Iran – d’Abyaneh à Damavand, tome 2

Après avoir visité le nord ouest du pays, nous quittions Kashan en direction du sud de l’Iran où l’on nous promettait d’avoir des températures bien plus élevées que ce que nous avions eu jusqu’à présent…

Selon les recommandations de notre guide, nous sommes allés jusqu’au village d’Abyaneh, plus haut dans les montagnes. Il faut dépasser la centrale d’enrichissement nucléaire de Natanz puis prendre une route sinueuse dont les bas côté sont bondés de voitures stationnées. De nombreux iraniens cherchent la fraîcheur. Il nous faut payer un péage pour pouvoir visiter ce village de terre rouge. Cependant, les rues sont mortes et personne n’y habite depuis plusieurs années. Un des premiers exemples de villages bucoliques qui a perdu ses forces vives, devenu un village Potemkine. Des femmes âgées vendent des souvenirs aux touristes étrangers et locaux, elles demandent aussi de l’argent pour être prises en photos. Les seules activités de ce lieu consistent à construire des hôtels et chambres d’hôtes à tous coins de rue. Pourtant certaines allées sont charmantes, de petits canaux d’eau fraîche à l’ombre de vieux mûriers platanes dont des fruits écrasés qui tachètent le sol, dégagent une odeur forte. Les iraniens en sont très friands et les ramassent par poignées. Village figé dans le temps dont les nouveaux pastiches ne vont pas tarder à le transformer littéralement en un décor de western. Aucun transport en commun ne dessert le lieu, il faut donc prendre un taxi payé au kilomètre puis lui régler l’heure passée à nous attendre. Un village « laid » et vivant a plus d’intérêt à nos yeux. Tout de même rafraîchis par l’air des montagnes, nous redescendons pour rejoindre la mythique cité d’Isfahan.

Une rue déserte -Abyaneh

Nous patientons quelques heures dans un terminal de bus. Contrairement à ce que les médias aimeraient nous faire croire, nous ne sommes pas si loin de l’occident : une grande télévision fait défiler des publicités pour les dernières biscottes à acheter. Elles rendraient soit disant tout la famille heureuse, cette dernière est composée d’une mère à la peau claire, d’un père aux traits lisses et de deux enfants, une fille et un garçon. Le petit garçon mange des biscottes après les entraînements de football et bien évidemment, il est heureux. Hormis le voile de couleur chaire porté par la femme, rien ne laisse presumer que nous sommes en Iran. D’autres télévisions projettent divers programmes, il est possible de regarder Tom et Jerry, dessin animé américain qui était diffusé le dimanche soir en clair et qui annonçait la fin du programme « Ça cartoon ». Un autre écran vend les trésors architecturaux de Shiraz et de la région et une autre télévision diffuse un match de football.

Tourbillons de sable – désert

Reliefs du désert

Le trajet en bus n’est pas très long, il nous faut environ trois heures pour rejoindre Isfahan. Les paysages désertiques s’enchainent et ne se ressemblent pas. Quelques fois de vastes reliefs secs et arides, d’autres fois des plaines de sable où tourbillonnent de hautes spirales d’or formée par le vent. De temps en temps, des formations rocheuses aux couleurs vives viennent nous tirer de notre somnolence.

La place Naqsh-e Jahan – Isfahan

Isfahan, un soleil de plomb nous accueille en fin de journée. Nous rejoignons Reza et Leïla, un jeune couple qui ont accepté notre demande d’hébergement. Nous sommes reçus par Leïla, petite robe colorée et décolleté plongeant, cheveux couleur de geai, coupe au carré et joli sourire, une belle femme. Plusieurs photos de leur mariage sont exposées dans le salon, elle ne porte pas de voile et à même les épaules nues. Reza est ingénieur dans la marine marchande, Leïla ne travaille plus. Tous les trois mois, il est appelé à se rendre à Bandar-Abass, port principal du sud de l’Iran, pour monter à bord d’un bateau et sa femme le suit. Ils se sont rencontrés au travail, elle était comptable.

Ils ont plus de trente ans et n’ont toujours pas d’enfant, ce qui en Iran est assez mal vu. Cependant, Reza nous explique que le taux de natalité baisse. Aujourd’hui, les iraniennes ont entre un et deux enfants. Les familles ont moins d’argent, l’avenir n’est plus aussi radieux qu’auparavant et les parents n’ont plus besoin d’enfants pour les aider à travailler dans les champs. Et si l’on souhaite le meilleur pour ses enfants, ils coûtent désormais plus chers. Seules les familles pieuses et traditionnelles continuent d’avoir de nombreux enfants. Bien que cela ne soit pas autorisé, Leïla m’explique que certains médecins lui prescrivent des contraceptifs. Pour les avortements, la question est plus épineuse. Avec le consentement du mari ou de la famille, il est possible de trouver une femme qui procède à l’acte. « À l’ancienne » me raconte-t-elle, ce dernier n’est pas toujours réussit…

Palais de Chehel Soton – Isfahan

Accompagnés de Leïla, nous visitons une partie de la ville. Le sublime palais de Chehel Soton, un parvis aux colonnes de bois sculptées donnant des avant-goûts d’Inde, des fresques magnifiques où des scènes de guerre, d’amour, de chasse, de vie quotidienne et de fastes diners y sont représentées. Certaines peintures n’étant pas au goût des religieux ont été détruites, grattées et effacées. Leïla nous explique que ce lieu a pourtant été réhabilité lorsqu’ils ont compris le pouvoir touristique et donc monétaire que ce dernier pouvait rapporter. Les plafonds en bois sont somptueux, richement colorés, aux formes géométriques ou abstraites rappelant celles de la nature.

Peinture du palais – Isfahan

Notre guide nous parle de sa famille et de ses parents. Elle vient de Téhéran mais préfère Isfahan, la ville est plus calme et la vie plus douce. Elle a rejoint Reza et a pris l’habitude de vivre ici, à dix minutes de la maison de ses beaux-parents.

Leïla est toujours bien apprêtée et elle étudie avec goût ses tenues. Son voile est porté sur le haut de la tête, il glisse très souvent sur ses épaules sans que cela ne la gêne. De manière nonchalante, elle le remet en place quelques minutes plus tard.

Elle s’est déjà faite arrêter une fois par « la police du Hijab », contrôlant que le voile soit bien porté. Les iraniennes se passent le mot et s’informent entre elles de leurs localisations. La nuit, tous les chats sont gris et elles ont moins peur d’être controlées. « La police peut t’arrêter trois fois » me dit-elle « lors des premières arrestations, elle relève ton identité et peut appeler ton mari ou ta famille pour venir te chercher. Au bout de la troisième fois, elle peut te donner une amende et tu peux être arrêtée ». Ce qui n’est pas sans me rappeler la condamnation en mars 2019 de Nasrin Sotoudeh à une lourde peine (10 ans de prison et 148 coups de fouet), pour avoir défendu des femmes refusant de se voiler. (1)

Mais il n’est pas question de faire des généralités. Toutes les iraniennes sont différentes ! Selon les régions les femmes portent plus le tchador noir, certaines petites filles également, avant même l’âge de leurs premières règles. Pour d’autres c’est le tchador à motifs qui se porte d’un côté sur la tête tandis que l’autre moitié est bloqué sous le bras. Certaines ont un voile plus serré au niveau de la tête, nommé hijab, ne laissant pas dépasser un cheveu, ils peuvent être très colorés. Enfin d’autres femmes ont un hijab posé qui ne cesse de glisser, laissant dépasser leurs cheveux de tous côtés. Il est alors possible de voir une jeune femme voilée dont sa longue tresse se balance dans son dos.

La salle du sommet – Le palais d’Aali Qapu

La mosquée du Shah – Isfahan

La visite se prolonge, l’immense place Naqsh-e-Jahan déserte sous le soleil de midi, le beau palais d’Aali Qapu offre une vue sur la place mais surtout la dernière pièce est entièrement décorée. Recouverte d’étagères, les cases sont en forme d’instruments de musique où l’on pouvait ranger la vaisselle. Nous clôturons la journée avec la visite de la Mosquée du Shah. Cette grande mosquée est incroyable de par ses dimensions et le nombre de céramiques qui recouvrent ses murs. Le bleu omniprésent auquel s’ajoute du jaune, du vert, du blanc et quelques fois du rouge ou de l’orange. Nous nous arrêtons sous une voute pour manger quelques fruits à l’abri du soleil de feu. Avant de repartir, un grand panneau d’information bariolé accompagné de quelques sièges invite le passant à s’asseoir. Il est écrit en anglais « Venez vous asseoir et échanger sur l’Islam ». Je regarde Leïla interloquée, elle me répond « It is bullshit » !

Julien supporte de plus en plus mal la chaleur, il a perdu quelques kilogrammes « en trop » et les visites sont rapidement épuisantes. Nous rentrons pour nous reposer.

Le soir, nous longeons la très large rivière qui exceptionnellement a été « ouverte ». Dédiée à l’agriculture, Zayandeh Roud est déviée et ne passe plus par la ville sauf en dehors des saisons sèches. La ville construite sur le fleuve ne bénéficie plus de ses bienfaits et la nature en souffre également. Malgré les 40 degrés à 20h, tous les iraniens sont de sortie pour tremper leurs pieds dans l’eau et traverser le fleuve. Les couples s’embrassent dans la pénombre des jardins, les familles pique-niquent et les jeunes jouent dans l’eau. L’air est étouffant et nous avons du mal à imaginer qu’est ce que cela doit être sans la fraîcheur de l’eau du fleuve. Les ponts éclairés ont des airs de de Florence.

« Les habitants d’Ispahan disent toujours Esfahan nesf-e jaban (Ispahan est la moitié du monde). Les anglais la voit comme l’Oxford de l’Iran mais Idanna n’est pas d’accord. Pour elle, c’est la Florence de l’Asie. Il y a peu Florence s’est jumelée avec Isfahan.

Quatorze ponts enjambent la rivière la Zayandeh. Le pont Khaju, avec ses deux pavillons, un de chaque côté et ses deux étages d’arcades et d’escaliers, rivalise avec le « ponte Vecchio… », extrait du livre de Terence Ward (2).

Le pont Si O Se Pol – Isfahan
Mosquée Sheikh Lotfollah – Isfahan

Nous avons aussi l’occasion de visiter la dernière mosquée Sheikh Lotfollah, bijou architectural aux allures moins grandioses et à l’ambiance apaisante. En suivant les galeries dans les dédales du bazar, nous arrivons à la Grande Mosquée d’Isfahan. La plus vieille mosquée de la ville, nous y passons près d’une heure. Sur les pourtours de la cour centrale, de multiple salles s’ouvrent. Quelques une sont dotées de larges colonnes, toutes différentes, avec des motifs géométriques au plafond réalisés à l’aide de briques, d’autres salles sont recouvertes de céramiques. Les tapis rouges pour la prière sont roulés contre le mur tandis que dans la pénombre quelques hommes et femmes font la sieste. Dans ce lieu magique, tout est contraste, ombre et lumière, une atmosphère particulière y règne.

La Grande Mosquée d’Isfahan

Le dernier jour, nous rencontrons les parents de Reza. Invités à prendre le thé, ils nous offrent à manger et souhaitent que nous restions dormir. C’est alors, que Reza nous prévient que sa mère fait beaucoup de Tarof. Le tarof est iranien par excellence, bien que nous en fassions toutes et tous assez souvent sans même nous en rendre compte. C’est tout à fait déstabilisant au début, il s’agit de refuser trois fois les propositions afin de savoir si les iraniens sont vraiment sincères. Après la troisième offre, si la personne le souhaite elle peut acquiescer, dans ce cas, la demande sera réelle. Ce jour-là, sa mère nous invite trois fois à rester dormir alors que nous séjournions déjà chez son fils. En rigolant, Reza explique à sa mère que le tarof n’est pas très habituel en Europe et que les étrangers ont du mal à comprendre le concept. Et c’est le moins que l’on puisse dire ! Reza nous demande si nous n’avons jamais proposé d’aller boire un café ou bien fait une invitation à diner à des connaissances alors que nous savions pertinemment que personne n’y donnera suite…

À 45 ans et divorcée, la sœur de Reza est revenue habiter chez ses parents. Professeur à l’université, nous l’avons aperçue de loin se rendant à son cours de yoga.

Si le couple est loin d’être religieux et traditionnel, il est facilement identifiable que l’homme prend plus d’espace que la femme. Bien que nous ayons pu passer plus de temps en compagnie de Leïla, ce qui nous a permis d’avoir des échanges approfondis, lorsque nous posons une question, Reza répond. Lorsque je pose une question directement à Leila, c’est encore lui qui répond. Je ressens pour elle une sorte de frustration. Entre les seances de gymnastique, les cours d’anglais avec son mari et l’entretien de la maison, elle semble heureuse.

Au milieu du désert

Un bus nous conduit vers Shiraz, durant le trajet nous aurons l’occasion d’observer la relation de deux jeunes hommes. En Iran comme dans d’autres pays, les sexes opposés ne se touchent pas cependant les personnes de même sexe le peuvent et ce de manière amicale. Lors de ce trajet, ces deux hommes se sont fait des accolades, de petites frappes tendres et l’un d’entre eux à même finit par poser sa tête sur les genoux de son voisin.

Avant d’arriver, il y a la grande plaine agricole au nord de Shiraz et des herbes qui poussent dans le désert. Les bergers vivent dans des tentes blanches sous le soleil écrasant. Une nouvelle fois, la ville est étouffante. Polluée, bondée et chauffée par un soleil de cuivre, l’arrivée est une nouvelle fois difficile. À la suite de nombreuses minutes passées dans les embouteillages, la ville ne disposant pas de transport en commun hormis des bus bloqués également dans la circulation, nous nous rendons chez Hooman qui nous reçoit quelques jours chez lui. Ce jeune homme, d’une trentaine d’années vit seul dans un grand appartement au-dessous de chez ses parents. Après de longues études pour devenir ingénieur spécialisé dans le domaine du nucléaire, il n’a pas réussit à trouver un emploi. Soutenu par son père déjà dans le métier, ils ont créé ensemble une bijouterie à proximité du bazar. Leur entreprise fonctionne bien mais il aurait aimé faire autre chose dans sa vie. « Héberger des étrangers me permet de voyager sans bouger de chez moi ! » nous raconte-il. C’est un garçon au grand cœur, à l’humour grinçant et un tantinet soit peu dépressif.

Persépolis

Shiraz est une ville jeune et dynamique. Il n’est pas impossible de voir quelques femmes non voilées au coin d’une rue, une autre faisant du skate, capuche sur la tête en guise de couvre-chef ou encore plusieurs jeunes affalés dans les canapés d’un café à la mode. C’est aussi la ville qui sert de base de lancement pour visiter le site de Persépolis. Alors qu’un soleil brulant s’abat déjà sur la ville, nous nous y sommes rendus dès l’ouverture. Je ne sais pas si c’est parce que nous en avions tellement entendu parlé, parce que nous avions déjà visité le site de Petra par le passé, parce que nous n’avions pas de guide, parce que le musée était fermé ou bien parce qu’il faisait déjà 40 degrés à 8 heure du matin mais nous avons été déçus. Les bas reliefs et certaines sculptures sont très belles mais le reste doit être imaginé… Au retour, nous tendons l’argent au chauffeur de taxi qui nous dit d’un signe de tête « non merci ». Ah ce fameux tarof ! Qu’aurait fait ce brave homme si nous étions partis sans insister pour payer ?

Lorsque nous avons retrouvé Hooman, nous avons pris le temps de boire un thé ensemble. Les langues réchauffées, il nous a interrogé sur notre relation et si cela n’est pas trop difficile de toujours être ensemble en voyage. La réponse nous est apparue évidente, bien que nous soyons 24 heures sur 24 ensemble, il n’y a pas beaucoup de place pour les disputes et les humeurs ! Elles doivent être réglées le jour même et nous n’avons pas d’autres choix que de communiquer. Et même après ces quelques années, nous avons toujours des histoires à se raconter.

Nous le questionnons à notre tour sur ses relations amoureuses. Il nous expliquent que ses parents voudraient lui présenter quelqu’un, une jeune iranienne de leur entourage, mais il ne le veut pas. Il est aussi possible de trouver l’amour sur internet comme en Europe. Dans un pays où les relations entre les genres sont codifiées, dictées par la société, les traditions et la religion, internet est salvateur. Pour autant, ces types de rencontres ne lui conviennent pas pour autant. Il ne se retrouve pas dans ces rendez-vous improvisés et préférerait rencontrer une personne plus naturellement. Nous dérivons progressivement sur les ressemblances et différences entre nos deux langues. Hooman nous apprend la raison pour laquelle deux iraniens se sont esclaffés au supermarché quelques jours auparavant. Cherchant en vain de la semoule, nous avons demandé : « couscous » mais le mot « Kus » en farsi signifie le sexe féminin… Quand au « Kiri » notre fameuse « pâte de fromage » nationale signifie soit « penis » soit « pourri ». Comme en France, les mots indiquant les parties génitales des deux sexes peuvent aussi être utilisés comme des insultes ou pour indiquer quelque chose de négatif. Apprendre une langue, c’est découvrir une partie du pays, du peuple et sa culture. Et avec raison, les iraniens sont fiers de la leur ! Je suis toujours impressionnée d’observer la manière et la rapidité avec lesquelles Julien apprend de nouvelles langues. Il s’agit d’une gymnastique constante qu’il pratique avec brio !

Mosquée Nasir-Ol Molk – Shiraz

Avant de repartir, nous avons pu faire le tour du bazar, de la mosquée Vakil, de la mosquée Nasir-ol-Molk (dite mosquée rose) et de quelques autres palais très brillants. Les trois monuments valent le détour, le premier est fidèle aux autres bazars déjà visités mais il faut s’enfoncer un peu plus parmi les méandres des galeries pour éviter les échoppes trop touristiques. Le deuxième est sobre, entièrement recouvert de mosaïques vertes et jaunes aux motifs floraux. Enfin le dernier se pare de rose. Les mosaïques aux couleurs habituellement bleues sont pour cette fois colorées de rose et de jaune. Si les céramiques des mosquées du nord du pays se composent de motifs géométriques, celles de Shiraz sont ornées de végétaux et de fleurs. Les plafonds donnent des torticolis et les couleurs sont tellement éclatantes qu’il n’est pas possible de les saisir d’un seul coup d’œil. Une pause est la bienvenue pour apprécier la finesse de l’architecture iranienne dans toute sa beauté.

Le trajet entre Shiraz et Yazd est ponctué de petits villages verdoyants. Ces oasis sont en réalité des champs cultivés. L’eau est pompée dans les nappes phréatiques aux alentours pour arroser les cultures très demandeuses. Le climat est aride et ces îlots de verdure démontrent parfaitement la problématique de l’eau en Iran.

Oasis verdoyante

Bazar – Yazd

Nous rejoignons Yazd en fin de journée. Iman, responsable d’un hôtel, a bien voulu nous aider en nous hébergeant quelques nuits gracieusement. Ce fut pour nous l’occasion de visiter cette ville. Tout comme Kashan, la cité est construite avec de la terre et de la paille. Elle a des reflets rougeoyants car la terre est pourpre par ici. Les galeries du bazar sont vides à l’heure de la sieste, la belle mosquée du vendredi dort sous le soleil cuisant et les tours à vent sont immobiles. Un surprenant musée de l’eau expliquent les principes d’irrigation des villes iraniennes. L’air chaud assèche nos gorges et les murs en terre rayonnent. Tous les jours, une chape de plomb s’abat sur la ville et sur le désert environnant. Il est 14h, les rues sont désertes, seules quelques énormes blattes fuient la lumière. À la tombée du jour, une brise légère se faufile dans les dédales de la vieille ville qui reprend vie progressivement. Une odeur âcre flotte dans les rues. Ces effluves de poubelles persistent dans nos sinus pendant de longues minutes. Elles se mélangent aux odeurs épicées de la cuisine iranienne.

Ruelle du centre – Yazd

Mosaïque de la mosquée du vendredi – Yazd

Sur les bords de route, de gros camions aux bennes colorées ornées de dessins laissent présumer que le Pakistan n’est plus très loin.

De retour à Téhéran, nous avons eu la chance de pouvoir récupérer nos visas turkmènes. Devant cette ambassade, nous avons aussi fait la connaissance de Jacob, un allemand qui comme nous se déplace au auto-stop. Il a 18 ans, son abitur en poche (l’équivalent du baccalauréat), il a pris son sac-à-dos et a quitté son pays accompagné de sa copine. Les tumultes de l’amour ont croisé leur route et une fois seul, il a accéléré la cadence. Parti en début d’année, en seulement quelques mois il a le rejoint l’Iran. Quelle rapidité ! Nous sommes toujours surpris et amusés de voir à quel point nous sommes lents…

Heureux d’avoir nos visas Turkmènes !

D’autres tracas administratifs nous rattrapent, le visa Chinois. Un jour complet de préparation pour finaliser ce visa nous a été nécessaire. La demande est simple, ne pas dire que l’on souhaite passer par la région du Xinjiang. Pour cela, il est nécessaire d’inventer un voyage de toutes pièces : copier puis coller un itinéraire touristique, réserver de faux billets d’avion, de fausses nuits d’hôtels et tout apprendre par cœur… lors du dépôt de dossier, certains ont eu le droit à un interrogatoire. « Nous partirons » donc de Baku direction Pékin le 21 octobre 2019, visite de l’est de la Chine prévue en un mois…

Une fois devant le guichet, l’agent chinoise regarde scrupuleusement le dossier et nous demande de le classer à nouveau. Elle regarde que toutes nos dates coïncident bien mais quelque chose la chagrine. Nous sommes le 21 juillet et elle est inquiète que nous restions bloqués à l’aéroport car la demande serait faite trois mois plus tôt exactement. Comment lui dire que tout est faux et que nous ne prendrons jamais cet avion… Nous devons repasser trois jours plus tard pour cause d’excès de zèle (retrouvez notre article sur la procédure d’obtention de visa) !

Au détour d’une rue de la capitale, il n’est pas impossible de voir ces enfants qui travaillent, tirent de lourdes charges, ramassent les ordures et tiennent de petits chariots vendant des objets « made in China ». Ce ne sont pas des enfants du pays mais de celui du voisin. Eux-mêmes turbulents aux yeux de la communauté internationale, le regard des iraniens sur les afghans est intéressant tant on entend parler de ce pays depuis bientôt 19 ans. Les liens avec l’Afghanistan sont une relation d’amour-haine comme cela est visible entre pays voisins qui partagent beaucoup plus qu’une simple frontière. L’Afghanistan est un pays à l’histoire riche et ancienne qui dominât même la perse pendant quelques décennies. Afghans et iraniens partagent une langue (le dialecte afghan est appelé dari).

Mais les immigrés afghans sont aussi les boucs émissaires des iraniens (comparable à la condition des Roms en France) et sont également la main-d’oeuvre à bas prix du pays. Très souvent exploités par les iraniens, ils ont une mauvaise réputation et les tâches les plus rudes leurs sont réservées.

Bien entendu, cette relation n’est pas exclue de petits plaisirs : Hashish, Opium et Marijuana afghans qui coulent à flot en Iran et sont réputées être les meilleurs de la région…

Fenêtre – Damavand

Pour échapper au brasier urbain, nous avons décidé de monter dans les hauteurs du pays à côté du Mont Damavand. Nous avons été reçus par Mina et Saïd, ce qui devait être une invitation gracieuse s’est terminé en nuit d’hôtel… Cette expérience nous aura tout de même permis de nous rafraîchir quelques jours et de rencontrer de gentils tchèques également de passage. Cette maison perchée sur la colline est à l’abri des regards, Mina s’habille donc comme elle le souhaite, petite robe à bretelles et longues nattes qui dansent dans le dos. Cela me permet de faire aussi une pause, je ne suis pas obligée de me voiler tous les jours. Ces jeunes ne sont ni pratiquants, ni croyants. Un soir où ils font la fête avec des amis, l’un d’eux boit de l’arak « maison » sur le balcon en fumant de la marijuana quant tout à coup le muezzin appel à la prière… nous leur demandons pourquoi cela ne les dérangent pas de faire ce qui est interdit pendant les heures de prières. Le jeune homme répond « Tout est interdit en Iran mais tu peux faire ce que tu veux et sans doute encore plus facilement qu’en France ». Le « système D » iranien… vivant sous la contrainte depuis de nombreuses années, les iraniens ont appris où se fournir en alcool auprès des arméniens par exemple ou comment le fabriquer soi même, où s’approvisionner en tabac, en autres drogues ou encore comment contourner les règles pour avoir accès à la totalité des sites internet.

Jeunes, ouverts et bravants quotidiennement les interdits mais souvent bloqués dans leurs traditions. Une fois de plus, seuls les hommes parlent. Je dirai même plus les mâles dominants, les autres se taisent. L’ami du couple les ayant rejoint n’est pas inclus dans les discussions. Julien ayant les attributs adéquates bénéficie de l’attention de Saïd. À côté, les regards et les questions ne me sont pas adressées et encore moins à Mina. Les jeunes iraniens fuyant leurs traditions ne les appliquent pas jusqu’au bout, autour d’une table les femmes ont moins le droit au chapitre que leurs homologues et lorsqu’il s’agit de questions politiques ou de sujet de société, elles restent également en retrait. De nombreux iraniens furent quelques fois surpris de mes prises de paroles et la réponse fut souvent donnée à Julien.

La religion n’est pas la seule à promouvoir ces relations entre les sexes, il s’agit aussi et surtout d’une conscience collective. Les femmes jouent le rôle qui leur a été attribué par leurs mères et leurs pères il y a des années et les hommes continuent à jouer le leur. Toute la société tente de conserver ce schéma et comme ailleurs le changement dérange.

Téhéran

De découvertes en découvertes, ce pays nous fascine ! Le décompte est fait et il nous reste une dizaine de jours avant que notre visa expire. Un dernier passage obligatoire à Téhéran puis cap à l’est de l’Iran en direction du Turkménistan…

Lectures

  • Terence Ward, « À la recherche d’hassan: une odyssée américaine en Iran », Éditions Intervalles, 2015

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