Un an !

Ça y est, un an déjà ! Un an que nous voyageons… Un an d’émerveillements, de rires, de rencontres, d’amitiés et de retrouvailles. Un an de bonheurs, d’excitations et d’emballements sur les routes, les chemins de traverses et de randonnées. Un an de joies, de complicité et aussi d’engueulades, de crises et quelques fois de fatigue. Un an ponctué de touristas, de problèmes de dents, de petits bobos divers et variés. Un an de râleries, de frustrations par moment et de peurs à d’autres.

Un an de vie en somme. Un peu comme avant, nous prenons des « vacances » de temps en temps, nous cherchons à recréer des habitudes et d’autres fois nous les fuyons. L’envie d’inconnu nous saisi puis une grande lassitude apparaît jusqu’à ce que la curiosité vienne nous réveiller à nouveau.

Pour beaucoup, partir dans un tel voyage c’est dépasser ses limites. Pour nous, cela a plutôt été de sortir de notre confort. Ce voyage, c’est le « voyage d’une vie ». Ou pas. La vie est un voyage. Il s’agit de la découverte d’autres êtres humains qui vivent différemment, de sortir du regard biaisé des médias et d’aller voir la vie sur place.

Un an en quelques chiffres

  • 25 769 kilomètres de routes
  • 249 voitures nous ont prises en auto-stop
  • 57, c’est le nombre de familles chez qui nous sommes allés dormir (chez l’habitant, à la ferme…)
  • 16 nuits de bivouac (oui, nous ne sommes pas très aventureux sur ce coup là…)
  • 56 jours passés en famille ou avec des amis
  • 12 pays traversés

Le voyage

Les routes du Kirghizistan

Cette planète est incroyable, c’est une anomalie à l’échelle de l’univers (est-ce vraiment une anomalie ?) et c’est ce joyaux que nous apprécions toujours plus chaque jour au fur et à mesure de notre cheminement. Les êtres humains qui la composent sont géniaux et redonnent confiance en chacun de nous. Il n’y a pas qu’en occident que les gens sont bons, bien au contraire ! Le voyage c’est l’occasion d’expérimenter, d’infirmer ou de confirmer des clichés à l’égard de certains peuples. Seul, à deux, à plusieurs, le partage c’est l’essence même du voyage, à l’encontre du tourisme qui impose un rythme soutenu et nous fait passer à côté de l’essentiel.

Ce partage apporte une autre dimension au voyage, il permet d’aller au-delà de la simple consommation et remettre l’humain au cœur. Bien souvent, il nous est arrivé de prendre du temps et de s’arrêter pour regarder vivre les habitants plutôt que de rentrer dans un musée. Durant ce voyage, il n’a jamais été question de cocher des cases : nous n’avons pas visité Antalya, l’abbaye du Mont Tatev en Arménie ou encore les Portes de l’Enfer au Turkménistan, et bien d’autres, tout en passant juste à côté… Nous sortons de la crainte qui sommeillent au fond de nous, et nous apprenons d’eux. Nous occidentaux, ne sommes pas seuls. Des sociétés évoluées ont connu un âge d’or avant les nôtres et bon nombre d’entres elles se sont éveillées dans les régions situées entre le Moyen-Orient et l’Asie de l’est. Aller vers l’autre, aller chez l’autre c’est le découvrir, casser nos préconçus, car tout n’est jamais comme attendu. Anéantir ce sentiment d’européen blanc, « Je suis, donc je sais ». Cela peut être une forme de racisme, mais il s’agit surtout d’idées empreintes de colonialisme ancrées dans notre psyché.

Un an à parcourir les routes de l’Est chaque jour un peu plus loin et repousser nos limites. Repousser nos limites, car nous ne sommes pas seuls sur la route. Pour nos proches, entreprendre un tel voyage relève à la fois de la folie ou de l’incroyable, ils nous font sentir que notre projet est unique, ce qui peut avoir tendance à flatter notre égo. Mais nous apprenons très vite que des milliers de voyageurs sont déjà en vadrouille et qu’ils empruntent souvent le même trajet, villes pour villes, routes pour routes. Et cela se fait depuis la nuit des temps. Alors s’opère la transition du statut glorieux d’aventurier à celui du voyageur comme tant d’autres. Dire le contraire serait mentir, c’est bien une expérience extraordinaire, mais l’acte en lui même n’a rien d’exceptionnel !

Est-ce que c’est une mise entre parenthèse de nos vies ? Pour nous c’en est la continuité, mais dans un autre monde. Nous continuons à vivre, à évoluer, à manger et boire, le tout, sur des routes différentes. C’est avant tout un autre quotidien fait de rencontres… L’essentiel est là, être ensemble en harmonie avec soi, avec nos envies, nos corps et nos esprits. Prendre le temps de s’écouter, de respirer et de marcher. Contempler la nature, les animaux, les arbres et leur parler. Observer les hommes, les sociétés, les langues et les coutumes. S’accorder les minutes, les heures et les jours nécessaires. Ralentir, ne plus chercher à tout contrôler, accepter d’être lents et en profiter. Prendre le temps de vivre.

Liberté

Auto-stop pakistanais – route de Lahore

Nous avons parcouru plus de 25 000 kilomètres dont plus de 10 000 en auto-stop. C’est avant tout une expérience humaine, qui nous a permis de croiser la route de personnes de tous horizons, du banquier au paysan, de la mère qui élève seule ses enfants, aux familles très nombreuses. Il s’agit d’un moyen non discriminant pour rencontrer des habitants. Ici, seul le conducteur nous discrimine en ne nous prenant pas. L’auto-stop, c’est aujourd’hui un des piliers de notre indépendance.

Libres. Être libres au point de faire ce que nous souhaitons à n’importe quel moment. Se sentir inarrêtables, apprécier ce vent d’Est qui caresse nos joues chaudes et qui balaye nos peurs. Être libres d’aller et de venir sans vraiment de but, ni même de date. Se perdre dans ses pensées, sur la route, chez quelqu’un. Regarder en arrière, apprécier le chemin et encore plus le cheminement. Et bien souvent, n’avoir comme seule horloge, le soleil levant et son crépuscule. Mais pour une espèce sociable comme la nôtre, la liberté à l’état pur n’existe pas et nous sommes surtout dépendants des autres, de l’humain, de la société et surtout de la nature. Dépendants des routes tracées par nos sœurs et nos frères, dépendants des villes et de la civilisation. Dépendants de morceaux de papiers sous la forme de billets, visas ou autres laissez-passer.

Le voyage, c’est aussi en apprendre tous les jours. C’est une des écoles de la vie. À travers la géographie, les mers, les montagnes, les steppes et les fleuves. À travers l’histoire, les conquêtes, les découvertes et les cultures. À travers les langues, principalement l’anglais mais aussi beaucoup de langues turciques, de russe et d’autres dialectes. À travers la littérature et le français, l’orthographe, la grammaire et la conjugaison (et il y a du travail !) ainsi que des lectures françaises ou étrangères. À travers le calcul mental, la négociation, les conversions en euros, dollars, au marché noir ou aux cours officiels. Avec une petite dose de botanique, de cueillettes sauvages et de salades improvisées. À travers la biologie, l’observation des végétaux et des animaux, l’identification, leurs comportements en pleine nature et aussi en ville. Avec des cours pratiques de psychologie, apprendre à se fier à ses intuitions, gérer des situations de stress et savoir communiquer rapidement. Quelques cours d’éducation physique, marche à pied, endurance, haltérophilie et premiers secours. Un peu de sociologie, observation des cultures et des peuples et de leurs fonctionnements. Sans oublier les travaux pratiques, apprendre à allumer un feu rapidement, savoir lire une carte et se repérer.

Les amis couteliers de Wazirabad

Et comme nous l’avons déjà dit, c’est surtout et avant tout une leçon d’humanité. Apprendre à se faire confiance et à faire confiance à l’autre, à sortir de ses préjugés, à recevoir et donner tout son possible en retour. Se rappeler que beaucoup de nos hôtes ne pourront jamais partir voyager ou alors ils le feront de manière forcée, en exil. Apprendre à être modeste, face aux autres et aussi face à la nature.

Si le vent nous porte au grès des contrées, il nous fait remarquer que le monde va à la dérive. Pollution et surconsommation se constatent partout sur notre route. Nous ne jetterons pas la pierre à ces pays qui sont jonchés de détritus car notre système de consommation induit des déchets. Les pays dits « riches » polluent bien plus que ceux jugés « pauvres » (1). En tant que voyageurs, nous polluons plus que les habitants des pays que nous visitons. Même en voyage, les petites actions à l’échelle de chacun ne suffisent plus. Il serait temps de voir plus grand !

Nous nous sentons parfois coupables. Coupables d’être blancs, coupables d’être riches, coupables des actions de notre État, de celles de l’Union Européenne et des idées véhiculées par les gouvernements. Coupables du pillage des pays voisins et du reste de la planète. Honteux de certains débats en France et des idées racistes qui induisent la mort de milliers de personnes dans le monde. Ceux qui tentent de traverser la mer par bateau, ceux qui vivent dans des camps de détention, ceux qui ont une autre religion…

Quelque part en Iran

Ressentis

Un an de voyage mais aussi un an de couple vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Bientôt neuf années passées ensemble et c’est l’une de celles où nous nous sentons le plus en harmonie. Tous ces moments intenses passés ensemble nous rapprochent et il est rare que nos voix portent… Nos projets futurs enflamment notre imaginaire et nous donnent des perspectives heureuses à notre retour.

Dans un voyage à « durée indéterminée », la question du retour est une donnée qui peut faire surface à tous moments. Les nombreuses choses qui peuvent nous retenir de partir réapparaissent durant le voyage, parfois avec une intensité bien moindre et parfois des coups de blues plus intenses. La famille, les copains, un bon verre de vin rouge ou un morceau de Saint-Nectaire nous appellent avec force !

La santé de nos proches (et la nôtre…), les projets que nous fantasmons, nos amis, la famille, toutes ces choses nous appellent. Nous sommes souvent tiraillés par l’envie de rentrer et celle de voir plus de choses et de vivre encore plus intensément…

Sarah
J’aime me retrouver sur les routes et croiser de nouvelles personnes. J’aimerai quelques fois rester plus longtemps dans certains pays mais nous ne serions pas prêts de rentrer. L’expérience à Lesbos m’a beaucoup marquée et les six mois passés dans des pays musulmans auront fait évoluer mon regard sur cette religion. Je pourrai continuer encore et encore à regarder se transformer les paysages et les visages bien que certaines fois la France m’appelle.

Julien
Ce voyage est pour moi un défi psychologique important, je dois embrasser des problèmes de claustrophobie qui empoisonnent ma vie depuis bientôt 4 ans et les accepter pour mieux les gérer. Ce voyage m’a beaucoup aidé ! C’est aussi un test pour ma patience légendaire ! Au bout d’un an, je suis très partagé par mon envie de poursuivre et de voir des pays qui sont maintenant à portée de main et de rentrer pour concrétiser tous ces projets que nous mûrissons depuis plusieurs années !

Un très grand merci de nous suivre et de lire nos élucubrations, sans vous ce serait moins sympa et nous écririons beaucoup moins ! Vous participez donc à notre thérapie quotidienne qui est de se secouer les neurones de temps à autre. Merci également à toutes celles et ceux qui rendent possible notre voyage et qui illuminent nos journées. Ainsi que nos familles et amis qui nous ont rejoint sur les routes.

À très vite !

Après quelques verres de lait de jument fermenté, la fête est plus folle !

Où sommes nous en ce moment ?

Suivez nous sur la route presque en direct ou retrouvez nos photos en cliquant ici !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

1- Lucas Chancel et Thomas Piketty, « Carbon and inequality. From Kyoto to Paris. Trends in the global inequality of carbone emissions (1998-2013) & prospects for an equitable adaptation fund », Paris School of Economics, novembre 2015. D’autres explications sur un article de libération

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