pris nos sacs ? » Je réponds « Oui bien sûr ! », je me rapproche et il répète « Est-ce que tu as pris ma polaire ? » « Euh… J’ai pris nos sacs mais je n’ai pas vu la polaire ». Ce jour-là, nous aurons fait un beau cadeau à Abdush en laissant la polaire de Julien dans le véhicule. Nous espérons ne pas avoir trop froid les jours suivants. Léa et Boris sont suisses et se dirigent vers le Tadjikistan. Nous décidons de manger un morceau ensemble au restaurant du village. Enfin, ils trouvent de quoi manger et de notre côté, comme il n’y a que de la viande au menu, nous sortons notre pique-nique. Revigorés, nous reprenons la route. Aucune voiture ne se dirige vers la frontière. Le paysage est magnifique mais désert. Devant nous, des steppes et des montagnes enneigées. Un véhicule finit par s’arrêter, c’est un taxi. Nous cédons à la tentation et montons. Les quelques kilomètres qui nous séparent de la frontière sont sublimes. Plus rapide que nous, un aigle suit les courants aériens et flotte au-dessus d’un ravin. De hauts plateaux désertiques dont l’herbe dorée brille sous une lumière crue, puis de vastes montagnes recouvertes de neige qui fond doucement en scintillant et alimente les cours d’eau limpide. De gros glaciers trônent fièrement sur les pentes abruptes des reliefs. Ces énormes mastodontes ruissèlent de trop en période estivale, leur vie est mise en péril par le réchauffement climatique lié à nos activités incessantes. Le pic Lénine qui est situé au Tadjikistan surplombe la chaîne montagneuse du haut de ses 7100 mètres d’altitude.

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Routes sinueuses de montagne
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Vallée kirghize
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Avant la montagne
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Moutons et montagnes
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Yaks et montagnes
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Le village du bout du monde – Sary-Tash
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Glacier sous le soleil

Le chauffeur nous dépose au « village frontière ». Au fond de celui-ci, une grande barrière gardée, il s’agit de la frontière avec la Chine d’où part une longue file de poids-lourds. Deux commerces dans de vieilles roulottes vendent de l’eau et des chips. Un des seuls « hôtels » du coin nous informe qu’il peut nous recevoir, la pièce principale est une salle commune où mangent des conducteurs. La mère cuisine tandis que nous sommes reçus par le fils qui parle étonnamment un bon anglais, ce qui est impressionnant pour ce coin du monde et nous en profitons pour commander un peu de riz. Le repas terminé, il nous emmène dans la chambre. Un lit superposé et un petit lit, le tout très poussiéreux, l’ouverture qui sert de fenêtre ne dispose pas de vitre, deux sacs plastiques transparents sont cloués aux extrémités et le vent s’engouffre dans le petit espace. Les toilettes se trouvent dehors, une petite cahute en bois munie d’un trou au sol comme d’habitude. Il n’y a pas de salle de bain. Avant la tombée de la nuit, nous profitons pour jeter un coup d’œil aux alentours. Une ou deux habitations entourées de déchets en tout genre, des plages de verres brisés, des camions et puis une ânesse et son petit semblent s’être perdus au milieu de ce no man’s land. Ce dortoir est lugubre dans un paysage époustouflant et à la fois fantomatique aux allures de ville abandonnée. De bonne heure, nous nous préparons au coucher. Ces derniers jours ont été mouvementés. Nous passons beaucoup de temps à vider nos téléphones portables des données qui seraient susceptibles d’être refusées par la douane chinoise et nous les remplissons pour éviter qu’ils puissent installer une application-espion. En réalité, nous sommes assez anxieux de ce passage en terre chinoise. Les retours de voyageurs annoncent des heures d’attente, de nombreux contrôles ou fouilles et une impossibilité de se balader comme bon nous semble. Nous finissons donc les préparatifs avant d’aller se coucher et nous installons les matelas au centre de la pièce pour éviter de se casser le dos sur les sommiers soviétique à ressorts. Une première personne frappe à notre porte, un conducteur qui doit imprimer des documents. Dans notre chambre, un bureau avec un ordinateur et une imprimante est coincé dans un angle. Plus tard, un deuxième individu frappe à notre porte, nous acceptons à nouveau. Enfin vers 22 heures, un autre homme vient taper. Cette fois-ci, je commence à en avoir marre, nous nous apprêtions à atteindre la lumière. Je vais voir « l’aubergiste », il comprend et en informe le conducteur. Une dernière recommandation de notre logeur avant de se retirer « au fait, ne sortez pas seuls la nuit même pour aller aux toilettes, il y a beaucoup de chacals et quelques loups qui ne se gênent pas pour attaquer s’ils se sentent menacer ou lorsqu’ils ont faim ». Nous voici allongés dans une chambre lugubre, poussiéreuse, le vent s’engouffrant en faisant gonfler le plastique qui sert de vitre, anxieux pour le passage de frontière du lendemain et pour rajouter une couche, nous espérons ne pas avoir envie d’aller aux toilettes cette nuit…

Le lendemain, c’est l’anniversaire de Julien. Un bon petit déjeuner englouti (car nous ne pouvons pas faire passer de la nourriture par la frontière), le couteau scotché contre l’armature de mon sac à dos à l’aide d’une bande adhésive noire et les téléphones très lents tellement ils sont pleins à craquer, nous nous mettons en route pour la Chine…

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Village frontière – Irkeshtam
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Hôtel de fortune – Irkeshtam
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Inévitables toilettes – Irkeshtam
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Montagnes – paysage à proximité d’Irkeshtam

Carnet d’adresses

  • Karakol
    • Pour dormir : Hostel Nice in Karakol
    • Pour prendre un café (mais ne pas y manger) : Karakol coffee
    • Musée Przhevalsky pour découvrir un explorateur de la région
  • Entre Oryuktyu-Khutor et Chong Oruktu (rive nord du lac)
    • Pour se détendre dans des bains chauds : Goryachiy Istochnik « Keremet-Suu » – Chudo Voda
  • Osh
    • Pour se restaurer : le bazar d’Osh à proximité de la rivière Ak-Buura

Itinéraires et photographies

Nous sommes rentrés en France à la fin de l’année 2019, venez voir nos photos et retracez la route parcourue en cliquant ici ! Ou bien continuez à nous suivre sur les chemins de France et d’Europe en cliquant là !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

Lectures

  1. Bouzkachi ou Kök Berü, informations supplémentaires sur le site de wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouzkachi

1 réflexion sur « Kirghizistan, De Frunze à Irkeshtam, tome 3 »

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