Iran, de Nordooz à Téhéran, tome 1

Les reliefs du sud de l’Arménie franchis, nous avions passés quelques jours dans la ville d’Agarak hostile ville frontalière de l’Iran pour rejoindre le pays…

Une fois le pont traversé, nous avons été reçus par l’armée iranienne. Souriants les soldats nous ont laissé passé aisément avec moults « Welcome in Iran ! ». Lors du contrôle des sacs, plusieurs iraniens nous sont passés devant et nous avons mis du temps à garder notre place et à nous imposer. À la sortie, nous trouvons un bureau de change dans lequel nous changeons quelques dollars. En Iran, l’argent c’est toute une histoire. Il n’est pas possible de retirer dans le pays et nous avons sur nous plusieurs centaines de dollars. De plus, il y a différentes manières de changer son argent, dans les banques, dans les bureaux de change officieux ou encore dans la rue. Selon les moyens utilisés, les taux peuvent être très différents et c’est ce que nous avons découvert quelques heures plus tard. L’énorme liasse de rials en main, nous recomptons les billets. Nous sommes très surpris, l’employé nous a donné beaucoup trop d’argent par rapport à ce que nous envisagions. Environ 100 dollars de plus! Il nous indique pourtant que le compte est bon. Heureux, nous pensons avoir fait une affaire et gagné notre journée !

Nous évitons tout de même de sauter dans le premier taxi bien que nous en ayons très envie… le soleil monte vite et nous démarrons l’auto-stop. Sur la majeure partie du trajet, nous n’avons aucun problème à nous déplacer et à trouver des conducteurs. Pour certains, ils parlent même turc ce qui est pratique pour faire un peu de conversation. Durant les premiers kilomètres, les paysages le long du fleuve sont incroyables. Des sédimentations de toutes les couleurs s’empilent et créent des reliefs aiguisés assez élevés pour enserrer l’eau qui serpente au milieu. Une végétation d’un vert vif profite de cette aubaine pour se développer. Rapidement, de l’autre côté du fleuve l’Arménie est remplacée par l’Azerbaïdjan, la petite enclave du Nakhitchevan proche de son allié turc.

Le Long du fleuve Arax

Midi, le soleil brûle au zénith, nous nous mettons à la recherche de quoi faire une pause dans la ville de Marand mais ce n’est pas sans peine. Plutôt satisfaits de notre réussite du matin, nous finissons par nous laisser convaincre et montons dans un taxi en direction de Tabriz. Une nouvelle fois, le rial nous joue des tours. Le montant annoncé par le chauffeur de taxi est indiqué en toman. Étant donné que la monnaie locale est très dévaluée et comporte de nombreux zéros, les iraniens comptent en enlevant un zéro au montant. Cela peut rapidement faire changer le prix puisque par exemple 100 000 rials sont équivalents à 2,12 euros (taux du 8 septembre qui peut varier fortement en une heure de temps). Une fois rendus à Tabriz, nous avons un peu déchanté mais la course semblait vraiment peu chère. Il en fut de même pour l’hôtel. Le réceptionniste nous demande de payer environ 2 millions de rials (44 euros) alors qu’internet indiquait le prix d’une chambre à 15 euros. Nous venons de comprendre et maugréons de notre naïveté et notre stupidité… de vrais bleus ! Les taux de change des banques sont très inférieurs à ceux des bureaux non officiels et les commerces s’alignent sur le prix de ces derniers. Le matin même, nous avons donc retiré à un bureau officieux et non à une banque. Et juste pour le plaisir, nous nous sommes offerts une petite course de 70 kilomètres… Cela commence bien ! (Retrouvez notre article pour en savoir plus !)

Pour nous remettre de notre première journée, nous allons dîner dans un restaurant conseillé par notre aubergiste. Excités de tester la cuisine iranienne tant fantasmée depuis quelques mois maintenant, nous aurons l’occasion de déguster un très bon qormeh sabzi, végétarien bien entendu ! Si nous arrivons à conserver notre régime végétarien depuis la France, ce n’est pas sans difficultés notamment au sud de la Turquie et nous appréhendons également l’Iran. Ne pas consommer de viande ou de poisson nous éloigne quelques fois de la culture locale mais cela nous a évité quelques indigestions apparemment !

Sur les toits de Tabriz

Comme la plupart des villes iraniennes, Tabriz est composée de bâtiments de plusieurs étages de couleur sable avec toiture terrasse. Cette architecture est reconnaissable partout dans les banlieues du Moyen-Orient. Comme les autres cités persanes, elle s’étend de manière tentaculaire et paraît sans fin. Classé à l’Unesco, le grand bazar de Tabriz est connu pour être le plus grand marché couvert du Moyen-Orient. De larges dômes et de plus petits se succèdent en galerie, au rez-de-chaussée c’est la cohue. Les petites échoppes, le plus souvent organisées par secteurs et selon le type de produits vendus, débordent largement dans l’espace central. La foule et les acheteurs se massent autour des épices, des parfums ou encore des vêtements. Les hommes vendent, les femmes achètent. Recouvert de briques ocres, les raies de lumière pénètrent par les percées au sommet des dômes et créent une atmosphère particulière. Nous y sommes à l’heure de pointe et il est aussi difficile de trouver une sortie comme de se frayer un espace suffisant pour circuler. Il faut se fondre dans la foule, jouer des épaules, éviter les porteurs qui poussent de lourdes charges sur leurs engins roulant tout en criant pour obtenir de l’espace et faire comme tous ces iraniens, nager dans ce bain de foule. Tous les sens sont en émois. Les couleurs sont vives et chatoyantes, les senteurs prenantes et envahissantes, piment, cumin, eau de rose, le bruit assourdissant, les gens se touchent et se bousculent pour essayer de se faire une place. Au détour d’une allée, nous trouvons une petite cour arborée dotée de plusieurs fontaines. Un chat grimpe sur un chariot en métal installé à la verticale pour essayer d’attraper une libellule posée au sommet. Plusieurs minutes s’écoulent à observer ce félin qui hésite, la matière est très lisse, un faux mouvement le ferait tomber et envoler sa proie. L’envie de chasser est plus forte que le reste, il s’élance, glisse et tombe piètrement sur le sol en formant un nuage de poussière tandis que la libellule disparaît dans la clarté du jour.

Si proche du but – Bazar de Tabriz

Nous rions de cette scène et un autre iranien fait de même. Je le regarde et il nous sourit. Tout à coup, je me rend compte que je ne devrais pas faire cela. En Iran, les femmes n’ont pas le droit de rire en public. Je me couvre légèrement ma bouche avec mon voile. Soudainement, je réalise que je suis heureuse de retrouver une telle joie spontanée. La gentillesse et la bienveillance des arméniens et des géorgiens sont bien réelles mais ils ont ce je ne sais quoi de tristesse ou de russe qui les rend à la fois mélancoliques, distants et froids par moment.

Les iraniens sont chaleureux et joviales et d’un naturel enjoué et dynamique. Curieux et l’œil vif, ils nous courent après dans les méandres du bazar pour nous vendre des tapis ou seulement pour parler avec nous. « Where do you come from? » ils disparaissent puis réapparaissent plus loin « Are you tourists ? » et disparaissent à nouveau. Je n’existe pas, ou peu aux yeux de ces hommes qui s’adressent à Julien, ce qui peut être à la fois désagréable mais aussi avantageux. Je le laisse se dépêtrer avec ces persans quelques fois insistants puisque je n’ai pas mot au chapitre. D’autres l’ont compris, une femme occidentale a également un pouvoir d’achat. Pour mieux vendre un tapis, il est important de parler à la fois aux hommes et aux femmes. Donc certaines fois, un iranien me regarde et me questionne.

Bazar de Tabriz

Contrairement à nos précédentes expériences et au vu des températures constantes autour de 45 degrés, nous décidons de prendre majoritairement les transports en commun pour visiter le pays. Le trajet en train de Tabriz jusqu’à Qazvin est long d’environ 600 kilomètres et prend 12 heures. Réservé à l’avance, notre compartiment visiblement plein dispose de 6 couchettes. Julien est aux anges de pouvoir tester le train iranien. Avant de pénétrer sur le quai, nous sommes contrôlés. À chaque passage dans une gare, il nous faudra nous présenter auprès d’un agent de police afin de lui montrer notre visa et qu’il procède à notre enregistrement. La nuit ne sera pas vraiment de tout repos, une famille composée d’un couple, d’une grand mère et de deux enfants nous rejoindront sur les coups de minuit. La grand-mère dort avec son voile quand à la jeune femme, elle l’enlève avant de se coucher. Le compartiment est propre mais très étroit pour tout ce petit monde. L’homme ronfle de concert avec Julien, le tout est recouvert par le bruit régulier des roues ferroviaires contre le métal. Le lendemain, ce dernier prend un appel à 6 heures et parle comme s’il était seul…

Dans le train de nuit – En direction de Qazvin

Au petit matin, nous arrivons à Qazvin. Jolie ville aux belles mosquées, dont la Masjeh Jameh (mosquée du vendredi), un beau caravansérail entièrement réhabilité, un marché et un mausolée richement décoré dans lequel je dois me couvrir d’un linge ressemblant plus à une nappe fleurie qu’un tchador. Immense, je m’enveloppe dans ce tissu que je laisse malgré moi traîner sur le sol. Une iranienne me fait la leçon. Nous ne faisons halte dans cette ville seulement quelques heures, avant que le train nous emporte vers Téhéran en fin de journée. Il roule à vive allure et nous avons le droit à la télévision. Un film iranien, genre de comédie, présente deux hommes évadés de prison dont le parcours est semé d’histoires. Les actrices sont voilées, même « chez elle ». Dans le train, des publicités sont placardés, un bébé en couche-culotte trône fièrement en souriant sur un plan d’appartement à vendre.

Mi-fantôme, mi-nappe ma première tentative de camouflage – Mausolée de Imamzadeh Prince Hossein
Caravansérail de Qazvin

Téhéran, l’approche de la ville se fait sur plusieurs kilomètres. Plus la capitale devient visible, plus les reliefs du nord du pays disparaissent sous la poussière grise de la pollution. De grosses industries et usines sont implantées, dont certaines bien connues. Lorsque les terrains sont laissés libres, les champs prennent place. Le blé a été fauché depuis quelques jours maintenant et la terre, brûlée par endroits. Quelques autres cultures, des vignes non contraintes, des choux ou des arbres fruitiers. Les retenues d’eau postées en l’air sont visibles partout. De nombreuses décharges à ciel ouvert où des amas de plastiques se consument doucement en dégageant une fumée noirâtre.

Bien que la climatisation soit très forte dans le train, la vitre est brûlante. La terre est sablonneuse, quelques bêtes dans les troupeaux restent couchées à l’écart abattues par le soleil. C’est à se demander comment est-ce qu’elles font pour survivre. Des hommes dans les champs, sur le bord des routes, à vélo ou encore à moto. Seul ou par deux, poussiéreux dans la lumière du soir couchant. Quelques rares femmes voilées nettoient leurs pas de porte. Par endroit tout est gris, le sol, les montagnes, sans épargner le ciel. Rares rolliers d’Europe, quelques pigeons, moineaux, pies et corneilles mantelées se partagent le territoire aérien brûlant et pollué.

Il est 20 heures lorsque nous sortons du train et la chaleur qui nous saisie est indescriptible. Une seule respiration noie les poumons dans un bain bouillant et asphyxiant. Nous rejoignons notre auberge de jeunesse où nous resterons quelques jours, le temps de préparer nos visas turkmènes (prochain article en cours sur le sujet!). La capitale iranienne est bruyante, saturée d’automobiles et d’engins en tout genre. Au nord, les beaux quartiers (un peu) préservés de la pollution et du bruit, au sud le peuple mêlé à la grisaille et à l’agitation. Cette ville est un immense bazar à ciel ouvert. Chaque rue est définie par le type de produits vendus, certains quartiers sont remplis de boulons, vis et autres objets métalliques, puis à l’angle suivant, les commerces débordent de pelotes de laines fraîchement teintées, plus loin des faire-parts et des cartes de vœux, ailleurs, des pièces détachées pour les automobiles, des magasins spécialisés dans la vente du coran ou encore des rues dédiées aux banques ou au matériel de sport. Encore autre part, des vêtements à perte de vue, soutien-gorges et autres sous-vêtements ont une place de choix. Des femmes complètement voilées choisissent ces dessous affriolants à la vue de tous sans que cela ne pose de problème. C’est le monde à l’envers ! Chez nous, il faut rentrer dans un magasin pour les essayer derrière un rideau et se cacher des regards d’autrui. Une fois terminé, les femmes sortent des magasins vêtues de jupes courtes ou de plongeant décolletés leurs emplettes sous le bras. Alors qu’ici, elles sont habillées des pieds jusqu’à la tête voir certaines fois même jusqu’aux yeux et achètent leurs culottes et autres lingeries fines au beau milieu de la rue !

Échoppe de bazar – Kashan
Au milieu de la route – Téhéran

La température baisse peu pendant la nuit, lors des jours de chance, elle oscille autour de 32 degrés. La journée, le thermomètre s’emballe et il peut facilement atteindre les 40 degrés et s’envoler au-delà. Aussi, dès que nous sommes à l’extérieur la fournaise est accablante, à l’intérieur les climatiseurs fonctionnent sans répit et glace le sang rendant le contraste entre l’intérieur et extérieur encore plus difficile à vivre. Sans discontinuer, nous cherchons un peu de fraîcheur, dans les appartements ou dans les restaurants. Tout le monde est équipé ce qui augmente également la température de la ville. À Téhéran et ailleurs, seuls les parcs constituent un véritable havre de paix, une oasis de verdure permettant de pallier aux moments les plus chauds de la journée. Lors d’une promenade, des iraniens nous abordent, ils veulent jouer une partie de ping-pong avec nous, il fait 45 degrés… Le soir, tout le monde sort et envahit les rues, les parcs, les cafés et les restaurants pour profiter des quelques degrés en moins. Être voilée en plein mois de juillet est difficile à supporter, le seul avantage est que cela permet d’éviter les insolations.

Parc et verdure – Téhéran

L’auberge de jeunesse Heritage est un excellent repère pour les voyageurs. Plus de la moitié des résidents sont soit des européens en transit vers l’Asie, soit des asiatiques en transit vers l’Europe. Beaucoup de cyclistes occidentaux, français, belges, espagnols, allemands, néerlandais et puis quelques voyageurs sans moyen de transport fixe, des turcs et des allemands aussi. Le seul profil manquant est celui du voyageur en van ou camion qui n’a pas l’utilité de dormir en auberge. La capitale iranienne est un incroyable endroit pour rencontrer du monde, des iraniens de tous horizons et aussi des voyageurs. C’est donc l’occasion d’échanger des bons conseils avant de se rendre dans les différentes ambassades. De notre côté, nous avons choisi de commencer par le visa turkmène car il peut prendre environ 10 jours ce qui nous laisse le temps de visiter le sud du pays et d’aller rôtir ailleurs. Une fois le dossier déposé et après quelques échanges avec certains voyageurs, le tour est loin d’être joué… Inch’allah comme il est dit par ici et rendez-vous dans une dizaine de jours. Durant notre séjour, nous n’avons pas vraiment pris le temps de visiter Téhéran. Entre la chaleur et les documents administratifs, il est plus facile de siroter un jus de pastèque les pieds au frais dans l’eau de la fontaine de l’auberge.

Avant notre départ, il nous reste une dernière corvée à effectuer. Des maux de dents depuis quelques jours me poussent à consulter un dentiste. Après plusieurs appels dans différents centres, aucun n’est disponible rapidement. Mon choix s’est finalement reporté sur une clinique médicale à proximité de notre logement qui selon internet est bien notée. En échangeant avec le personnel, une jeune infirmière vient à ma rencontre. Elle dit parler anglais mais rapidement je comprends que la conversation sera limitée. Le laboratoire est propre et ils semblent professionnels, je décide de rester. De longues minutes s’écoulent, plusieurs radiographies des dents. Le diagnostic est donné, j’ai deux caries. Pour l’une, il n’y a pas de doute, pour l’autre j’en suis moins convaincue. Je leur demande de me montrer les documents et d’avoir des explications. Je me laisse convaincre et m’allonge sur le siège du dentiste. Il faut savoir qu’il y a plusieurs patients dans la salle des soins, à ma droite un autre dentiste utilise la fraise sur un iranien. Afin de lui expliquer mes antécédents dentaires, j’essaye d’établir le contact avec le médecin qui ne parle que quelques mots d’anglais. Ce dernier n’est pas très enclin à discuter avec une femme et la conversation est de courte durée. Quelque chose ne va pas, il demande à refaire d’autres radiographies…Cette fois-ci, la jeune femme m’explique que la deuxième carie ne se situe pas à proximité de la première mais qu’il s’agit de celle du dessus. Je commence sérieusement à m’énerver et surtout à m’inquiéter ! Je sors mon carnet pour dessiner mes dents, m’assurer de la localisation des caries pour éviter qu’ils ne me les percent toutes et je demande à Julien de venir dans la salle de soin pour essayer de discuter avec le dentiste afin d’avoir le cœur net. Nous leur demandons plusieurs confirmations, quelles dents et pourquoi. Au bout de quelques minutes, Julien commence à tourner de l’œil, les roulettes appliquées au patient d’à côté ne lui réussissent pas. Heureusement que je ne suis pas en train d’accoucher ! Je me retrouve à nouveau seule avec l’infirmière et le dentiste qui malgré le traducteur du téléphone ne réussissent pas à me rassurer. Résignée, je m’allonge sur le siège en espérant qu’ils sachent lire correctement des radiographies dentaires… Je passe plus de 5 heures sous un climatiseur énervé pour me faire enlever deux caries. Je suis rentrée en ayant mal aux dents et je suis ressortie sans douleur, enfin presque. L’infirmière nous a donné des roses en partant pour nous remercier. Remercier d’avoir été patients, d’avoir choisis cette clinique, de leur avoir fait confiance, je ne le saurait jamais…*

Après ces péripéties, direction Kashan ! Quelques heures de bus suffisent pour rejoindre cette ville située au sud de Téhéran, proche d’un grand désert. Le bus démarre, il y a deux grandes routes séparées par un terre plein. Et puis plus rien. Le sable, cette vaste terre jaune ocre quelques fois parsemées de petits buissons téméraires. Un sable blond, blanc par endroits, noircis à d’autres. Des flaques de couleurs. L’épaisseur du sable, l’étendue sillonnée par des traces de pneus. Au lointain, le gris du ciel bleu flotte au dessus de la terre brûlante.

Route du désert – en direction de Kashan

Nous sommes accueillis par Medhi et sa famille, Fariba, Pouya et Parsa. Adorables iraniens chez qui nous avons commencé à découvrir l’envers du décor, l’intérieur des maisons, la véritable cuisine iranienne, celle des femmes et l’intimité en famille. Medhi travaille dans le secteur de la fabrication de tapis. Fariba, après avoir donné naissance à ses deux garçons, est devenue psychologue pour les enfants handicapés. À 55 ans, elle est aujourd’hui à la retraite. Après environ 30 années de travail, elle s’est arrêtée et ils vivent confortablement avec le salaire de son mari, qui continue son métier par passion. Bien qu’ils fassent partie de la classe moyenne iranienne, la monnaie se dévalue de jour en jour, ils n’ont plus la même qualité de vie qu’auparavant. Nous conversons sur tout, la politique, le gouvernement, la révolution, la religion, les mœurs. Comme à mon habitude, je me risque et mets les pieds dans le plat, je leur demande comment l’homosexualité est perçue par les iraniens et s’il existe des réseaux cachés. Téhéran serait le « meilleur endroit » pour « s’assumer » en tant qu’homosexuel. Cosmopolites, les grandes villes sont des lieux de brassage qui favorisent l’anonymat. Medhi me pose des questions sur la places des homosexuels en France, j’évoque le mariage et surtout raconte que j’ai deux mères qui se sont mariées il y a quelques années. Il est devenu blême et me demande « Je peux comprendre l’homosexualité mais pourquoi ont-elles besoin de se marier ? ». Je rit et explique rapidement qu’il s’agit d’avoir les mêmes droits et devoirs que les couples hétérosexuels, l’héritage et la succession, la sécurité, officialiser son union envers l’état et faire une grande fête, comme pour les couples hétérosexuels et comme en Iran en somme, Dieu en moins bien entendu. Il a hoché la tête, je ne suis pas sûre de l’avoir convaincue mais je pense qu’il ne nous mettra pas à la porte ce soir !

En présence de Julien, Fariba porte le voile chez elle. Lorsqu’il n’est pas là, elle l’ôte et dévoile sa jolie chevelure châtain. Elle semble plus pratiquante que son mari. Un jour, nous leur posons la question « Croyez vous en Dieu et êtes vous pratiquants? ». Medhi me répond « Oui, nous croyons en Dieu. Nous nous levons à l’aube, ma femme et moi pour faire la prière du matin ». Fariba se moque de lui et rigole : « Tu te lèves tôt pour prier? » lui réplique-elle en Farsi, « tu voulais sans doute dire que je me lève tôt pour prier! » continue-t-elle. « Oui enfin, tu es plus pratiquante que moi, tu le sais bien » répond-t-il à demi mot. Un peu plus tard Medhi m’explique que la religion n’a rien à faire avec l’Etat, chacun devrait être libre de pouvoir prier le dieu qu’il souhaite sans que le gouvernement n’ait un lien avec cela.

Leur fils aîné a candidaté pour aller faire des études au Canada ou aux Etats-Unis, il guette ses résultats qui devraient arriver rapidement. Contre toutes attentes, les iraniens adorent la culture américaine et leurs dérivés. Il est tout à fait surprenant de voir à quel point le peuple fantasme ce pays alors que de l’autre côté, le président américain les qualifient de tous les noms et humilie leur pays sur la scène internationale. Si Pouya part étudier aux Etats-Unis, il ne pourra pas rentrer chez lui avant la fin de ses études de peur de ne jamais pouvoir les terminer. Le système éducatif américain attire toutes les têtes bien faites de l’Orient et les jeunes des classes supérieures et moyennes. Quelques fois les enfants reviennent au pays, d’autres fois ils se font happer par le rêve américain.

Mosquée du vendredi – Kashan

La vieille ville de Kashan est construite en terre ocre et paille. Cette conception utilisée souvent autrefois permet de résister plus facilement à la chaleur. Après les fortes pluies, il est nécessaire d’en reconstruire certaines parties. La cité est belle, plusieurs jolies mosquées (notamment Mosquée Agha Bozorg), de magnifiques maisons de maître semi-enterrée et décorée où l’architecture devient un moyen utile pour faire circuler le vent (la maison des Abassi) et rafraîchir les pièces de la demeure et enfin le bazar. Très beau marché couvert aux nombreuses galeries, aux fontaines rafraîchissantes et aux coupoles d’un bleu incroyable font perdre la tête.

Bazar de Kashan
Maison des Abassi n°1 – Kashan

En Iran, les hommes font le service au restaurant, dans les cafés, dans les fast-food, sur les aires de repos. Les hommes nettoient les rues et les gares. Ils tiennent les échoppes dans les bazars, ramassent les déchets, conduisent les bus, les trains et contrôlent les passagers. Les quelques femmes que nous avons vu travailler sont derrière le guichet des gares ferroviaires ou certaines fois dans celles de bus. Nous en avons rencontré d’autres qui étaient comptables, professeurs, ingénieurs ou encore responsables dans des agences de voyage. Il semblerait qu’elles n’effectuent pas de métiers aussi physiques que leurs homologues, a contrario de ce que nous avons vu dans les pays voisins. Soumis à l’empire soviétique, tout le monde devait avoir un travail augmentant ainsi le nombre d’aliénés et participant à l’égalité des sexes. Une égalité fictive dans les pays de l’ex URSS, puisque la plupart du temps les femmes sont moins bien payées et continuent à tenir la maison ainsi qu’à élever les enfants. Une double peine qui reste comme dans nos pays européens un long chemin vers une égalité à défendre.

Maison des Abassi n°2 – Kashan
Maison des Abassi n°3 – Kashan

Ici et selon la religion musulmane, « Le paradis se trouve sous les pieds de nos mères ». Les enfants se doivent donc d’en prendre le plus grand soin. La religion cache les femmes, les rendant moins présentent dans l’espace public. Cependant, c’est elles qui tiennent la maison et décident souvent de ce qui s’y passe. Medhi nous raconte que lorsqu’ils se sont mariés, il a juré de leur assurer une maison et des revenus alors que Fariba a dit qu’elle s’occuperait de l’intérieur, de l’éducation et de la tenue de leur foyer. Les femmes s’occupent de tout sous le regard de leurs maris et enfants, le plus souvent assis lorsqu’il s’agit de garçons. Elles le savent et tiennent ce rôle qui leur est donné depuis leur prime jeunesse. Fariba nous raconte en rigolant à moitié : « En Iran, les femmes font tout, la vaisselle, le ménage, la cuisine, le repassage… pendant ce temps-là les hommes restent assis dans le canapé à se faire servir en regardant la télé ».

Il est temps pour nous de lever l’ancre et à contre-cœur, nous quittons cette famille accueillante et généreuse dans l’espoir peut-être de les retrouver lors de notre chemin retour…

Maison des Abassi n°4 – Kashan

*Nota Bene : Je tiens à préciser que nous écrivons nos articles avec du retard et que deux à trois mois séparent les faits de la publication. Il ne faut donc pas s’inquiéter outre mesure !

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