Ouzbékistan, De Boukhara à Samarcande, tome 1

Lors du dernier récit, après cinq jours au Turkménistan nous nous apprêtions à traverser la frontière pour quitter le pays afin de rejoindre l’Ouzbékistan…

Pour franchir cette ligne invisible mais rendue visible par l’Homme, il est nécessaire de s’arrêter plusieurs fois et il nous est demandé de prendre différents bus pour être contrôlés à maintes reprises. À chaque trajet, le chauffeur nous demande de l’argent. Sauf que cette fois-ci, nous n’avons plus rien en poche, pas un seul manat ni même un som !

Par chance au moment de passer les scanners ouzbeks, nous rencontrons Murat. Il est turkmène mais travaille en Ouzbékistan pour une entreprise chinoise qui exploite du gaz. Il est bien payé, environ 2500 à 3000 dollars mais le rythme est dur et il ne retrouve sa famille que très rarement. Il nous dépanne de quelques pièces ce qui nous permet d’avancer. À l’arrivée dans un des bâtiments, un médecin souriant prend notre température pour vérifier que nous ne sommes pas malades. Julien est un peu chaud et il nous est demandé d’attendre quelques minutes sur le côté avant de continuer. Cela est sûrement dû à l’exposition répétée en plein soleil. Une fois les premiers contrôles passés, il faut attendre patiemment pour faire tamponner son passeport. C’est la cohue tout le monde joue des coudes, se double et se pousse. Nous attendons tant bien que mal dans une file informe. Bien que nous n’ayons rien demandé et que nous refusions un traitement de faveur, les militaires finissent par prendre nos passeports et nous font passer devant tout le monde…

À la sortie, Murat nous a proposé de l’attendre. Il se rend à Boukhara et nous a proposé de nous y emmener ! Jour de chance ! Il nous a demandé de mentir aux chauffeurs de taxi qui rabattent le chaland. Julien informe les harceleurs que nous travaillons chez Total et que nous sommes en mission d’expertise. La blague ! Avec nos gros sacs à dos de voyage tout cela paraît bien faux, mais ils mordent à l’hameçon ! Accompagné d’un de ses collègues et du chauffeur de l’entreprise, nous faisons route. À l’arrière du pick-up, nos sac grillent. Il doit faire au moins 47 degrés dehors. Entre champs de coton et désert, ce paysage plat et monotone défile à tout allure derrière les vitres teintées. Pendant le trajet, nous apercevons deux cyclistes à l’abri sous un auvent. Nous présumons fortement qu’il s’agit de Florian et Emeline que nous devons retrouver ces prochains jours. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un petit restaurant dont l’entrée est confidentielle. Pas un seul samoussa végétariens, quelques morceaux de concombre et un thé feront l’affaire. Le rapide passage aux toilettes avant de quitter les lieux nous donnera un aperçu de l’état de propreté des futurs petits coins pour les semaines à venir. Nous n’avions jamais vu cela auparavant !

Après nous avoir dépannés à la frontière, offert le repas, emmenés à Boukhara et donnés du cognac turkmen, nous avons quitté ces hommes au grand cœur en les remerciant chaleureusement. La ville est déserte et le soleil est au zénith. Les promenades ne s’effectuent qu’une fois le soleil couché. Nous passons quelques jours seuls dans la ville avant que Stella, une amie, nous rejoigne. Aucun habitant n’ayant répondu à nos demandes, nous avons trouvé refuge dans une maison d’hôte. Les boukhariotes ne sont pas facilement visibles, il faut s’éloigner du centre bien trop touristique pour apercevoir la vie ouzbek. Au marché, les femmes sont vêtues de longues robes fabriquées à partir de tissus locaux sur lequel dansent des formes aléatoires et colorées. Hormis le marché, la périphérie se compose surtout de bâtiments modernes et standardisés. Des maisons de ville dupliquées à l’infini sur les bords de route et des immeubles copiés par dizaine forment des quartiers sans âme. Des ouvriers travaillent sous un soleil d’acier d’une blancheur accablante.

Quelques jours plus tard, Stella arrive ! Nous sommes heureuses de se retrouver. Elle a passé une première partie de ses vacances en Russie autour du lac Baikal. Elle parait contente d’avoir désormais un peu de confort. Mais le jour suivant, Julien et Stella tombent malades. Elle a subit quelques désagréments en Russie qui se poursuivent et Julien a une rechute. Entre plusieurs visites de toilettes, nous explorons la ville. Les principaux monuments sont impressionnants mais Boukhara a complètement était refaite. Des hordes de touristes sillonnent les rues, cela fait longtemps que nous en avions pas vu autant. Les poses devant les appareils photos sont réapparues, les magasins vendeurs de touailles chinoises pullulent et les locaux insistants, voir même désagréables sont de rigueur. Pour notre plus grand désespoir, nous passons ainsi du statut de voyageurs à celui de portes-monnaie.

Emeline et Florian accompagnés de leur amie Sophie sont également en ville. Notre intuition était la bonne, il s’agissait d’eux sous l’abri quelques jours plus tôt. De nombreux cyclistes empruntent la route de la soie, la communauté comme le mode de déplacement nous donnent souvent envie. Cependant, des étapes comme les derniers kilomètres qu’ils ont parcourus, nous confirment notre choix de l’auto-stop !

Nous quittons la ville de nuit pour nous rendre à Khiva. Le seul train qui était encore disponible démarre à deux heures du matin et les tickets restant se trouvent dans une des classes les plus basses, la platzkarte. Nous entrons dans le wagon. La première chose que j’aperçois à hauteur de tête est un gros orteil plutôt en mauvais état, jauni et à l’ongle noirci. J’esquive le reste du pied et poursuis mon chemin. Il y a deux à trois couchettes verticales, tout le monde dort. Des membres dépassent des lits et le passage est étroit. Le wagon est mixte et le bruit qui émane de cinquante-six gueules béantes et baveuses vibrent dans les cages thoraciques et résonnent dans le compartiment. Hommes et femmes en chœur, en rythme ou en solo sont en harmonie. Nous continuons à avancer dans le couloir avec nos lampes torches pour éviter de heurter un pied ou une main. C’est une bétaillère. Enfin arrivés à nos couchettes, ces dernières sont déjà occupées. Le chef de wagon tombe à point nommé et nous prête main forte pour faire déménager les occupants des lieux. Les matelas et les lits sont poussiéreux, l’air froid nocturne du désert endormi s’engouffre à travers les barreaux des fenêtres laissées ouvertes.

Lorsque j’entr’ouvre les yeux nous arrivons, Julien et Stella sont déjà levés depuis un moment. La veille, ils avaient avalé quelques comprimés pour faciliter leur voyage. Ils n’ont pas bien dormi. Petites mines, nous arrivons dans notre auberge. Cette dernière est très récente, ce qui n’est pas une exception dans la ville puisqu’une vingtaine d’hôtels et de guests houses ouvrent chaque mois !

L’allée menant au centre de la ville est un pastiche, faux bâtiments, fausses portes et commerces vacants. Les bâtiments d’autrefois dans lesquels vivaient les ouzbeks sont rasés et très peu de choses ne subsistent encore à l’intérieur et autour du centre historique. Tout est vide, les travaux ne sont pas finis et il est facile d’imaginer « l’architecture » qui remplace progressivement les quartiers d’autrefois… Dans la ville, les monuments ont également été restaurés, tout est centré sur le tourisme, restaurants, hôtels, boutiques, des chameaux pour appâter le chaland et puis une fanfare en fin de journée. Il fait toujours aussi chaud.

Les édifices sont tout de même très beaux et l’intérieur des cours entièrement recouvertes de céramiques bleues reflètent la lumière du soleil. De hautes colonnes en bois sculptées soutiennent d’épais plafonds richement peints. Des portes recouvertes de faïences s’ouvrent sur des chambres et des salons de d’autrefois. La ville est fortifiée et depuis le toit de plusieurs bâtiments ainsi que depuis les remparts, il est possible d’admirer le soleil couchant.

A contrario, les musées sont inintéressants, de vieux tableaux sans explication et quelques breloques poussiéreuses sont exhibés. À un jour près, nous avons raté la fête du melon ! Nous en avons tout de même profité pour nous rendre à l’extérieur de la ville. Comme dans chaque ville de l’ancien bloc soviétique, nous retrouvons la fameuse fête foraine, haut lieu d’animation et quelques rues plus pittoresques où les enfants courent et se baignent dans une eau verdâtre.

Un autre train nous mènera en direction de Samarcande. Cette fois-ci, nous sommes mieux lotis. Nous bénéficions d’une cabine fermée pour quatre personnes que nous partageons avec un allemand. Ce train dispose d’une voiture bar pour notre plus grand bonheur ! C’est l’occasion d’explorer les wagons et de rencontrer du monde. Cependant, étants en tête de train, la fumée de la locomotive rentre par la fenêtre et intoxique Julien durant la nuit qui dort dans la couchette du haut.

Au petit matin, nous arrivons dans la ville mythique de Samarcande. Le trajet en taxi nous a permis de voir que contrairement aux deux précédentes cités celle-ci est habitée et vivante. De magnifiques monuments, Le Registan, la mosquée Bibi-Khanym. Tout cela est un peu répétitif mais les trois madrassa ainsi que le site de Chah-e-Zindeh sont de toute beauté. Les portes des anciennes écoles rivalisent de couleurs et d’éclat. Comme partout ailleurs, l’intérieur est un vaste attrape touriste. Des magasins de vêtements, de tableaux, des hommes déguisés qui prennent la pose, le tout dans des bâtiments classés au Patrimoine Mondial par l’UNESCO. Quand au site de Chah-e-Zindeh, il est mieux préservé. Le passage entre les tombeaux entièrement revêtus de bleu et dont les coupoles intérieures sont peintes offre de beaux points de vue tout au long de la visite. Les céramiques bleues se déclinent sur les routes de la soie et il existe tellement de motifs, de couleurs et de types qu’il est fort difficile de les décrire. Bien que la ville mythique ait su préserver quelques bâtiments mais il s’agit surtout d’une carte postale où les touristes affluent par milliers afin de cocher les cases.

Avant de prendre le train en direction de la capitale ouzbek, nous attendons dans une surprenante gare à l’architecture soviétique. Nous faisons la connaissance d’un voyageur américain qui n’a pas pu rentrer chez lui. Il nous explique qu’il avait un vol en direction de la Finlande avec une escale en Russie. Les douaniers n’ont pas voulu l’accepter sur leur sol russe le temps de l’escale sous prétexte qu’il n’avait de visa pour le pays. Ils l’ont renvoyé en Ouzbékistan. Ce voyageur a du trouver un vol en passant par la Mongolie pour rejoindre sa destination…

L’architecture est belle mais les rénovations ne respectent que rarement les édifices et les techniques passées. Les touristes sont omniprésents et nous n’avons pas eu la chance de vraiment rencontrer un ouzbek. Cette visite du centre du pays ne nous aura guère emballée. Heureusement, nous aurons bien rigolé et nous espérons que le reste du pays sera plus authentique. En fin d’après-midi, nous prenons un train en direction de Tashkent, la capitale du pays…

Carnet d’adresses

Boukhara

  • Agence de voyage pour acheter les tickets de train :
    En face de Sezam Restaurant, sur l’avenue Bakhowuddin Naqshbandi
    Ouverte de 8h00 à 19h00 du lundi au vendredi (horaires à confirmer)
  • Boloi Hovuz Choyxonasi, restaurant situé en face de la forteresse est un bon rapport qualité/prix

Khiva

  • Terrassa Café, restaurant et bar avec une vue sur la ville. Agréable au coucher du soleil. Préférer la bière au plats.
  • Conseils pour les tickets : Il n’est pas nécéssaire d’acheter un ticket pour rentrer dans l’enceinte du bâtiment. Nous avons seulement mentionné que nous résidions dans un hôtel. Cependant, pour la visite des bâtiments un ticket sera demandé. Nous avons pris le ticket à la journée excluant la vue panoramique depuis la tour mais les remparts sont tout de même accessibles gratuitement.

Samarcande

  • Old City Restaurant, Restaurant très agréable. Beaucoup de choix pour les végétariens comme pour les autres. Personnel sympathique et plats goûtus.

Où sommes nous en ce moment ?

Venez voir nos photos et suivez nous sur la route, presque, en direct en cliquant ici !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

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