Arménie, de Garni à Agarak, tome 3

A la suite de longues et chaudes journées à Yerevan et le visa iranien en poche, nous repartons vers le sud du pays…

L’Arménie, des frontières tracées par l’histoire

La première destination après la capitale fut Garni. Un des immanquables arméniens est là, le monastère de Geghard. Niché dans les sillons de la montagne, il est saturé de visiteurs mais le monument n’en reste pas moins imposant et superbe. Certaines parties sont creusées à même la roche, telles des grottes d’où jaillissent des sources sacrées et d’innombrables arméniens se massent tout autour pour prier. Pour les autres chapelles, une roche volcanique sombre est employée. Des colonnes massives soutiennent des dômes en pierre, des ouvertures rondes dont les pourtours sont sculptés dans la pierre laissent pénétrer la lumière. Tout est jeux d’ombre et de clarté. Les tableaux des portes sont également sculptés, oiseaux, fruits et formes géométriques s’entrelacent.

Monastere de Geghard

Plus bas dans la vallée, d’importantes formations géologiques sont présentes, les orgues de basalte. Ces longues pierres verticales et sinueuses s’allongent sur des dizaines de mètres et sont visibles dans toutes les gorges. La nature est très belle, une eau transparente coule dans la rivière et la température est plus fraîche. Des oiseaux inconnus semblables à de grosses perdrix s’enfuient lorsqu’elles nous entendent. Nous reprenons la marche et le stop qui nous emmèneront au prochain monastère. Les paysages défilent sous les roues des voitures de passage, les routes défoncées se déploient sous nos pieds alors que le soleil ne cesse de s’abattre toujours un peu plus sur nos têtes, les gorges disparaissent, laissant place à de hauts plateaux secs et rocheux. Quelques fois une oasis de verdure et de culture, pêchers, abricotiers et autres arbres fruitiers offrent un refuge luxuriant. La plupart du temps, grillons et criquets s’en donnent à coeur joie et les cochevis huppé sautillent à travers les graminées d’or.

Orgues de basalte
Routes sinueuses et arides

Un grand-père nous cueille sur le bord d’une route dans sa Volga à bout de souffle, assis sur des sacs de pommes de terre nous finirons par rejoindre la route principale. Nous visiterons le même jour Khor Virap. Un monastère qui louche sur le mont Ararat anciennement arménien, si proche mais pourtant bien loin. L’histoire de la montagne est étroitement liée aux religions du Livre. Selon la légende, l’Arche de Noé se serait échouée au sommet de ladite montagne. Quant au monastère, bien qu’il soit un lieu de pèlerinage important pour les arméniens, il ne possède rien de captivant. Le mont est très souvent enveloppé d’épais nuages et à ses pieds des champs s’étalent à perte de vue. Il s’agit du grenier de l’Arménie.

On ne montre pas du doigt !

Le pays est une terre propice pour l’observation des oiseaux. Ayant repéré un endroit, je demande l’arrêt à notre conducteur qui semble surpris. Dans une végétation composée de hauts roseaux et de quelques arbres, nous avançons sur une piste de terre. Julien n’est pas vraiment ravi de cette pause en plein soleil pour observer des oiseaux… Un fermier nous arrête et nous interdit de pénétrer dans l’espace d’observation, il semblerait que si nous dépassons l’arbre qui se situe à une centaine de mètres les turcs nous tireraient dessus. Il faudrait être un tireur d’élite pour réaliser cette prouesse, la frontière étant située à plusieurs kilomètres. Il finit par nous laisser entrer sur une autre piste plus à l’écart et nous impose de ne pas dépasser une petite cabane en bois à quelques mètres plus loin… l’observation fut de courte durée, les interdictions, le vent et la bonne humeur de Julien n’ont pas facilité la tâche !

Le mont Ararat et son voisin, sanctuaire ornithologique

Des paysans nous donnent des kilos d’abricots et de pêches, les bras chargés une voiture nous ramasse à la sortie de la route. Pour nous laisser de la place sur la banquette arrière, nos conducteurs yezidis déplacent dans le coffre une bassine remplie de tripes et d’entrailles baignant dans un sang frais. Les amortisseurs du véhicule doivent être inexistants. De quoi nous donner la nausée jusqu’à la fin du trajet… nous finissons cette journée pleines de rebondissements et de belles images en tête dans un hôtel tenu par un adorable arménien qui nous offrira généreusement le souper.

Le lendemain, nous visitons le monastère de Noravank. Sublime édifice perché lui-aussi au sommet d’une montagne, il bénéficie d’une vue plongeante sur les falaises et le vaste canyon. Le bâtiment est construit en pierre ocre et sanguine et possède une particularité, il dispose d’un étage accessible par d’étroits escaliers accolés à la façade. La localisation autant que l’édifice sont majestueux.

Porte du monastère, Novarank
Montagnes rougeoyantes, Novarank

A notre arrivée dans la ville de Goris, le soleil fut happé par un fort orage. Nous avons traversés d’ouest en est l’Arménie avec Garen, militaire en garnison. Durant le trajet, les nuages ont léché les montagnes et englouti les vallées. Les plateaux sont recouverts d’herbes grasses, de fleurs et de frêles buissons. Par moments, un mouvement géologique crée une faille laissant la terre anthracite à nue.

Maîtres du ciel, de grands oiseaux aux larges ailes déployées sillonnent les airs. Tristement, ils évitent les nombreux fils des pylônes électriques qui rythment sans fin ce paysage d’altitude. La ville de Goris est triste et sa population est constituée principalement de miliaires qui peuvent être mobilisés à tout moment pour intervenir dans la République d’Artsakh.

Lorsque le ciel nous tombe sur la tete

Dans l’hôtel repéré, nous essayons de négocier le tarif à la baisse. Contre toute attente, la logeuse descend même en-deçà du prix demandé… en sortant de la douche, nous retrouvons par hasard et avec joie, Swee et Mirek, la femme de singapour et l’homme polonais que nous avions rencontrés quelques jours plus tôt à Yerevan. L’hôtel est tenu par un homme d’une soixantaine d’années qui dort dans le salon. Il nous invite à s’asseoir avec lui pour faire la conversation en russe et nous propose des fruits. Il souhaite nous indiquer des amis taxis pour nous emmener visiter les lieux touristiques des environs. Il nous raconte que l’on ne fait pas de stop en Arménie, qu’il faut faire cela de cette manière et pas d’une autre… bref, de quoi me chauffer les oreilles que je ferme jusqu’à la fin de la conversation et laisse Julien à la manœuvre.

Il termine de m’exaspérer complément le lendemain matin au petit-déjeuner. Pendant que la logeuse nous sert les plats, cuisine, range, lave et essuie, il mange et discute avec nous. Ne parlant que russe, Mirek doit faire la traduction pour tout le monde. Espérant nous faire rire, il nous raconte une histoire.

« Un jour j’ai rencontré un couple italien qui était venu passer des vacances en Arménie. En discutant avec eux, je leur ai demandé s’ils désiraient avoir des enfants. Ils m’ont répondu « avec joie ! » Je leur ai demandé s’ils préféraient avoir un garçon ou une fille, ce à quoi l’homme a répondu « un garçon » quant à la femme ce fut « une fille ». J’ai rit et je leur ai confié un secret: « Si vous souhaitez avoir un garçon, il faut vous dépêcher de faire l’amour ici, en Arménie nous ne faisons que des petits garçons et les meilleurs qui plus est» ». Il rit à gorge déployée à la fin de son histoire. De mon côté, je lui ai fait mon regard des meilleurs jours, plutôt noir que vert… je me suis retenue de lui manquer de respect et lui demande simplement comment est-ce qu’ils font pour avoir des enfants s’il n’y a que des garçons dans ce pays. Ce à quoi il me répond que « les garçons sont conçus dans les montagnes c’est pour cela qu’ils sont forts et les femmes dans les villes »… hum c’est donc pour cela qu’elles font très bien la cuisine et la vaisselle ?

Kapan

Fatigués des monastères, nous décidons volontairement de ne pas monter visiter celui de Tatev. La frontière iranienne se rapproche et l’envie de changer de pays commence à nous démanger. C’est un peu comme lorsque vous ne connaissez pas vraiment le menu mais que l’on vous a beaucoup parlé du restaurant et le mieux c’est que vous avez réservé ! D’ailleurs, nous nous arrêtons en chemin pour déjeuner dans la ville de Kapan, ancienne cité minière, l’architecture soviétique est rude, une rivière coule bordée par les habituels platanes. La ville lutte pour sortir du marasme économique, elle tend à devenir une nouvelle base de lancement touristique vers la nature environnante. Un petit garçon dodu se baigne dans la fontaine du parc municipal tandis qu’un homme ivre nous tient la jambe lors du déjeuner.

La chaine montagneuse du sud du pays

Après quelques voitures et plusieurs heures d’auto-stop, nous arrivons aux pieds de la chaîne montagneuse du sud du pays. La route est magnifique. Les reliefs sont impressionnants et de grandes forêts les recouvrent. A de multiples endroits, elles ont été tranchées par l’homme. Comme s’il s’agissait de beurre, elles sont découpées, limées et éventrées à notre guise. Dans le fond d’une vallée, un lac brille de mille feux de part sa couleur éclatante d’un bleu turquoise. Nos conducteurs nous indiquent qu’il n’est plus possible de se baigner dans ce lac car il est rempli de produits chimiques. Ils ajoutent le mot « Russkiy » à la fin de leurs explications (comprendre, la faute aux russes).

Les petits villages de Lichk et Tahtun sont paisibles. Le campement est très agréable au bord d’une rivière à l’eau glacé. Il dispose de tout l’équipement nécessaire : fontaine, abris, tables, banc et barbecue ! Nous bivouaquons une dernière fois. Les troupeaux rentrent le soir, vaches et moutons sont menés à cheval. Les énormes gampr suivent les bêtes et leurs maîtres.

Licht

Le lendemain, nous nous rendons dans le bourg d’Agarak. Ce village est étrange et désagréable, comme dans tant de villes frontière que nous avons vu jusqu’à ce jour. Une atmosphère malsaine règne dans cet endroit. Nous sommes regardés par les arméniens, la curiosité a laissé place à de la froideur. Nous y restons deux jours avant notre passage. L’hôtel est miteux, en soulevant la couverture nous retrouvons des préservatifs, non usagés, heureusement. Notre logeur est raciste et il a visiblement un faible pour moi, ce qui me fera doublement éviter des moments seule en sa compagnie. Annonciateur du climat iranien, les températures sont très élevées. Le paysage est lunaire au dehors et de hautes montagnes sèches aux couleurs safran et aux crêtes aiguisées surplombent la ville. Entre l’Arménie et l’Iran coule le fleuve Araxe donnant naissance à une végétation verdoyante et dense de part et d’autre.

Nous nous levons de bon matin pour rejoindre la frontière. Au premier poste, le douanier vérifie si notre passeport est un vrai et le regarde avec attention. Au deuxième poste de contrôle, Julien dit « Salam » au douanier. Ce dernier s’énerve un peu et nous indique que l’on ne pourra dire « Salam » qu’une fois arrivés de l’autre côté du fleuve. Le douanier était russe et nous n’étions pas encore en terre persane. Nous nous sommes excusés, j’ai ajusté mon voile et nous avons traversé le pont…

Montagnes arides a la frontière iranienne

Bilan

Sarah

J’ai beaucoup aimé l’Arménie. La gentillesse, la discrétion et la culture arménienne m’ont touché. Les paysages sont très variés et magnifiques. Aussi bien la langue, la cuisine que la musique sont riches et ouvrent sur l’histoire du pays mais aussi plus largement sur celles des régions aux alentours. Mon seul regret fut le temps capricieux qui ne nous a pas permis de finir la randonnée ou de camper à notre guise.

Julien

L’Arménie fut une trés belle découverte, un pays aux reliefs trés variés dans un mouchoir de poche, une culture millénaire, un peuple adorable à l’histoire mouvementée et dont il ressort une sagesse et une paix intérieure qui donne à réfléchir. Peu de regrets dans ce pays, si ce n’est cette légere frustration de n’avoir pu finir cette belle randonnée dans la région du Dilijan !

Budget

Avec environ 17€ par jour et par personne, nous nous en sortons pas trop mal ! Le couchsurfing n’a absolument pas fonctionné pour nous malgré nos 55 demandes. Nous avons donc été contraints de nous tourner vers l’hôtellerie durant l’intégralité de notre séjour. Bloqués pendant 12 jours à Yerevan pour le visa iranien, nous avons réussi à touver un hôtel à un prix très raisonnable, 8€ la nuit après négociations.
Pour le reste de l’Arménie, l’hébergement est cher en comparaison de ses pays voisins mais aussi compte tenu de la prestation : litterie très vétuste et inconfortable, chambres souvent très poussiéreuses… N’étant pas une destination touristique d’importance, il y a peu d’investissements et l’offre ne se bouscule pas au portillon. Nous ne fréquentons pas les hôtels étoilés mais nous avons souvent eu des chambres très correctes en Géorgie pour un prix plus bas, certaines fois jusqu’à moitié moins cher.

Le prix de la nourriture est bas, particulièrement sur les marché. A Yerevan et à Dilijan, les restaurants affichent des prix élevés en comparaison du niveau de vie du pays.

Adresses

Voici quelques adresses que nous avons apprécié dans le pays !

Où sommes nous en ce moment ?

Venez voir nos photos et suivez nous sur la route, presque, en direct en cliquant ici !

Jetez un coup d’œil à notre Carnet de voyage !

3 réflexions sur « Arménie, de Garni à Agarak, tome 3 »

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