La mer Égée et la Turquie méditerranéenne, tome 2

Après une introduction turque avec Istanbul et Bursa, puis quelques semaines à Lesbos, nous avons repris la route en direction du sud. En longeant les côtes de la mer Méditerranée, nous n’avons pas tout à fait perdu nos repères européens en explorant la Turquie occidentale. Les côtes méditerranéennes sont parfois sèches, parfois boisées ou encore montagneuses. Les paysages se différencient d’une région à l’autre, ils ont tous leur beauté propre et attirent de nombreux touristes, turcs et internationaux durant toute l’année. Du nord au sud, quelques mots sur le parcours méditerranéen…

Itinéraires

Ayvalık – Petite ville située entre la Turquie et la Grèce, ses ruelles recouvertes de vigne grimpante et la promenade qui longe le port offrent de belles promenades. De plus, quelques parcs naturels se situant dans les alentours permettent de profiter à la fois de la mer et de la nature. La ville est très touristique durant l’été (comme une majeure partie de la côte), il est donc préférable de venir visiter la région au printemps ou à l’automne. Petit port grec à l’origine, elle est prise par les troupes de Mustafa Kemal Atatürk en 1922 et la population grecque est remplacée par des turcs. La plupart des églises orthodoxes sont alors transformées en mosquées. Pour se loger et se restaurer, l’hôtel Deniz Yildizi Butik Otel ainsi que son restaurant au rez-de-chaussée sont de bonnes adresses. Le patron est très gentil et pour la « modique » somme de 25 euros (hors-saison), une chambre avec une vue sur la mer est proposée. Pour déguster un Kavalti (petit-déjeuner turc), rendez-vous à Ares Cafe.

Selçuk et Şirince – Selçuk est le point de départ pour se rendre à Ephèse, site archéologique remarquable, ou bien à Şirince, petite ville perchée en haut d’une montagne surplombant la vallée. Selçuk est une cité turque où il fait bon vivre. Entre les fontaines et le marché, il est aisé de prendre son temps en se restaurant et en buvant un çay en terrasse. Concernant le site d’Ephèse, il s’agit d’un des sites archéologiques majeurs à visiter en Turquie. Deux entrées sont à payer, celle du site à proprement parler et celle d’un quartier en cours de restauration, cette dernière en vaut vraiment la peine. L’ampleur du site est importante, les vestiges impressionnants et les mosaïques bien conservées. Bien qu’ayant visités de nombreux sites archéologiques méditerranéens, ceux de Turquie sont souvent moins chers qu’ailleurs et en meilleur état !

Pour ce qui est de Şirince, cette petite ville Ottomane perchée sur la montagne fait l’objet d’un tourisme exclusivement turc. Réputée pour son vin, il est possible d’acheter des bouteilles, des savons et des couronnes de fleurs printanières. Haut lieu de consommation, la ville, devenue pôle touristique, perd de son charme. Quelques centaines de mètres plus loin, « le village mathématique » est très beau. Construit entièrement en pierre, de petites ruelles serpentent le long des collines menant à un joli pigeonnier. Ce village est destiné à accueillir les étudiants souhaitant travailler durant l’année scolaire et les périodes estivales (aucune musique n’est autorisée et le ticket d’entrée n’est pas donné à tous les étudiants). Quelques couples de jeunes mariés utilisent également le décor pour leurs séances photos. Un peu plus loin encore, se situe un camping qui propose des chalets et des emplacements pour des tentes sous les pins. Nous vous conseillerons ces derniers et nous avons été très bien accueillis par Duygu et Çarğı que nous remercions !

À Ephèse

Didim – Sans charme et sans réel intérêt, il s’agit d’une ville-plage étalée. Le site archéologique du temple d’Apollon vaut tout de même le coup d’œil selon les dires d’un de nos amis. De larges colonnes et une tête de Méduse sont les attractions locales. Cependant, si les chemins mènent à Didim, le kavalti de l’hôtel Baris Otel (possibilité de se restaurer sans être client) ainsi que la promenade le long du bord de mer sont agréables.

Güvercinlik et Bodrum – Güvercinlik est un village de pêcheur niché dans une petite crique. Le port propose de belles terrasses de restaurants sur le bord de mer. Quelques « cités », groupement de maisons au sein d’un espace privé, aux alentours du village dominent le paysage sur des collines escarpées. Merci à Martine et Jean-Claude de nous avoir reçus ! Quant à Bodrum, il s’agit d’une grande ville de bord de mer qui semble évoquer les villes du sud-est de la France. Les touristes et retraités russes, anglais, français et allemands se pressent toute l’année pour profiter du climat et des tarifs attractifs de la Turquie. Le temps n’étant pas de la partie et les monuments à voir étant fermés pour cause de rénovation, nous ne pouvons pas vraiment vous suggérer d’aller visiter cette ville qui nous a semblés quelques peu insipide.

Dans la baie de Güvercinlik

Fethiye – Cette ville turque s’est développée le long de la baie au nord des massifs qui la protège des températures estivales. Elle dispose de certains points communs avec de nombreuses villes du pays, à savoir qu’elle s’étend à perte de vue. Cependant, le centre-ville à taille humaine est charmant. Les petites ruelles mènent d’un côté au bazar, de l’autre au marché. La grande promenade qui longe le port donne à voir de nombreuses photos d’Atatürk. Le tourisme européen y est également très important et certains ont même élu domicile à l’année. Pour dormir sans se ruiner, l’auberge de jeunesse El Camino propose des dortoirs et des chambres individuelles avec une vue sur la mer. La situation de Fethiye est impressionnante, dans la baie calme traversent les bateaux et les montagnes enneigées encadrent le paysage. Des tombes creusées dans la roche et datant de la civilisation Lycienne sont visibles depuis la route en contre-bas. Dans les environs, il est possible de visiter la ville abandonnée de Kayaköy que les grecs quittèrent lors de la Grande Catastrophe en 1923. Fethiye est également le point de départ de la fameuse Voie Lycienne, un des chemins de grandes randonnées les plus renommés du pays.

En s’éloignant des côtes, la terre devient blanche, de l’eau transparente descend des vallées et de larges montagnes enneigées posent le décor. Tout est sec, seuls des sapins et autres épicéas coiffent les reliefs. De l’herbe rase et des cailloux gris forment le tapis terrestre. Le printemps n’est pas tout à fait arrivé. Seuls des arbres en fleurs sont disséminés, quelques cerisiers sauvages, la plupart restent sans feuille. Le paysage se transforme à nouveau progressivement pour laisser place à des montagnes gris clair. Les roches sont sablonneuses et vertes. Les émergences se dégarnissent au sommet et forment de larges plis striés à l’horizontale. Puis se rapprochant à nouveau de la mer, la garrigue reprend ses droits.

Le port de plaisance de Fethiye

Side – Petite ville côtière située à l’est d’Antalya est, à première vue, un énième repère pour touristes. Les grands hôtels en forme de néo-châteaux, décrits dans les contes de fée, sont amassés les uns à côtés des autres sur les bords de plage. Au demeurant, les vestiges archéologiques sont chaotiques mais d’une ampleur impressionnante. L’accès est gratuit et il est possible de déambuler parmi les ruines avec pour seule explication un maigre panneau traduit dans un anglais approximatif. Au printemps, les herbes hautes et les fleurs envahissent ces quelques kilomètres carré. Le reste du centre-ville ne sont qu’un amas de poncifs touristiques : tour en bateau avec musique turque, grand bar avec terrasse sur la mer et boutiques-souvenirs en tout genre. Apollo Bar propose une joli vue sur la mer et une terrasse mi-ombragée. Merci beaucoup à Taha de nous avoir hébergés et d’avoir partagés avec nous la culture de son pays !

Déambulation à Sidé

En quittant la mer et en s’enfonçant progressivement dans les terres, de grandes émergences recouvertes de neige et des sapins étranges encadrent la route. Une fois redescendus, la vallée se transforme en petites collines et en larges canyons. La terre change de couleur, du vert au jaune et des arbres roux et bruns. En toile de fond, la neige, le paysage est désolé. Sur la nationale en travaux, des ouvriers pique-niquent. De grands rapaces survolent les plaines vides. Doucement, les rochers deviennent de grandes masses verticales évoquant le paysage de notre destination. A suivre au prochain article…

Quoti̇di̇en

La découverte d’une Turquie scindée en deux parties se dessine. D’un côté, un pays marqué par un traditionalisme oriental sur une toile de fond religieuse et de l’autre, s’affirme une Turquie revendiquant des droits et libertés sur un modèle occidental. Entre ces deux visages s’ouvrent une multitude de facettes, une mère de famille élevant seule ses trois enfants, un couple ayant abandonné leur travail respectif rénove un camping sur la côte, un jeune serveur homosexuel s’apprêtant à rejoindre la France pour continuer ses études, un chauffeur de camion s’arrêtant à chaque appel de la prière et jetant tous les détritus par la fenêtre ou encore un homme amateur de kick boxing et ingénieur informatique pour sa ville nous ont livrés leurs visions de leur Turquie…

La famille et la place de la femme

Pour une majeure partie de la société, le schéma patriarcal traditionnel est de rigueur. Les femmes s’occupent de l’éducation des enfants et tiennent le ménage tandis que le père travaille et doit subvenir aux besoins de la famille. A maintes reprises, il n’est pas rare d’observer plus de femmes que d’hommes dans les champs. Les échines courbées, voilées « à la paysanne » et travaillant pendant de nombreuses heures sous un soleil de plomb pour planter des pommes de terre, ramasser des pierres ou bien retourner la terre. Les femmes sont très souvent actives et fournissent un travail physique, loin des traditionnels mantras « C’est un travail d’homme ! » (sans pour autant savoir où sont les hommes pendant ce temps-là).

En 2018, l’école est rendue obligatoire à partir de 6 ans et ce jusqu’à 18 ans. Pour une journée d’absence, les familles devront s’acquitter d’une amende de 5 euros par enfants (1). Bien que le pourcentage des femmes étant scolarisées soit plus élevé que celui des hommes, le taux d’analphabètes reste toujours très important. Cela est dû au fait que les plus anciennes générations de femmes n’allaient pas à l’école. Aussi, environ 7% des femmes ne savent pas lire, ni écrire contre environ 3% chez les hommes. Ce chiffre se résorbant progressivement chez les jeunes (15 – 24 ans) (2). Lors de nos échanges avec la population, nous avons été souvent amenés à montrer des cartes et à essayer de faire comprendre la destination où nous souhaitions nous rendre. Comme le reste, la lecture d’une carte demande quelques bases et des notions d’orientation. Après deux mois passés en Turquie, les échanges concernant les directions furent globalement infructueux voir contreproductifs dans certains cas.

Le service militaire est obligatoire en Turquie pour les hommes âgés de 21 ans au moins et jusqu’à 38 ans. De 6 à 15 mois selon le niveau d’étude, il est également possible de demander un sursis, de payer une forte pénalité ou bien d’être exempté. Le service militaire constitue un rite de passage important dans la société turque, il est même souvent demandé pour pouvoir travailler et doit être inscrit sur son Curriculum Vitae (3). Dans les mœurs, « un père ne marie pas sa fille à un Kuruk » ( « pourri » littéralement traduit en turc), homme qui se serait soustraite au service militaire.

Pour être exempté, il faut avoir travaillé à l’étranger et payer une taxe de plus de 5 000 euros, 28 jours de service seront alors demandés à l’issue de ce versement. Ou encore, il faut être reconnu handicapé physique ou mental. L’obésité fait partie d’un handicap physique mais elle doit être justifiée et l’homme doit peser plus de 120 kilos. Quant aux déficiences mentales, le champs est plus large, de l’homosexualité à la trisomie, de nombreux « handicaps » sont mentionnés. Pour justifier de certaines de ces « déficiences », il peut être demandé par le corps médical des photographies des relations sexuelles afin de justifier de son homosexualité. Si les femmes sont exemptées de service militaire, elles ont une obligation de servir le pays lors d’un conflit armé (4). Les zones militarisées et les casernes de gendarme sont présentes dans tout le pays et les contrôles d’identité ainsi que de nombreuses fouilles des véhicules sont effectués régulièrement.

Parmi les couches sociales les plus aisées et après des rencontres avec des jeunes, nous avons constaté que les femmes ont tendance à s’émanciper dans l’ouest du pays. Elles font plus d’études que leurs mères, et de ce fait, ont plus souvent un emploi. Elles représentent 27,4% de la population active du pays (5). Des postes de hauts dirigeants peuvent être tenus par des femmes. Avec 12%, la Turquie arrive en deuxième position se disputant le titre avec la Norvège (1). En 1934, la femme obtenait le droit de vote ainsi que celui d’être élue (contre 1944 pour la France). Bien que la Turquie soit pionnière dans le monde musulman, c’est la Finlande qui donne la première le droit de vote et d’éligibilité aux femmes en 1906 (6).

En 1965, la Turquie autorise l’avortement, mais en 2013, le gouvernement souhaite supprimer ce droit. La contestation nationale l’en ayant empêché, l’IVG a tout de même été retiré des soins proposés dans les hôpitaux ce qui en complexifie l’accès. Il y a aujourd’hui entre 100 000 et 300 000 avortements par an et ces derniers ne peuvent avoir lieu sans le consentement du conjoint. Le gouvernement turc essaye d’inciter la femme à se consacrer à « son rôle premier » qui est, selon lui, de donner naissance. En 2015, le ministre de la santé Mehmet Müezzinoglu avait déclaré que la « maternité est une carrière indiscutable et sacrée » alors qu’un an plus tôt, le président avait définit l’égalité homme-femme comme « contraire à la nature humaine » (7). Les questions récurrentes que nous avons eu pendant ces deux mois sont, premièrement « êtes-vous mariés ? » et deuxièmement « avez-vous des enfants ? ». Si les turcs disent d’eux-même qu’ils sont curieux, il faut aussi se rendre à l’évidence qu’avoir des enfants est une fin en soit pour eux. Les discours politiques et religieux entretiennent ce schéma familial.

Le Président Recep Tayyip Erdogan présente sa famille comme un modèle auprès du peuple turc, entre autre le fait qu’il ait 4 enfants. Cette image défendue par le président est basés sur la religion lui assurant un soutien des franges dévotes de la société. En 2018, le taux de fécondité était de 2,01 enfants par femme. Si l’ouest de la Turquie compte entre 1 et 2 enfants par femme, les régions de la Cappadoce, de l’Anatolie et du sud-est de la Turquie culminent plutôt aux environs de 4 à 5 enfants par femme (en 2013). Le taux de natalité des minorités, notamment des familles kurdes habitant ces régions, s’élève à 3,3 enfants par femme et ce, même après la mise en place du planning familial et d’un plus grand accès aux soins (8). Avec cette croissance, le pays devrait devenir le pays le plus peuplé de la région après la Russie.

Religion et traditions

De la religion découle des traditions alors que certaines traditions furent intégrées aux pratiques religieuses puis appliquées au quotidien. Si en Occident, l’Islam fait peur et dérange, en terre laïque turque, la religion est omniprésente et dicte de nombreuses règles de conduite. La Turquie serait composée de plus de 60 ethnies dont plusieurs ne sont pas de confession musulmane. Il est aujourd’hui impossible de connaître précisément les données concernant les différentes ethnies, du fait que le gouvernement ne divulgue plus ces chiffres depuis 1965 (9). Des turcs aux kurdes, l’Islam reste la principale religion. Les minarets font partie intégrante du paysage et il est impossible de manquer l’appel de la prière dans certaines villes tant le volume des hauts-parleurs est élevé.

Les vêtements religieux dans l’Islam et en Turquie

Suite aux multiples candidatures avortées à l’Union Européenne, la Turquie (pourtant laïque), du président Recep Tayyip Erdogan fait machine arrière et depuis lors cherche à « ré-islamiser » les lois et pratiques sociales. Dans cette Turquie à deux visages, des femmes assument leurs codes vestimentaires non religieux et d’autres l’adoptent ou doivent l’adopter contre leurs grés. Dans quelques villes et particulièrement à l’est, les femmes non voilées et bras nus se font rares.

Les femmes peuvent être amenées à porter le voile car leur mari leur demande ou bien il peut s’agir d’une tradition familiale fortement ancrée (10). Dans certains cas, des femmes racontent également qu’elles ont refusé de porter le voile alors que leur mari en avait fait la demande après le mariage. Certaines ne le porteront pas avant d’être mariées ou au contraire d’autres le porteront dès qu’elles auront leurs premières menstruations. En Turquie, le port du voile avant cette transformation du corps est mal vu par l’ensemble de la population. Il n’est pas rare de voir des femmes se dévoiler la tête en rentrant chez elle, même si elles sont en présence d’un homme étranger. Entre pression sociale, dictat politique, société patriarcale, islam radicale et choix personnel, les vêtements religieux sont différents d’un pays, voir même d’une région à l’autre et peuvent devenir un sujet aussi polémique qu’en France selon que vous parliez à une Stambouliote ou une habitante d’Urfa.

Il est de mise de ne pas confondre certains vêtements religieux à savoir:

  • Hidjab: Du verbe arabe Hidjaba qui signifie « cacher ». Il s’agit du voile qui couvre la tête, les cheveux, le cou et les oreilles. Il se porte de nombreuses manières, certaines fois plus lâche, il peut être de multiples formes et couleurs différentes. Il est appelé Türban en Turquie. Par exemple, le voile kurde, souvent blanc, est accompagné de petites perles de couleurs ainsi que de la dentelle brodée à la main sur le pourtour . Il est simplement posé sur la tête puis rabattu au niveau du cou (ce qui ne l’empêche pas de tomber à maintes reprises pendant la journée et de ne pas vraiment cacher les cheveux).
  • Khimar: Désignant un élément qui voile, il est plus long que le Hidjab et couvre les habituellement le haut du corps. Souvent observé dans le sud-est de la Turquie, dans la zone frontalière avec la Syrie et l’Iraq.
  • Tchador : Porté essentiellement en Iran, ce mot issu du persan signifie littéralement « Tente ».
  • Abaya: Ce mot signifiant « Manteau » ou « Cape », il est très largement porté à travers le monde musulman. À l’origine portée par les hommes, cette tenue ample couvre tout le corps à l’exception de la tête et peut être enfilée au-dessus de ses vêtements.
  • Niqab: Ce vêtement intégral de couleur noire ne laisse apparaître seulement les yeux. Porté dans les pays du golf, il est fréquent de le voir porté en Turquie dans certains quartiers touristiques d’Istanbul ou de Bursa.
  • Burqa: De couleur bleu, ce vêtement intégral dispose d’un grillage de tissu au niveau des yeux. (11 – 12)

Poli̇ti̇quement Correct

Campagne pour les élections municipales à Bursa

Les mois de mars et d’avril 2019 se sont déroulés sur fond d’élections municipales en Turquie. Ce fut l’occasion de comprendre ce que pense le peuple turc et les minorités vivant dans le pays.

Les principaux partis en présence :

  • AKP – Parti de la Justice et du Développement : Parti de Recip Tayyip Erdogan, président actuel au pouvoir. Fondé en 2001, la presse française le décrit comme «islamo-conservateur » (13).
  • MHP – Parti d’Action Nationaliste : Parti conservateur et nationaliste. Il est considéré comme étant le parti d’extrême droite turc (14).

AKP et MHP ont passé une alliance lors de ces élections, nommée « l’Alliance populaire ».

  • CHP – Parti Républicain du Peuple : Principal parti d’opposition à l’AKP, fondé par Mustafa Kemal Atatürk, il est considéré comme socialiste et comme une des seules alternatives au pouvoir en place (15).
  • HDP – Parti Démocratique des Peuples : situé politiquement à gauche et issu des mouvements politiques kurdes, le parti souhaite rester dans la lignée du mouvement protestataire de Gezi (2013)(16). Créé il y a cinq ans, le parti est passé de 3% à 14% des votes aujourd’hui .

CHP et HDP ont également passé une alliance lors de ces dernières élections, laissant la région du Kurdistan au parti HDP et le reste de la Turquie au parti CHP.

  • TKP – Parti Communiste Turc : Fondé en 1993, un de ses fiefs historiques se situe dans la région Centre Est de Tunceli (17).

Il est également possible de retrouver le IYI Parti (Bon Parti) qui est une scission du parti MHP, ou encore d’autres personnalités élues sans étiquette. Dans certaines villes, le CHP et le IYI Parti se sont également alliés afin de former un bloc unique face à l’AKP.

Les différentes prises de positions lors des élections sont simples, la Turquie est coupée en deux. Lorsque la question des élections est abordée avec nos hôtes ou nos conducteurs, il y a deux types de réponses : soit vous êtes pro-Erdogan, soit anti-Erdogan. Même si certains d’entres eux expliquent voter pour le parti MHP, il n’en demeure pas moins qu’ils nourrissent une certaine aversion pour le président actuel. Si ce jour-là certains turcs s’en allaient voter dans leur ville de naissance, d’autres ont également fait la sourde d’oreille en abandonnant les urnes. Dans ce cas-là, le gouvernement applique une amende de 20 euros pour les citoyens n’allant pas voter (18). Les élections municipales se déroulent en un seul tour.

Les sondages n’étant pas de bonne augure pour l’AKP, l’actuel président a investit d’importantes sommes et a effectué de nombreux meetings (plus de 102 rencontres en 50 jours et 14 discours les deux derniers jours de campagne) (19). Après un dimanche (où la vente d’alcool est alors interdite), les résultats sont parus.

Élections municipales du 31 mars 2019 :

© « 2019 Turkish local election map » (20)

En orange : AKP
En rouge sombre : MHP
En rouge : CHP
En violet : HDP
En rose : TKP
En gris : Sans étiquette

Élections municipales de 2014 :

© « 2014 Turkish Local Elections map » (21)

En vert : HDP

Lors des précédentes élections municipales en 2014, les grandes villes comme Istanbul, Ankara ou encore Antalya votaient pour le parti présidentiel AKP. Cette année, la tendance s’est inversée. En rouge (sur les cartes), le parti CHP a gagné du terrain et a remporté toutes les grandes villes ainsi que d’autres régions d’importance (22).

Recep Tayyip Erdogan, ayant du mal à accepter les résultats de cette élection, a enclenché plusieurs procédures de recours. Les votes dans les villes d’Istanbul et d’Ankara ont été recomptés et certains quartiers ont fait l’objet de recensement a posteriori (23). D’autres procédures ont été lancées, comme la recherche de « crimes » ou de faits passibles d’emprisonnement pour des personnalités kurdes élues du parti HDP. De cette manière et au cours de ces dernières années, le gouvernement est parvenu à faire taire ses opposants, dont une importante proportion de politiques kurdes. Le 6 mai, l’élection du maire d’Istanbul (CHP) à été invalidée par l’autorité annonçant des irrégularités ainsi que la présence de « terroristes » lors du scrutin . Le terrorisme est devenu l’antienne du gouvernement et le meilleur prétexte pour appeler le peuple à la paranoïa.

Encore plus grand !

Les résultats de ces élections montrent combien le président turc a de plus en plus de difficultés à conserver son image auprès des turcs et des minorités. Celles et ceux qui ont voté pour le parti d’AKP présentent le parti comme ambitieux, moderne et vecteur de respect à l’étranger. Pour d’autres électeurs, le vent semble tourner. Depuis l’été 2018, la monnaie turque ne cesse de se dévaluer (avec un plus bas en août 2018 où 1€ = 7TRY alors qu’elle valait 3TRY quelques mois plus tôt). Le niveau de vie a baissé pour une majeure partie de la population, le taux de chômage a augmenté et les salaires n’ont pas, quant à eux, été revus à la hausse. Bien que l’AKP soit ébranlé lors de ce scrutin dans de nombreuses villes du pays, il n’en demeure pas moins que l’opposition a des difficultés à se structurer. Certains de nos hôtes ont mentionnés le fait que si Recip Tayyip Erdogan tient le pays d’une main de fer, aucun leader rassembleur n’a encore émergé dans les partis d’opposition.

Quoi qu’il en soit, le président actuel ne veut en aucun cas voir changer de main Istanbul, qui représente la vitrine de la Turquie à l’international et reste toujours son poumon économique et culturel (24). Les résultats de l’élection municipales du 23 juin dernier ont nommé le parti de l’opposition à la tête d’Istanbul. Ekrem Imamoglu (CHP) a été reconnu victorieux à la fois par son adversaire et également par Recip Tayyip Erdogan. Avec environ 800 000 voix d’écart, le parti de l’AKP voit progressivement émerger un sérieux opposant pour les prochaines élections présidentielles (25).

Adresses

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Lisez ou relisez notre article sur la Turquie, d’Istanbul à Bursa ou notre Carnet de voyage !

Lectures

  1. Site d’organisation de voyage touristique « Toute la Turquie », « Être une femme en Turquie », https://toutelaturquie.com/etre-une-femme-en-turquie/
  2. Site de l’UNICEF, statistiques sur la Turquie, https://www.unicef.org/french/infobycountry/Turkey_statistics.html
  3. Wikipédia, Service militaire turc, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Service_militaire_en_Turquie
  4. Benoit Berthelot, Café Babel, magazine participatif multilingue, « En Turquie seuls les pourris échappent au service militaire », 19 mai 2011, https://cafebabel.com/fr/article/en-turquie-seuls-les-pourris-echappent-au-service-militaire-5ae007a4f723b35a145e2347/
  5. Lauriane Sandrini, Femin’Act, « Turquie: un parlement féminin historique », 11 juin 2015, https://feminact.wordpress.com/2015/06/11/turquie-un-parlement-feminin-historique/
  6. Laurine Benjebria, « Turquie: quelle place pour les femmes ? », Le journal international, 30 mars 2015, http://www.lejournalinternational.info/turquie-quelle-place-pour-les-femmes/
  7. Marine Messina, Le Monde, Les décodeurs, « Les droits des femmes turques sont-ils en regression? », 27 novembre 2014, https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/11/27/les-droits-des-femmes-turques-sont-ils-en-regression_4529711_4355770.html
  8. Direction Générale de l’Etat civil et de la nationalité turque, « Indicateur du taux de fécondité entre 2001 et 2018 », http://www.turkstat.gov.tr/PreIstatistikTablo.do?istab_id=1265
  9. Melvüt Bozdemir, « La marche turque vers l’Europe », aux éditions Karthala, 2005, 296 p.
  10. Camille Rivieccio, « Turquie: La restriction du droit des femmes est une obsession pour le président Erdogan », Entretien avec Sophie Bessis, Le Monde, 8 août 2017, https://www.lemonde.fr/international/article/2017/08/08/turquie-la-restriction-des-droits-des-femmes-est-une-obsession-pour-le-president-erdogan_5170067_3210.html
  11. Clara Dealberto et Louise Gamichon, « Les différents types de voiles musulmans », illustrations et textes, compte twitter de Clara Dealberto, 6 septembre 2016, https://mobile.twitter.com/claradealberto/status/773102440275206144
  12. Agence Reuters, « Petit lexique des différents voiles islamiques », 2011, https://www.flickr.com/photos/57221817@N07/6479035423
  13. Aymeric Janier, « L’AKP cherche-t-il à islamiser la société turque? », Le Monde, 22 février 2012, https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/22/l-akp-cherche-t-il-a-islamiser-la-societe-turque_1646562_3218.html
  14. USA Intl Publication, « Turkey recent economic and political developments Yearbook », Volume 1, Intl Business Pubns USA, 2015, https://books.google.co.uk/books?id=QnP1CwAAQBAJ&pg=PA46&lpg=PA46&dq=Far-right+Nationalist+Movement+Party&source=bl&ots=aZcATULlMv&sig=bVY1lgLdVPg4cCQL9crgjWxHco0&hl=en&sa=X&ved=0ahUKEwiL-Yvw75PSAhVsJsAKHa1BBvc4ChDoAQhCMAc#v=onepage&q=Far-right%20Nationalist%20Movement%20Party&f=false
  15. Suprem Electoral Council, Wolfram NordSieck, 2018, http://www.parties-and-elections.eu/turkey.html
  16. Pierre Magnan, « Turquie: HDP, le Syriza turc a su créer la surprise aux législatives », France Info, 5 Juin 2015, https://www.francetvinfo.fr/monde/turquie/turquie-hdp-le-syriza-turc-a-su-creer-la-surprise-aux-legislatives_3067095.html
  17. « TKP, Parti communiste de Turquie », Wikipédia, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_de_Turquie_(2001)
  18. Entretien avec deux jeunes stambouliotes ayant fait l’école buissonnière et refusant de voter pour les élections municipales, auto-stop du 28 mars 2019
  19. Xavier Martinet, « Élections locales en Turquie: coup de semonce pour Erdogan ? », émission Les enjeux internationaux, France Culture, 1 avril 2019, https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/elections-locales-en-turquie-coup-de-semonce-pour-erdogan
  20. Cub Cake, « 2019, Turkish Local Elections maps », Wikipédia, 1er avril 2019, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:2019_Turkish_local_election_map.png
  21. T.C. Ataturkiye, « Turkish Local Elections 2014 », Wikipédia, 19 septembre 2014, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Turkish_local_election_2014.png
  22. « Revers d’Erdogan aux municipales », Le Monde, 1er avril 2019 : www.lemonde.fr/international/article/2019/04/02/turquie-la-perte-d-istanbul-et-d-ankara-est-un-serieux-avertissement-pour-l-akp-et-erdogan_5444730_3210.htm
  23. « Le conseil électoral supérieur ordonne un nouveau scrutin municipal à Istanbul », Le Monde, 6 mai 2019, www.lemonde.fr/international/article/2019/05/06/turquie-le-conseil-electoral-superieur-ordonne-un-nouveau-scrutin-municipal-a-istanbul_5459071_3210.html
  24. « Istanbul, La défaite de trop pour Erdogan », le Monde, 9 mai 2019, www.lemonde.fr/idees/article/2019/05/09/istanbul-la-defaite-de-trop-pour-erdogan_5459936_3232.html
  25. « Turquie: pourquoi l’élection du nouveau maire d’Istanbul est-elle une claque pour le président Erdogan ? », France Info, 24 juin 2019, www.francetvinfo.fr/monde/turquie/turquie-pourquoi-l-election-du-nouveau-maire-d-istanbul-est-elle-une-claque-pour-le-president-erdogan_3505017.html

4 réflexions sur « La mer Égée et la Turquie méditerranéenne, tome 2 »

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