Ouzbékistan, De Tachkent à Izboskan, tome 2

Nous étions dans le centre du pays, à l’ouest le désert alors qu’à l’est s’ouvre la vallée de la Fergana. La visite de cette partie des routes de la soie nous a laissé un peu sceptiques. Entre bâtiments historiques un peu trop rénovés et tourisme de masse, les villes ont perdu de leur charme. Il nous reste quelques jours pour visiter le pays et nous décidons de poursuivre notre route en direction de l’est…

Un train nous emmène à Tashkent ! Julien a réservé un bel appartement dans un bâtiment soviétique. Les étages sont regroupés par trois et donnent sur une cour centrale ouverte sur l’extérieur. Ceux du bas peuvent circuler aisément dans l’espace de plain-pied quant à ceux du haut, l’accès à leur appartement se fait depuis des coursives. Le bâtiment est intéressant et dans l’appartement c’est grand luxe ! Il est propre, bien agencé, avec deux chambres et une grande cuisine. Vous l’aurez compris, cela ne nous arrive que bien rarement.

Dans une cours suspendue – Tashkent

La visite de la ville sera plutôt vite faite. De grandes esplanades, des bâtiments soviétiques officiels, d’autres culturels plus ou moins fermés. Le musée des Jeux Olympiques est triste, à part quelques affiches à l’étage, le vide et la poussière se battent en duel. Le théâtre est un beau bâtiment fermé. Quant au marché, c’est une autre histoire. Vaste et vivant, plusieurs grands dômes se succèdent et forment un complexe où il est possible de tout acheter ! Des fruits, des légumes, du fromage, de la viande, du pain, des nappes en plastique, du tissu, des meubles, des tapis, de la vaisselle, des chaussures, des épingles à linge, des antiquités et j’en passe. Dans la coupole principale, au centre les étales sont recouvertes de viandes en tout genre, sur les pourtours les marchands vendent du fromage, du lait et du miel, à l’étage les fruits secs surplombent la scène. Au dessus des étales de fruits et légumes, des dizaines petites cages sont suspendues au toit et chacune est recouverte d’un tissu blanc. A l’intérieur, des oiseaux chantent.

Stella nous offre une après-midi dans la piscine d’un hôtel chic. Se baigner après toutes ces journées dans la poussière et dans la chaleur est un vrai bonheur ! Nous profitons également de la capitale ouzbek pour réaliser la procédure du e-visa pakistanais. Il nous faut près de deux heures pour remplir le formulaire nécessaire (pour découvrir l’article à ce sujet, c’est par ici).

Du fromage à l’entrecôte – Sous la coupole du marché de Tashkent
Le théâtre – Tashkent
Station de métro l’astronaute – Tashkent
Dans le métro – Tashkent

Enfin, un dernier train ouzbek nous emmène dans la vallée de la Fergana. Cette vallée est connue pour être un des hauts de lieux d’artisanat et c’est également la région la plus peuplée d’Asie centrale. Pendant le voyage, les paysages sont beaux. Escarpés, les reliefs se forment et se déforment au fil des heures. Puis l’étendue terrestre redevient plate et monotone.

La ville de Fergana n’est pas très intéressante mais elle nous permet de rayonner facilement. Elsevar, le gérant de notre hôtel est très gentil et nous sympathisons rapidement. La région n’est pas la première destination touristique du pays, l’endroit est moins fréquenté. À Marguilan, nous visitons un atelier de fabrique de tissu en soie et en coton. Une jeune étudiante nous sert de guide et dans un bon anglais elle nous explique les différents processus de fabrication. Ils ont des vers à soie qu’ils élèvent dans plusieurs serres non loin de là, une partie est tuée et l’autre est conservée pour devenir des papillons et donner naissance à leur tour à d’autres vers. Dans une autre salle, des hommes peignent les motifs tandis que les femmes tissent. Parmi les nombreux métiers à tisser, certains disposent de deux pédales, quatre voir même six à huit pour d’autres. Afin de fixer les couleurs, les ouvrières crachent une sorte de liquide amidonné sur les bandes de tissu. Elles sont payées au mètre et selon la difficulté du métier à tisser et de la composition du fil. D’autres femmes s’occupent quant à elles des machines à tisser électriques. Dans un vacarme assourdissant, elles vont d’une machine à une autre sans discontinuer. Le travail doit être très pénible, toute la journée ces femmes sont debout dans un bruit infernal. Nous n’avons pas l’autorisation d’aller visiter ces ateliers « pour des raisons de sécurité ». La guide nous a indiqué ne pas connaître le salaire des ouvrières. Ces dernières ne lui diraient rien. Plus loin, un autre atelier est réservé à la confection de tapis. Il est possible de donner une photo de famille et de demander sa reproduction sur un tapis. Plusieurs femmes sont agenouillées et brodent, dans un coin de la pièce d’autres brossent du coton pour en faire des fils.

La fileuse – Marguilan
Peinture sur soie – Marguilan
Les ouvrières – Marguilan
Le coton ouzbek, entre travail des enfants et désastre écologique – Marguilan

Vidéo : Aperçu d’une salle des machines – Marguilan

Le lendemain, Elsevar et sa femme nous proposent de nous joindre à eux pour passer une partie de la journée dans une fête foraine d’un village voisin. Ravis, nous acceptons ! Nous aurons l’occasion de faire un tour à cheval, manger des pastèques à l’ombre des tentes, descendre des toboggans et surtout échanger avec l’habitant ! C’est ce qui nous manque terriblement depuis notre arrivée en Ouzbékistan. Elsevar est intelligent et son anglais est très bon ce qui nous permet de lui poser (voir même de l’assaillir) toutes sortes de questions !

En fin de journée, il nous indiquera une piscine à proximité de l’hôtel. La vendeuse de billets nous arnaque sur le prix. Bien qu’un habitant revienne pour négocier en notre faveur, elle garde les quelques soms dans sa poche. Dans la piscine, il y a une bande d’ouzbeks qui attendent que des filles rentrent dans l’eau. Ces pauvres hommes ont mis le grappin sur deux jeunes russes et tentent de les impressionner en nageant à côté d’elles. C’est peine perdue… l’une d’elles semble sportive voir nageuse et ils ne font pas le poids.

Le soir, nous allons prendre quelques bières dans une brasserie. Une seule femme est présente dans la cour. Blonde aux yeux bleus, elle ne semble pas vraiment du pays. Après avoir jugé les lieux convenables, nous tentons de sortir notre jeu de carte. Les hommes à la table voisine nous demandent si nous jouons au Poker. Nous parvenons à les rassurer et à continuer notre partie. La femme se lève et nous aborde :
– « Ne jouez pas ici »
– « Pourquoi donc ? » répondons-nous
– « Il y a des mafieux à la table voisine, ils pourraient vous dénoncer. Les ouzbeks ne sont pas des gens bien. »
Nous rangeons notre jeu. Visiblement ravis de trouver « des blancs », son mari et elle s’installent à notre table. Ils ne sont pas méchants mais elle est ronde comme une queue de pelle et nous ne comprenons pas toujours ce qu’elle essaye de nous dire. Ils sont russes tous les deux et viennent voir sa mère qui habite ici. Née ici, elle est allée vivre en Russie quand elle était plus jeune pour trouver du travail. Fidèles à notre vision des russes, ils oscillent entre propos racistes pour elle et partisans de Poutine pour lui. Elle ne l’aime pas : « Nous ne gagnons pas assez d’argent à cause de Vladimir ». Nous finissons par mettre un terme à cette discussion en prenant la poudre d’escampette.

Un nouveau jour se lève et il est temps pour Stella de regagner Paris. Ses vacances se terminent et notre voyage continue. Nous sommes ravis de l’avoir vu, nous aurons bien rit ! Afin de visiter l’autre visage de l’Ouzbékistan et de ne pas nous arrêter sur les déceptions de l’ouest, nous avons décidé d’aller dormir chez l’habitant. Encore une coïncidence bien tombée, accompagnée de son chauffeur, une voyageuse américaine, Hope, nous propose de nous emmener avec elle. Nous avons même le plaisir de visiter un atelier de poterie et de céramique, de magnifiques pièces peintes à la main et tout le processus nous est présenté. Les visites se poursuivent dans un atelier de confection de tapis kirghize. Miss Hope est contente que nous soyons là. En bonne américaine, l’apprentissage d’une autre langue ne lui semble pas nécessaire, de notre côté cela nous permet de peaufiner notre russe avec son chauffeur qui ne parle pas un mot d’anglais.

Les femmes ouzbeks ADOENT la couleur rose – Ferghana
Le jour où Julien et Stella ont dû me supporter… Mais quel tissu choisir ?
L’espace des fruits – Marché de Ferghana
La zone des oeufs – Marché de Ferghana

Vidéo : A la fête foraine (Le gérant était en train de vérifier l’état de fonctionnement de son manège, rassurant !)

Lorsque nous arrivons à Becharik, les enfants de Nasiba sont dans la rue et nous guident. Nasiba, son mari Daniar et leurs enfants, Demir, Ikboljon et Ijodbek nous reçoivent pendant deux nuits. Ils sont tous les deux professeurs, l’un d’anglais et l’autre de sport. Elle aime accueillir les étrangers pour travailler son anglais et participer à l’ouverture culturelle de ses enfants. Ses trois garçons se disputent mais il faut reconnaître qu’ils ont des têtes d’ange bien malines. Le lendemain, nous nous sommes baladés dans la petite ville pour faire des courses. Nasiba est très connue et tous les élèves la saluent. La religion dominante dans le pays est l’islam sunnite. Nasiba ne se voile pas et son mari boit de l’alcool. À chacun ses pratiques ! Mais lorsqu’un ami à elle nous propose de nous emmener au marché en voiture, elle demande à Julien de s’asseoir à l’avant. Son mari n’étant pas là, elle ne veut pas que de mauvaises langues ne viennent à jacasser.

La veille de notre départ, Nasiba a décidé de nous faire découvrir la spécialité culinaire d’Asie centrale, le Plov. Dans un grand plat en acier sous lequel brûle des bûches, on y dispose de la graisse de mouton et plus particulièrement la partie de son postérieur (les moutons d’Asie centrale ont des grosses fesses bien rebondies). Cette dernière est grillée afin d’en récupérer la matière grasse. Les oignons, des carottes, des épices puis le riz sont fris, sans oublier la viande de mouton. Nous avons évité le dernier ingrédient pour nous concentrer uniquement sur le reste. Bien que très gras et avec un goût trop prononcé de mouton, le plat se laisse manger et nous en avons avaler quelques cuillères. Cuillères que nous avons regretté toute la nuit… Les maisons d’Asie centrale sont souvent organisées autour d’une cour et les toilettes se trouvent à l’extérieur. La plupart du temps, il s’agit d’un trou dans une planche en bois qui débouche directement dans une cuve. Dans ce cas précis, cette dernière est bien pleine. Les maisons ne sont pas toutes dotées d’une salle de bain ou d’une douche. Nous nous sommes donc lavés à l’aide d’un sceau disposé dans le garage. Cette nuit là, il y a eu une coupure d’eau, nous ne pouvions pas remplir les jarres qui permettent de se nettoyer. Pour couronner le tout, deux nids de guêpes afghanes accrochés au plafond nous rendent la tâche encore plus complexe. Ces dernières commencent à en avoir marre de nos allers-retours nocturnes et de voir leur sommeil troublé par la lumière allumée. Elles s’agitent de plus belle dès que nous franchissons le pas de la porte. Pour éviter une éventuelle piqûre nous faisons nos affaires dans l’obscurité… Il ne faut pas se rater. La nuit fut brève et mémorable ! Nous avons tout de même passé d’agréables moments en compagnie de Nasiba et de sa famille qui nous ont bien reçus !

Esquisse sur poterie – Vallée de la Ferghana

Vidéo : Comment faire un tapis ? Atelier de fabrication de tapis kirghize

Lorsque le soleil est apparu dans le ciel, épuisés, sans énergie et farcis d’imodium nous repartons sur les routes de l’est en direction du Kirghizistan. L’ambassade du Pakistan nous a convoqué pour un entretien à Bishkek et nous avons près de 800 kilomètres à effectuer en trois jours. Le stop ne fonctionne pas très bien, les ouzbeks ne comprennent pas le concept. Soit ils cherchent à nous donner de l’argent pour que nous prenions le bus, soit ils nous amènent directement aux gares routières. Une fois arrivés à l’une d’elles, nous nous aventurons à nouveau aux toilettes. Encore une nouveauté… J’entre dans ceux réservés aux femmes et je vois une rangée de fesses et de cuisses bien alignées. Contrairement à ce que j’avais pu voir précédemment, les trous ne sont pas installés de sorte à ce que l’on s’agenouille de face, mais de profil ! Comme d’habitude, de petits murets sans porte séparent les simples trous effectués dans la dalle de béton. Sans rentrer dans les détails, la découverte de ce nouvel agencement me laisse dubitative. En voyage, la question des toilettes est ultime voir même crucial ! C’est donc un sujet de conversation récurrent entre nous, avec les voyageurs que nous rencontrons et même avec les habitants. Avoir des toilettes, c’est la base de l’hygiène et tout le monde n’y a pas toujours accès ! Au moins ici, elles ont le mérite d’exister…

A la frontière Kirghize – Izboskan

Une fois sur l’axe principal, l’auto-stop devient plus facile. Nous arrivons à Andijan très fatigués. Bien que le soleil ne soit pas encore couché, nous décidons de nous arrêter. Le moral baisse au fur et à mesure que l’heure tourne. Je me sens vraiment faible et c’est une des rares fois où le mental est aussi bas. Le lendemain, nous atteignons aisément la ville d’Izboskan. Nous traversons la frontière kirghize sans encombre alors que les militaires nous citent tous les joueurs de l’équipe de France à chaque portail. Ils vérifient aussi tous nos reçus. Dans le pays, il est demandé que l’on justifie d’un hébergement pour environ 75 à 85 % du séjour. Dormir chez l’habitant ou faire du camping doit rester à la marge sous peine d’être ennuyés à la frontière.

Fatigués mais contents de quitter l’Ouzbékistan, ces derniers jours nous auront tout de même réconcilié avec les habitants et la culture de ce pays. Sauf avec la cuisine, bien entendu.Le Kirghizistan s’ouvre désormais à nous ! Il nous reste encore deux jours pour rejoindre Bishkek…

Vidéo : Le manège à hélices ! 50 ans plus tard il fonctionne encore !

Bilan

Les 23 jours passés en Ouzbékistan nous auront coûté 466 euros soit 21 euros par jour et par personne (en incluant tous les frais, assurance, vaccins, abonnement téléphonique, etc.). Un dépassement lié au fait que nous n’avons presque pas pratiqué l’auto-stop pendant la durée du séjour et que nous avons eu un rythme de touristes « conventionnels ».

Sarah
Nous avons vu deux Ouzbékistan, le premier, situé au centre, est constitué uniquement de désert et de villes historiques. Il vaut le coût d’être visité pour la beauté de l’architecture. Mais le pays s’est ouvert au tourisme très, voir trop rapidement et les villes se transforment en parc d’attraction mal rénovées et peu qualitatives. L’autre côté du pays, situé à l’est, densément peuplé, est composé de paysages plats et d’industries. Les ateliers d’artisanat et de production gardent encore leur authenticité, les habitants sont plus accessibles et la culture moins fausse. Nous avons visité le pays au mois d’août, ce n’était pas la meilleure des saisons !

Julien
La déception était à la hauteur de mes attentes pour ces villes mythiques des Routes de la soie. L’Ouzbékistan est un « tourist trap » à l’échelle d’un pays. Les hôteliers se gavent, ne parlons pas des taxis et les restaurants sont au même prix que des pays d’Europe du Sud pour une qualité lamentable et un choix qui l’est aussi. La nourriture est à l’image de ce qu’on imagine : peu variée et grasse. Le plaisir de ces cités de rêve est gâché par ces constantes incitations à un tourisme prêt-à-mâcher. J’ai retrouvé la foi en voyant Tashkent, une ville vivante, avec des ouzbeks souriants – à l’opposé de ces vautours moroses de l’ouest -, des arbres et une âme (Soviétique) qu’on aimera ou détestera. Ne me méprenez pas, les villes sont impressionnantes, il faut juste être très fort pour faire abstraction des pièges à touristes disséminés partout.

Vidéo : Marché de Ferghana, entre héritage soviétique et traditions d’Asie centrale

Carnet d’adresses

Tashkent

  • Piscine du Grand Mir Hôtel : l’entrée est chère (environ 10 euros) mais l’endroit est agréable.
  • Beerokrat Craft Beer : Bar à bières situé au sud de la ville.

Ferghana

  • Hôtel Sakura Inn
  • La piscine à côté du Royal Bouling Klub
  • Beer house : bar à bières situé non loin de l’hôtel

Marguilan et la vallée

  • L’atelier de tissage Yodgorlik
  • L’atelier de Rustan Usmanov à Rishtan
  • L’atelier de tapis kirghize à Oktomir

Itinéraires et photographies

Nous sommes rentrés en France à la fin de l’année 2019, venez voir nos photos et retracez la route parcourue en cliquant ici ! Ou bien continuez à nous suivre sur les chemins de France et d’Europe en cliquant là !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

4 réflexions sur « Ouzbékistan, De Tachkent à Izboskan, tome 2 »

  1. Toujours intéressant tes articles ! Plein de gros bisous et bonne continuation ! Et surtout bon anniversaire ! Et vive les sagittaires ! Gros bisous de nous deux

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