Géorgie aujourd’hui

De villes en villages

Quel est le dénominateur commun des anciennes républiques soviétiques ?

Le pays est très empreint de ce passé « communiste » : les conduites de gaz apparentes, la tristesse des bâtiments, l’art réaliste socialiste, ces femmes âgées vêtues de noir jetant des regards sévères ou bien ces passages souterrains pour traverser les immenses avenues qui sont meublés de magasins qui vendent de tout.

L’entrée des villages est souvent marquée par un « totem » datant de l’époque soviétique. Le village s’organise autour de la route principale qui est le plus souvent goudronnée. Les ruelles adjacentes sont laissées en terre battue. Les conduites de gaz ocre, jaune ou vermillon, longent les routes de part et d’autres. Avec les vannes et autres compteurs, cela rendrait fou un ingénieur français…

En premier plan, les clôtures des maisons animent le paysage. Elles sont fabriquées à l’aide de vieux radiateurs, de ressors de matelas ou encore de grillages divers mis bout à bout, créant ainsi une (dis)continuité visuelle. Des groupes d’hommes « tiennent le mur » en jouant ou en discutant, quant aux femmes, elles se retrouvent plus nombreuses sur les bords de route pour vendre la production locale (miel, pains sucrés, sucreries ou fruits et légumes).

Ces bords de routes sont longés par des maisons géorgiennes typiques dotées de larges terrasses au premier étage. Elles sont grandes et organisées de façon à limiter la chaleur en été et à se protéger du froid en hiver. De part et d’autres, les maisons disposent de salons d’été ou de vérandas d’hiver. La plupart des maisons sont abîmées, mal isolées et décrépites, rares sont les demeures cossues. À la campagne, les rez-de-chaussée sont soit utilisés pour stocker le foin et les animaux ou bien ils sont habités.

En mai, la nature est verdoyante, d’impressionnants rosiers sont en fleurs, les arbres bourgeonnent et l’air regorge d’insectes. Les théiers de l’Adjara sont d’un vert émeraude éclatant faisant briller les montagnes. Une vision devenue rare en France, les calandres de voitures se recouvrent de papillons orangés passés trop près du métal en mouvement. Une vision triste mais qui signifie également que l’insecte prolifère dans le pays !

Politique, économie et société

Les tours « saakashvilienne » de Batumi

Devant le parlement, le drapeau européen flotte au vent aux côtés du drapeau national. Depuis juin 2014, la Géorgie est liée à l’Union Européenne par l’Acte d’association. Sans l’intégrer à l’UE complètement, c’est de facto une intégration à long terme et de jure un accord de libre échange ainsi qu’une assimilation progressive des textes européens. Pour la Géorgie, il s’agit de sortir du giron russe, de se prémunir de toute attaque future et de développer son économie encore fragile. Si la volonté de se conformer aux textes de l’UE et d’intégrer le marché unique est bien là, la tolérance aux valeurs et pratiques dans l’Union Européenne en est à ses balbutiements.

Au cour d’une balade, nous avons pu voir un symbole de cette lutte d’émancipation : l’oléoduc Bakou-Tbilisi-Ceyhan(1). Il vise à contourner le passage par la Russie, auparavant obligatoire, en déversant le pétrole Azéri par la Turquie, via la Géorgie. Ce tuyau rempli d’or noir donnent du pouvoir à ce petit état du Caucase qui dispose désormais d’un levier géopolitique. La Turquie représente près de 20% de ses importations alors que la Russie représente encore 9,3%. En devenant un des nouveaux carrefours des « nouvelles Routes de la Soie » sponsorisés par la Chine, la Géorgie espère profiter de cette manne et des nouvelles infrastructures pour pérenniser sa position dans la région et diversifier ses contacts à l’étranger afin de sortir de l’orbite russe.

Du point de vue social, l’influence de la religion étant encore très forte, l’homosexualité est très mal vue (voir dangereux pour l’intégrité physique des personnes concernées) et des évènements comme la « marche des fiertés » sont difficiles à mettre en œuvre. Encore aujourd’hui, la police et le ministère de l’intérieur refuse d’assurer la protection de la manifestation sous le prétexte des menaces qui pèsent par les organisations traditionalistes (religieuses, nationalistes ou homophobes)(2). Il est alors fréquent de voir des popes orthodoxes molester des manifestants lors de ces événements…

Tourisme

Monastère de Gelati

La Géorgie est aux russes ce que pourrait être la Tunisie aux français : à Tbilisi on entend surtout du russe dans les rues du vieux centre ville. Lorsque le président russe, Vladimir Poutine déclare le ban des vols des compagnies nationales vers la Géorgie en juin 2019 (3), c’est une mauvaise nouvelle et un important manque à gagner pour l’économie du pays, mais aussi pour les russes qui adorent visiter le pays.

Le tourisme est une industrie importante pour le pays en représentant 7,6% du PIB en 2018 et repose en grande partie sur l’affluence russe. Malgré leur relation d’amour-haine avec ces derniers, ce sont près de 1,5 millions de touristes russes qui visitent le pays chaque année et remplissent les poches des géorgiens travaillant dans ce domaine (vin, hôtellerie, restauration, guides touristiques, activités touristiques, taxis longue-distances, etc.), les russes étant réputés être de généreux donneurs de pourboires.

Le vin est un des principaux arguments touristiques de la Géorgie et nombre de domaines proposent des dégustations payantes autour de planches de nourriture. Compte tenu des quantités proposées, la dégustation se transforme souvent en beuverie et de la Chacha (la grappa locale) est proposée en fin de dégustation.

Si vous n’aimez pas les édifices religieux, passez votre chemin car même l’aficionafos est sujet à surdose… Attention aussi lors des visites des monastères, ceux ci n’étant pas payants, certains petits malins s’improvisent gérants de parking.

Enfin la Nature a toute sa place dans ce pays : montagnes, plaines, alpages, steppes, mer, etc. Plusieurs parcs nationaux ou reliefs notables ponctuent le pays : Borjomi, les montagnes de la Svanétie, celles de la Kasbegie, les reliefs des environs de Lagotheki ou encore la Touchetie. Cependant, le Caucase fait partie d’un des « points chauds » en terme de biodiversité et les espaces naturels sont mis à mal notamment du fait des activités humaines qui empiètent progressivement sur ces derniers.

Entre nouvelle destination pour les Européens et succursale Russes, la Géorgie se cherche encore. Enfermée dans ses vieux codes, elle peine à s’adapter à l’afflux de touristes et de capitaux étrangers malgré les incitations gouvernementales. Elle tourne le dos à son héritage soviétique pour embrasser pleinement son histoire au risque de tomber dans une caricature.

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Lisez ou relisez notre article sur La table géorgienne ou feuilletez notre Carnet de voyage !

Lectures

  1. « Oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan », wikipedia.org, www.wikipedia.org/wiki/Ol%C3%A9oduc_Bakou-Tbilissi-Ceyhan
  2. ROTH Andrew, « Georgia prepares for first LGBT pride amid threats of violence », theguardian.com, 16 juin 2019, www.theguardian.com/world/2019/jun/16/georgia-prepares-for-first-lgbt-pride-tbilisi-amid-threats-of-violence
  3. ROTH Andrew, « Putin bans Russian airlines from flying to Georgia », theguardian.com, 22 juin 2019, www.theguardian.com/world/2019/jun/22/putin-bans-russian-airlines-from-flying-to-georgia

1 réflexion sur « Géorgie aujourd’hui »

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